Monde

Frappe nucléaire: un général ne suivrait pas d’ordre «illégal» de Trump

OTTAWA — Le responsable du Commandement stratégique de l’armée américaine, John Hyten, a affirmé samedi qu’il n’obéirait pas à un ordre «illégal» de frappe nucléaire donné par le président Donald Trump.

«Je suis chargé de conseiller le président et il me dit quoi faire», a expliqué le général Hyten, interrogé sur son attitude si Donald Trump lui donnait un ordre qu’il pourrait considérer comme illégal.

«Et si c’est illégal, je lui dirais “M. le président, c’est illégal”. Et il me répondrait “Qu’est-ce qui serait légal?” On parlerait alors des options, en fonction de nos capacités de réponse à la situation donnée. C’est comme ça que ça marche. Ce n’est pas si compliqué», a-t-il affirmé lors d’une conférence sur la sécurité à Halifax, au Canada.

«C’est une mission militaire et une fonction militaire», a-t-il ajouté, soulignant que selon le code de l’armée, «si vous exécutez un ordre illégal, vous risquez la prison à vie».

Il était interrogé sur les déclarations de son prédécesseur, le général à la retraite Robert Kehler, selon qui l’armée était «obligée de refuser de suivre un ordre illégal». M. Kehler s’exprimait lors d’un débat organisé mardi au Congrès sur les limites du pouvoir du président des États-Unis à lancer une attaque nucléaire, alors que des parlementaires sont inquiets à l’idée qu’une étincelle ne déclenche un conflit imprévisible avec le régime nord-coréen de Kim Jong-Un.

Le président américain a suscité l’inquiétude d’une partie de la communauté internationale après des déclarations enflammées contre Pyongyang, qui a effectué son 6e essai nucléaire début septembre. Il a notamment menacé à la tribune de l’ONU de «détruire totalement» la Corée du Nord en cas d’attaque lancée contre les États-Unis ou ses alliés.

Auparavant, il avait promis à Pyongyang «le feu et la fureur» après deux essais réussis d’un missile balistique intercontinental (ICBM) censé mettre le territoire américain à portée de frappes nord-coréennes.

Monde

Gerry Adams quittera la présidence du Sinn Féin

DUBLIN — Gerry Adams a annoncé samedi soir, en clôture du congrès du Sinn Féin, qu’il quitterait en 2018 la tête du parti irlandais qu’il préside depuis 34 ans.

À 69 ans, la figure tutélaire du nationalisme irlandais a été réélue pour un nouveau et dernier mandat avant la tenue d’un congrès extraordinaire l’an prochain qui permettra l’élection d’un nouveau président et l’émergence d’un nouveau leader.

«Diriger c’est savoir quand le temps du changement est venu», a-t-il déclaré, visiblement ému, avant d’ajouter «c’est mon dernier congrès en tant que président», devant une salle comble qui l’a longuement applaudi.

Il a également annoncé qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat de député au parlement irlandais où il siège depuis 2011.

Dressant le bilan de sa présidence, il a cité les accords de paix en Irlande du Nord, qui en 1998 ont mis fin à un conflit ayant fait plus de 3.500 morts, comme «l’une des grandes réalisations» de son parti.

Dans un discours comme souvent à teneur sociale, il a réaffirmé que le Sinn Féin voulait «l’abrogation du 8e amendement» inscrit dans la constitution irlandaise et qui interdit tout recours à l’avortement. «Les femmes ont le droit et méritent d’être écoutées et respectées», a-t-il poursuivi.

Fidèle à l’objectif de réunification irlandaise, Gerry Adams a promis que «le Sinn Féin fera campagne pour qu’un référendum se tienne d’ici à 5 ans», estimant que les termes actuels du Brexit n’étaient «pas acceptables» et que «le gouvernement irlandais ne s’en est rendu compte que récemment».

Avec l’annonce du départ de Gerry Adams dont le poids politique est important, aucune candidature pour lui succéder n’a réellement émergé. Mais la vice-présidente du mouvement, Mary Lou McDonald, 48 ans, députée du centre de Dublin fait figure de favorite.

