Monde

230 migrants bloqués en Méditerranée

ROME — Le Lifeline, un navire humanitaire menacé de mise sous séquestre par l’Italie, attendait samedi dans les eaux internationales une solution diplomatique et un approvisionnement pour les 230 migrants à bord, à la veille d’un mini-sommet européen consacré à la crise migratoire.

Après l’odyssée de l’Aquarius et de ses 629 migrants, à qui Malte et l’Italie ont refusé d’accoster et finalement accueilli par l’Espagne, le Lifeline est en passe de devenir un nouveau symbole du bras de fer entre pays européens sur la prise en charge des migrants secourus en Méditerranée.

À la veille du mini-sommet, le président français Emmanuel Macron s’est dit favorable à l’établissement de sanctions financières pour les pays européens qui refuseraient d’accueillir des migrants.

De son côté, le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini a vivement dénoncé samedi l’«arrogance» du président Macron, l’invitant à «arrêter les insultes et à démontrer sa générosité avec des faits en ouvrant les nombreux ports français et en arrêtant de refouler des femmes, des enfants et des hommes à Vintimille», à la frontière entre la France et l’Italie.

Trois semaines après l’entrée en fonction d’un gouvernement populiste qui a promis de mettre fin à l’afflux de migrants, l’Italie a exclu de laisser le Lifeline entrer dans un port italien et a dit vouloir vérifier la correspondance entre le pavillon néerlandais du bateau et sa nationalité.

«Le Lifeline, un navire illégal avec 239 immigrants à bord, est dans les eaux maltaises», a écrit sur Facebook le ministre de l’Intérieur et chef de file de la Ligue (extrême droite). «Rejoindre l’Italie, ils peuvent oublier. Je veux en finir avec le business du trafic et la mafia».

«Nous attendons une solution diplomatique, des discussions sont en cours entre différents États» pour accueillir le Lifeline et les naufragés, a affirmé à l’AFP Axel Steier, représentant en Allemagne de l’ONG allemande Lifeline à qui appartient le navire.

Il doit y avoir dimanche un ravitaillement depuis Malte «pour apporter des couvertures, des médicaments, de la nourriture», a-t-il ajouté, assurant que le navire resterait dans les eaux internationales en attendant une solution.

Rome accuse l’ONG d’avoir agi en contravention du droit international en prenant à son bord les migrants alors que les garde-côtes libyens étaient en train d’intervenir. Elle a menacé de mettre sous séquestre le navire ainsi qu’un autre bateau, le Seefuchs, affrété par l’ONG allemande Sea-Eye.

Selon les médias italiens, les gardes-côtes du pays ont sommé les navires opérant près de la Libye qu’ils devront dorénavant «se tourner pour des secours vers le Centre de Tripoli et les gardes-côtes libyens».

M. Steier, qui dit craindre «une situation semblable à celle de l’Aquarius», soutient que «tous [les] documents sont en ordre, tout est légal» et assure ne pas «comprendre» ces accusations.

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte a toutefois affirmé vendredi que le Lifeline «n’est pas un navire néerlandais, il ne figure pas dans le registre maritime néerlandais».

Espagne

Pendant cet imbroglio, l’armateur danois Maersk Line a annoncé samedi qu’un de ses porte-conteneurs avait porté secours à 113 migrants au large des côtes italiennes. Un total de 769 personnes ont été par ailleurs secourues au large des côtes espagnoles au cours de trois opérations par les services de sauvetage en mer.

Le porte-conteneurs Alexander Maersk et le Lifeline pourraient se rencontrer dans les eaux internationales au large de Malte, a indiqué Axel Steier.

Près de 200 migrants ont en outre été secourus et cinq sont morts au large de la Libye, selon la marine libyenne.

Si le nombre de migrants tentant de franchir la Méditerranée a été divisé par deux depuis le début de l’année par rapport à la même période l’an passé, les départs depuis les côtes libyennes se sont multipliés ces dernières semaines à la faveur d’une météo clémente.

La question de l’accueil des migrants sera au centre d’un mini-sommet dimanche à Bruxelles. Destiné à préparer le Conseil européen des 28 et 29 juin, il sera boycotté par les pays du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie), partisans d’une ligne dure sur l’immigration.