Visage neuf, elle présente l’intérêt de n’avoir historiquement aucun lien avec le groupe paramilitaire de l’Armée républicaine irlandaise(IRA).

Si Gerry Adams a joué un rôle majeur dans le processus de paix et a initié la révolution politique du Sinn Féin, le conduisant à devenir la deuxième force politique à Belfast et la troisième à Dublin, beaucoup d’élus considèrent que son passé est devenu un poids pour la progression du parti.

«Être en position de gouverner»

«Si Gerry nous conduit à la prochaine élection en tant que chef, cela freinera notre progression potentielle», avait déclaré au quotidien Irish Times un membre du parti sous couvert d’anonymat.

Le congrès du Sinn Féin qui se tenait à Dublin depuis vendredi a voté plusieurs motions qui auront un impact majeur sur l’orientation politique et les programmes de la formation, qui se positionne à gauche.

Vendredi soir, le principe d’une participation gouvernementale future, en tant que parti allié, a notamment été voté, rompant ainsi avec la ligne traditionnelle qui prévoit de n’intégrer un exécutif qu’en tant que parti principal.

«Le Sinn Féin veut être en position de gouverner, en Irlande du Nord comme en République» d’Irlande, avait affirmé le député du Donegal Pearse Doherty mardi, tout en précisant qu’il faudrait un programme en ligne avec les positions républicaines du Sinn Féin, notamment sur la question de la réunification irlandaise.

La conférence a également adopté une motion en faveur de la libéralisation de l’accès à l’avortement, toujours restreint aux cas de grossesses comportant un risque mortel pour la mère en Irlande. Le parti est divisé sur le sujet, mais il s’est prononcé contre un vote libre de ses représentants élus.

Défendant la motion adoptée, Mary Lou McDonald a affirmé que le Sinn Féin «ne se déroberait pas sur cette question essentielle pour les femmes».

Des orateurs en provenance des États-Unis, de Palestine et de Catalogne étaient présents, le Sinn Féin ayant soutenu les indépendantistes catalans à l’occasion du référendum du mois d’octobre.

Le congrès a réuni plus de 3000 membres et visiteurs, ce qui en fait le plus important rassemblement du parti, affirme le Sinn Féin.

Monde

Des appels de détresse reçus du ARA San Juan

BUENOS AIRES — Sept appels par téléphone satellite vers des bases navales, interprétés par la marine argentine comme le premier signe de vie venant du sous-marin San Juan dont on est sans nouvelles depuis mercredi, ont relancé l’espoir d’un dénouement heureux.

«Les appels, d’une durée de 4 à 36 secondes, ont été reçus entre 10h52 et 15h42 dans diverses bases de la marine, mais le contact n’a pas pu être établi», selon un communiqué du ministère argentin de la Défense.

L’existence de ces appels «indiquerait que l’équipage essaie de rétablir le contact», précise le ministère.

«La brièveté des communications indique qu’ils avaient un très mauvais signal et cela va compliquer la triangulation nécessaire pour la géolocalisation», a tempéré le porte-parole de la marine argentine, Enrique Balbi.

Les recherches ont jusqu’ici été rendues difficiles par la faible visibilité, avec des vagues de sept mètres dues au mauvais temps dans la zone où le sous-marin a été localisé pour la dernière fois mercredi, à 430 kilomètres des côtes de la Patagonie et de la Péninsule de Valdés.

La marine essaie désormais de «déterminer précisément d’où ont été émis les appels, en supposant qu’il pourrait s’agir du sous-marin avec 44 membres d’équipage à bord», poursuit le communiqué.

«Il sont dehors!»

«Ils sont dehors! Grâce à Dieu, nous sommes heureux», en a conclu Claudio Rodríguez, frère de Hernán, machiniste du San Juan.

«S’ils ont pu appeler avec un téléphone satellite, cela veut dire qu’ils sont à la surface, et cela nous donne un espoir, car nous savions qu’au fond, ils seraient foutus», s’est-il réjoui au micro de la télévision argentine TN.

Mais faute de résultats après une inspection en superficie de 80 % de la zone où le bâtiment devrait se trouver, la Marine argentine se préparait à une éventuelle opération de sauvetage en profondeur.

A-t-il refait surface sans pouvoir communiquer sa position? Est-il en immersion avec son système de propulsion en état de fonctionnement ou à la dérive?

«Nous n’écartons aucune hypothèse», a répété à plusieurs reprises le porte-parole de la marine argentine, tout au long de la journée de samedi.

Les recherches se concentrent sur une zone de 300 kilomètres de diamètre, à 430 kilomètres des côtes.

Samedi après-midi, un navire britannique a complété le dispositif de recherche composé d’une dizaine de navires, dont deux bateaux océanographiques. Vendredi, un avion de la NASA a été dérouté de sa mission scientifique pour se mettre à la recherche du San Juan.

Dimanche, du matériel de sauvetage américain doit arriver à Comodoro Rivadavia (Patagonie) en provenance de Californie. Il permet de secourir des personnes jusqu’à plus de 600 mètres de profondeur.

La France tient à disposition des autorités argentines du matériel de sauvetage et de détection sous-marine, a indiqué l’ambassadeur de France à Buenos Aires, Pierre-Henri Guignard.

D’autres pays de la région ont mobilisé des moyens et participent aux recherches.

Dans un message écrit, le pape François, lui-même argentin, a dit qu’il priait pour les 44 marins et assuré de «sa proximité dans ces moments difficiles».

Monde

Saad Hariri retournera bientôt au Liban

PARIS - Le premier ministre du Liban, Saad Hariri, a révélé, samedi, qu’il retournerait dans son pays au cours des prochains jours afin d’y faire une première déclaration politique depuis sa démission surprise annoncée en Arabie saoudite.

Samedi, M. Hariri a rencontré le président français, Emmanuel Macron, après que ce dernier l’eut invité en France afin de dissiper les craintes selon lesquelles le politicien libanais était retenu en Arabie saoudite contre son gré.

M. Macron tente de calmer le jeu au Liban afin d’éviter un conflit entre le camp soutenu par les Saoudiens et celui appuyé par les Iraniens.

Le passage de M. Hariri à Paris, où il a pris la pose pour les photographes en compagnie de sa femme et de leur fils aîné sur les marches du palais de l’Élysée aux côtés du couple présidentiel français, tranchait avec ses apparitions soigneusement planifiées en Arabie saoudite.

Selon le bureau d’Emmanuel Macron, Saad Hariri a prévenu le président libanais, Michel Aoun, samedi qu’il assisterait aux festivités du jour de l’indépendance du Liban à Beyrouth mercredi.

M. Hariri a démissionné de son poste de premier ministre le 4 novembre dernier dans le cadre d’un discours télévisé diffusé depuis l’Arabie saoudite. Il a mis sa décision sur le compte de l’Iran et du Hezbollah, qu’il a accusés d’interférer avec les affaires du monde arabe, et a aussi dit craindre pour sa vie.

M. Aoun a refusé d’accepter la démission de Saad Hariri, reprochant aux Saoudiens d’empêcher le premier ministre libanais de quitter leur territoire.

Monde

Manifestation monstre contre Mugabe au Zimbabwe

HARARE — Des dizaines de milliers de Zimbabwéens ont manifesté samedi, dans une ambiance festive, pour exiger la démission de Robert Mugabe, accentuant la pression sur le président qui rencontrera dimanche l’armée, désormais aux commandes du pays.

Le Zimbabwe a connu samedi l’une des plus grandes manifestations jamais organisées, depuis l’indépendance et l’arrivée au pouvoir de Robert Mugabe en 1980.

«Un jour historique», a résumé samedi soir, avec une voix émue, la présentatrice du journal de la ZBC, la télévision d’État.

«Trop, c’est trop, Mugabe doit partir», «Repose en paix Mugabe», «Au revoir grand-père», proclamaient des affiches brandies par des manifestants euphoriques dans un concert de klaxons et de vuvuzelas.

Les manifestations organisées dans la capitale et la deuxième ville du pays, Bulawayo, ont rassemblé des citoyens de tous bords politiques : des ministres, des proches du parti au pouvoir, la Zanu-PF, mais aussi de l’opposition, des Noirs et, fait rarissime, des Blancs, tous unis contre un seul homme, Robert Mugabe.

«Ça fait longtemps qu’un truc pareil est arrivé, être ensemble», la majorité noire et la minorité blanche issue des descendants de colons britanniques, s’est réjoui Stephanus Krynauw, un fermier blanc expulsé dans le cadre de la réforme agraire très controversée lancée en 2000 par le régime Mugabe.

Toute la journée, les manifestants ont salué l’intervention de l’armée qui a pris le contrôle du pays dans la nuit de mardi à mercredi et assigné à résidence le président Mugabe.

«Merci les forces armées», pouvait-on lire sur des pancartes au milieu de nombreux portraits du chef d’état-major, le général Constantino Chiwenga.

De plus en plus isolé

L’intervention de l’armée constitue un tournant dans le long règne de Robert Mugabe, marqué par la répression de toute opposition et une grave crise économique. Environ 90 % de la population active est au chômage.

À 93 ans, le plus vieux chef d’État en exercice de la planète se retrouve de plus en plus isolé, abandonné par ses alliés les plus précieux : après l’armée et les anciens combattants, neuf des dix sections régionales de la Zanu-PF l’ont à leur tour lâché vendredi soir.

Dimanche, le comité central du parti doit se réunir pour décider de son sort.

«Nous nous réunissons pour endosser les décisions des neuf provinces» du pays, a déclaré à l’AFP un haut responsable du parti. «Nous le rappelons en tant que président et premier secrétaire du parti», a-t-il ajouté sous couvert d’anonymat.

Les négociations entre Robert Mugabe et l’armée, engagées jeudi, vont se poursuivre dimanche, a annoncé la ZBC. Le président, qui s’accroche pour l’instant au pouvoir, a accepté de rencontrer l’état-major de l’armée, pour la deuxième fois depuis le début du coup de force militaire.

Monde

Elizabeth II et le prince Philip fêtent 70 ans de mariage

LONDRES — Il est son «roc». Lui assure «ne jamais laisser tomber la reine». Le 20 novembre, Elizabeth II et le prince Philip fêteront leurs 70 ans de mariage.

Ce jour-là, ils célébreront leurs noces de platine, rejoignant un club très restreint. La reine, qui écrit une carte personnalisée aux couples fêtant leurs 70 ans de mariage, n’a ainsi envoyé «que» 1407 messages de félicitations l’an dernier.

Toutefois aucun événement n’est prévu pour célébrer ce grand jour, et les époux devraient rester en famille, a indiqué à l’AFP un porte-parole du palais de Buckingham. Les cloches de l’abbaye de Westminster, où ils se sont unis, sonneront à 13H00 GMT pour leur rendre hommage.

En sept décennies de mariage, le couple royal a eu quatre enfants, huit petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants, le sixième — et troisième de William et Kate — étant prévu pour avril.

Âgé de 96 ans, le prince Philip s’est mis en retraite de ses engagements officiels cet été. Aujourd’hui, il profite de son temps libre pour lire et peindre.

De son côté, la reine, 91 ans, passe tout doucement le relais à son fils Charles, 69 ans.

Monde

Abus sexuels au coeur du Vatican: le Saint-Siège enquête

CITÉ DU VATICAN — Le Saint-Siège a annoncé samedi l’ouverture d’une enquête sur d’éventuels abus sexuels commis au sein même du Vatican dans un lieu hébergeant des mineurs attirés par la prêtrise.

Cette annonce survient 10 jours après la parution d’un livre-enquête évoquant les tentatives infructueuses d’un jeune lanceur d’alerte pour dénoncer des abus sexuels dont aurait été victime son ancien camarade de chambre.

L’affaire impliquerait «un ancien élève du pré-séminaire Saint-Pie X», qui est devenu récemment prêtre, précise le communiqué du Vatican.

Le Saint-Siège laisse toutefois entendre qu’il pourrait s’agir simplement de relations homosexuelles entre jeunes pensionnaires.

Le «pré-séminaire Saint-Pie X», installé dans un palais tout près de la résidence du pape François, héberge des enfants et adolescents du monde entier. Ces pensionnaires étudient dans une école privée dans le centre de Rome et participent comme «enfants de choeur» aux messes célébrées dans la basilique Saint-Pierre. Certains d’entre eux décident ensuite de devenir prêtres et d’étudier dans un séminaire.

«À la suite de plusieurs signalements, anonymes ou non, des enquêtes furent menées à partir de 2013, à plusieurs reprises, aussi bien par les supérieurs du pré-séminaire que par l’évêque de Côme», diocèse auquel les éducateurs sont rattachés, précise le communiqué du Vatican.

Les signalements sur des abus, qui n’avaient alors pas pu être confirmés, «auraient concerné des élèves du même âge entre eux, dont certains n’étaient plus présents dans l’institution au moment des investigations», ajoute le Saint-Siège.

L’ouverture d’une nouvelle enquête est justifiée par «l’apparition récente de nouveaux éléments».

Le Vatican fait allusion à la parution en Italie et en France d’un livre-enquête, Pêché originel, du journaliste italien Gianluigi Nuzzi.

L’ouvrage raconte qu’au sein du pré-séminaire, un séminariste majeur aurait abusé sexuellement d’au moins un lycéen âgé de «17 ou 18 ans» en 2011-2012, sous les yeux d’un témoin.

Ce témoin polonais, Kamil Tadeusz Jarzembowksi, raconte que le séminariste venait régulièrement le soir dans sa chambre pour avoir des relations sexuelles avec son camarade de chambre, qui «se sentait obligé de céder à ses exigences» et n’était pas dans une relation amoureuse.

Dans une enquête télévisée diffusée dimanche à la télévision italienne, l’ex-camarade de chambre est sorti du silence et a raconté à visage caché qu’il avait en fait été abusé sexuellement dès sa première année au pré-séminaire, à l’âge de 13 ans.

Dans cette émission (Le Iene Show), il affirme en outre que la même personne lui faisait parfois des propositions déplacées dans la basilique Saint-Pierre pendant des messes.

L’évêque de Côme, qui a récemment ordonné prêtre l’ancien séminariste, ainsi que l’ancien recteur du pré-séminaire Saint-Pie X, ont jugé dans ce reportage qu’il s’agissait de «calomnies» inventées par le jeune Polonais chassé du pré-séminaire.

Quant au séminariste devenu prêtre, il n’a pas voulu s’exprimer devant la caméra.

Ces témoignages ne précisent jamais l’âge du «séminariste» mis en cause. Selon une source au sein du Vatican, il aurait six mois d’écart avec sa victime présumée.

Monde

Mohammed ben Salmane, le féroce prince d’Arabie

Il mène la guerre au Yémen. Il étouffe le Qatar. Il menace l’Iran. Il sème la pagaille au Liban. Mais qui est vraiment Mohammed ben Salmane, le prince héritier d’Arabie Saoudite, qui veut moderniser son pays à toute vitesse? Un visionnaire? Un mégalo? Un inconscient qui ne cesse de craquer des allumettes dans la poudrière du Moyen-Orient? Portrait d’un homme pressé, sur le chemin des incendies.

Ses adversaires le surnomment «le féroce». Ou «Monsieur-je-sais-tout». Ses partisans se contentent de l’appeler par ses initiales, à la mode occidentale: «MBS». À 32 ans, le prince héritier Mohammed ben Salmane se voit déjà régner sur l’Arabie Saoudite durant un demi-siècle. 50 ans! Assez pour réinventer le pays. Assez pour planifier l’après-pétrole. Assez pour enterrer les vieux schnocks qui prédisent son échec.

L’énergie et la férocité du prince prennent le monde par surprise. «Depuis 40 ans, en Arabie Saoudite, la force politique dominante n’a pas été l’islamisme, le libéralisme, le capitalisme ou rien qui se termine en “isme”, écrit le chroniqueur Thomas Friedman, dans le New York Times. Ce fut la maladie d’Alzheimer.» Un constat cruel, mais plutôt juste. Le roi Salmane est âgé de 81 ans. Son prédécesseur est mort à 84 ans. Et il avait lui-même remplacé un roi décédé à l’âge de 90 ans.

Peu après son arrivée au pouvoir, en 2005, le défunt roi Abdallah avait promis des réformes démocratiques. À la blague, on racontait que le changement se limitait à la fin de l’obligation… de lui baiser les mains. À l’époque, on disait même que lorsqu’un roi nommait son successeur, il venait d’accomplir 90% de son mandat…

Le royaume des 8000 princes

Dans ces conditions, l’ascension fulgurante de MBS est comparée à un coup d’État. Ou à un épisode particulièrement invraisemblable de la série télévisée Game of Thrones. En l’espace de deux ans et demi, le prince s’est adjugé tous les postes clés du gouvernement, éliminant ses rivaux les uns après les autres. Il contrôle désormais les ministères de la Défense, de l’Économie, du Pétrole et de l’Intérieur. Sans oublier la garde nationale. 

Sur la route du pouvoir absolu, MBS a court-circuité les traditions. Il a piétiné le savant partage des pouvoirs entre les clans de la famille royale. Tout cela avec la bénédiction de son paternel, le roi Salmane, qui souffrirait de graves ennuis de santé.

Ici, on nous pardonnera de ne pas entrer dans les détails de la royauté saoudienne. Le fondateur de la dynastie, le roi Abdelaziz, a eu 89 enfants, avec 28 épouses différentes, entre 1900 et 1953. À eux seuls, ses trois fils les plus prolifiques ont engendré un total de 115 enfants dont la progéniture a donné naissance à une multitude de bambins, qui ont eux-mêmes produit de nombreux descendants.

Selon les estimations, l’Arabie Saoudite compte entre 4000 et 8000 princes.

En 1995, la fuite d’un document provenant de l’ambassade américaine a dévoilé une infime portion des finances du royaume. «Les rentes… vont de 270 000 $ par mois pour un fils du fondateur de la dynastie à 8000 $ par mois pour ses arrières-arrières-petits-enfants, peut-on y lire. […] Des cadeaux de noces variant d’un à trois millions $ sont aussi distribués aux membres de la famille royale […]»

«Pourquoi l’Arabie Saoudite est-elle un pays riche?» demandent les cyniques.

Réponse: Parce que même si tous les membres de la famille royale volent le pays, depuis des décennies, les caisses de l’État ne sont pas encore vides. 

L’incorruptible

Fils du roi Salmane et de sa troisième épouse, le prince MBS a longtemps évolué dans l’ombre de ses frères plus célèbres. Contrairement à tant d’autres princes, il n’a pas étudié dans une université prestigieuse, en Angleterre ou aux États-Unis. Il n’a même pas été photographié, ivre mort dans les bras d’une Miss Univers, sur la Côte d’Azur!

Le temps a passé. Aujourd’hui, dans les journaux saoudiens, le culte de la personnalité de MBS bat son plein. On célèbre ce leader moderne, amateur de ski nautique et de culture japonaise. Récemment, des pages de publicité vantaient son «charisme», son «ardeur au travail» et son «intégrité». Même les arrestations étaient accueillies avec enthousiasme. «Le nœud coulant se resserre, peu importe de qui il s’agit», triomphait un journal de la capitale, cette semaine.

Depuis des mois, le tableau de chasse du prince incorruptible ne cesse de s’allonger. Il comprend désormais des dizaines de membres de la famille royale. Étrangement, les spécialistes notent que les purges anticorruption frappent ses rivaux. En épargnant ses alliés. Normal. Ne dit-on pas que le hasard fait bien les choses? 

Il va de soi que personne ne demande où le prince héritier a pris les 500 millions $ dépensés pour l’achat d’un yacht de 134 mètres de longueur, en 2015. Ni comment son père, le roi Salmane, a réussi à dépenser 100 millions $ pour ses vacances au Maroc, l’été dernier. Ce genre de question indiscrète peut valoir 10 ans de prison. Avec en prime un nombre indéterminé de coups de fouet… 

Le superman de la jeunesse

Monde

Ce n’est pas arrivé cette semaine...

NEW YORK — Vérification faite par l’Associated Press, et contrairement à ce que vous pouvez avoir lu ou entendu ailleurs, voici quelques-uns des événements les plus extraordinaires qui ne se sont PAS produits cette semaine...

FAUX

L’acteur britannique Ian McKellen est décédé à l’âge de 78 ans.

LA VÉRITÉ

Le grand acteur se porte bien. Un article sur Internet, qui imite la facture du Daily Mail de Londres, soutenait que M. McKellen était mort d’une pneumonie. Cet article avait d’abord été publié l’an dernier. Sur le compte Twitter de la comédie Vicious, une photo de M. McKellen et de son partenaire de jeu Derek Jacobi, prise samedi, est accompagnée de la mention: «Au cas où vous vous le demandez: nous sommes toujours en vie».

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FAUX

Une deuxième femme accuse le candidat républicain au Sénat Roy Moore d’inconduite sexuelle — et cette femme travaille pour Michelle Obama.

LA VÉRITÉ

Il n’est même pas certain que cette femme existe réellement. Un article de Last Line of Defence soutient qu’une certaine «Fiona Dourif» a raconté la semaine dernière à Rachel Maddow, de MSNBC, que M. Moore l’avait touchée de façon inappropriée en 1957. Or, Rachel Maddow n’a reçu personne de ce nom sur son plateau. Une actrice qui porte le même nom a indiqué sur Twitter qu’elle n’avait rien à voir avec M. Moore. Et un porte-parole des Obama a nié que cette femme soit leur gouvernante.

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FAUX

Donald Trump a aboli unilatéralement un programme de zoothérapie pour vétérans le jour même des anciens combattants aux États-Unis.

LA VÉRITÉ

Un hôpital de Bethesda, au Maryland, a effectivement suspendu un de ses programmes de zoothérapie, mais l’ordre ne venait pas du président. Et le programme a été suspendu temporairement le 27 octobre, deux semaines avant le jour du Souvenir, le temps de réorganiser le service.

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FAUX

Les services secrets britanniques ont perquisitionné les locaux de la Fondation Clinton et y ont saisi 400 millions $ en argent comptant.

LA VÉRITÉ

Plusieurs sites Internet ont publié un article qui soutenait que la Fondation Clinton louait au Royaume-Uni un entrepôt appartenant à un homme dont le nom figure sur la liste britannique de surveillance des terroristes. L’article cite un adjoint non identifié de Chelsea Clinton, qui déclarait que l’entrepôt avait été «loué par le biais d’une agence». Le porte-parole de la Fondation Clinton, Brian Cookstra, assure que l’article est «totalement faux»: «la fondation n’a pas loué un entrepôt au Royaume-Uni, la citation provenant d’un “adjoint de Chelsea Clinton” est fabriquée de toutes pièces, et rien dans cet article ne semble fondé».

Monde

Merkel au pied du mur

BERLIN — Conservateurs, libéraux et écologistes allemands se sont donné vendredi jusqu’à dimanche pour tenter de trouver un accord de principe afin de former un gouvernement commun, des négociations à haut risque pour Angela Merkel qui joue son avenir.

Les travaux entre les quatre partis politiques (CDU, CSU, FDP et Verts) se sont achevés vendredi dans la soirée sans percée notable et se sont fixé dimanche comme date butoir pour obtenir un résultat, quel qu’il soit.

«Il est clair pour tout le monde que nous devons avoir terminé dimanche à 18H00», a déclaré Wolfgang Kubicki, l’une des figures des Libéraux du FDP.

Les pourparlers avaient repris à la mi-journée à huis clos après que les quatre formations, qui tentent depuis un mois de mettre sur pied une coalition, ont décidé de prolonger leurs discussions au-delà du 16 novembre, date-butoir fixée par la chancelière.

Ces pourparlers vont donc se poursuivre samedi et dimanche. «Il faut parvenir à un résultat ce week-end», avait insisté le chef des députés conservateurs, Volker Kauder, cité par l’agence DPA.

Beaucoup de points demeurent conflictuels, mais «si vous me demandez si nous allons y arriver, je vous répondrais oui», a estimé de son côté M. Kubicki, alors que le chef des conservateurs bavarois (CSU) Horst Seehofer, n’avait pas exclu un échec.

Peu avant la reprise des travaux, Angela Merkel avait admis que les prochaines séances seraient «certainement dures», mais «cela vaut la peine de se lancer dans un second tour» de discussions, notamment sur la question brûlante de l’immigration, qui oppose conservateurs et écologistes.

Un autre vote?

La chancelière se retrouve plus que jamais au pied du mur. Si elle ne parvient pas à élaborer une feuille de route pour gouverner avec le parti libéral (FDP) et les Verts, les Allemands devront sans doute revoter. Un scrutin qui pourrait signer le clap de fin pour celle qui dirige l’Allemagne depuis 12 ans.

De telles législatives anticipées seraient une première dans l’Allemagne d’après-guerre et la conséquence de l’éclatement du paysage politique avec l’entrée en force au Parlement de l’extrême droite (AfD) en septembre. Celle-ci a sérieusement compliqué la constitution d’une majorité parlementaire.

D’ailleurs, la perspective d’une élection n’allèche personne, les partis traditionnels craignant que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), avec son discours anti-immigration, anti-islam et anti-Merkel, fasse encore mieux.

C’est justement sur l’immigration, sujet phare en Allemagne depuis l’afflux de réfugiés de 2015, que les négociations en cours pourraient échouer en raison de positions idéologiques aux antipodes.

Face à l’émergence de l’AfD et à la pression de l’aile conservatrice de son parti, Angela Merkel a promis de donner un sérieux tour de vis en matière d’accueil des demandeurs d’asile (200 000 maximum par an) après avoir ouvert les portes de son pays à plus d’un million d’entre eux en 2015-2016.

Particulièrement épineuse, la question du regroupement familial fait l’objet d’une âpre bataille. Les écologistes exigent une reprise l’an prochain des regroupements familiaux pour les réfugiés n’ayant obtenu qu’un titre de séjour d’un an renouvelable (la protection subsidiaire), ce que refusent catégoriquement conservateurs et libéraux.

Les Verts refusent de bouger, considérant avoir fait suffisamment de compromis dans d’autres dossiers, notamment sur la sortie du charbon et des moteurs à combustion.

«Mise en scène»

Autre pomme de discorde: la politique fiscale, notamment l’éventuelle suppression d’un impôt créé en soutien aux régions déshéritées d’ex-RDA. Les négociateurs se disputent aussi sur l’Europe et l’environnement.

Vendredi peu après 4 heures du matin, après 15 heures de négociations sans relâche, les visages étaient fermées. «Les fronts se sont durcis», avait même affirmé Wolfgang Kubicki, patron des députés libéraux.

De son côté, le Parti social-démocrate (SPD), qui a opté pour une cure d’opposition après un échec historique aux législatives, n’a pas mâché ses mots envers Mme Merkel.

«La chancelière de l’à-peu-près [...] fait ce qu’elle a toujours fait : elle regarde», a critiqué le président du SPD, Martin Schulz. Pour lui, «la championne de la mise en scène [...] fait monter la pression pour que la plus petite des réussites nous soit vendue comme un grand succès».