Tentée par un boycottage, l’Italie a finalement confirmé sa participation, mais entend y faire «entendre sa musique», selon M. Salvini.

À l’issue d’un entretien samedi à l’Elysée avec le premier ministre espagnol Pedro Sanchez, le président Macron a fait planer la menace de sanctions financières pour les pays de l’Union européenne qui refuseraient d’accueillir des migrants.

«On ne peut avoir des pays qui bénéficient massivement de la solidarité de l’UE et qui revendiquent massivement leur égoïsme national quand il s’agit de sujets migratoires», a-t-il déclaré.

Les quotas de répartition obligatoires des migrants entre les pays membres constituent un chiffon rouge pour les pays de Visegrad.

MM. Macron et Sanchez se sont également dits favorables à la création de centres d’accueil fermés dans les pays européens d’arrivée des migrants, afin d’y étudier leurs cas, d’accorder l’asile à ceux qui le méritent et d’être en mesure de raccompagner les autres dans leur pays d’origine.

Ces divisions rendent peu probable un consensus européen. Angela Merkel a déjà averti qu’aucun accord ne serait conclu fin juin et Paris juge que ce sera «difficile».

Monde

Pornographie juvénile: le tribunal du Vatican déclare un ex-diplomate coupable

VATICAN — Le tribunal du Vatican a déclaré coupable, samedi, un ancien diplomate du Saint-Siège et l’a condamné à cinq ans de prison pour possession et distribution de matériel pornographique.

Il s’agit du premier procès du genre à la suite de l’adoption en 2013 par l’État de la cité du Vatican d’une loi criminalisant la possession et la distribution de matériel pornographique juvénile.

Monseigneur Carlo Capella a admis avoir visionné les images durant ce qu’il a décrit comme une période de «vulnérabilité» et de crise suscitée par sa mutation à l’ambassade du Vatican à Washington. Il a présenté ses excuses à sa famille et au Saint-Siège, et imploré leur clémence pour cet «incident de parcours».

Le président du tribunal, Giuseppe Dalla Torre, a lu le verdict après un procès de deux jours et a condamné Capella à cinq ans de prison et à une amende de 5000 euros (7660 $ CAN).

L’ex-diplomate purgera sa peine dans la caserne du Vatican, où il est détenu depuis son arrestation plus tôt cette année.

Le procureur Gian Pierro Milano avait réclamé une sentence plus sévère en raison du nombre «important» de documents, incluant 40 à 55 photos, films et dessins animés japonais découverts sur le téléphone mobile de Capella ainsi que sur ses comptes iCloud et Tumblr, que l’accusé avait consultés même après avoir été rappelé par le Vatican en août 2017.

Selon les procureurs et les enquêteurs du Vatican, le matériel mettait en scène des adolescents âgés de 14 à 17 ans.

Le Vatican avait rapatrié Carlo Capella après que le département d’État américain l’eut avisé en août dernier que l’un des diplomates de son ambassade à Washington avait possiblement enfreint les lois concernant la pornographie juvénile.

Peu après, les autorités canadiennes avaient publié un mandat d’arrêt contre Capella, l’accusant d’avoir accédé à de la pornographie juvénile, de l’avoir eu en sa possession et distribuée en décembre 2016 depuis une église de Windsor, en Ontario, par le biais d’un réseau social.

Il n’a pas été possible dans l’immédiat de savoir si le Canada irait de l’avant dans ce dossier puisque le Vatican n’extrade pas ses citoyens.

Carlo Capella devra maintenant subir un procès canonique au terme duquel il pourrait être défroqué.

Monde

Trump demande au Canada d’augmenter ses dépenses de défense

MONTRÉAL — À l’approche du sommet de l’OTAN du mois prochain, le président américain Donald Trump a de nouveau demandé au Canada et à d’autres membres de l’Alliance atlantique d’augmenter leurs dépenses de défense.

Dans une lettre au premier ministre Justin Trudeau datée du 19 juin, le président américain fait état d’une «frustration croissante aux États-Unis que des alliés clés comme le Canada n’aient pas augmenté leurs dépenses de défense comme promis».

Le texte de la lettre a été rendu public par le site iPolitics et un porte-parole du bureau du premier ministre a confirmé samedi à l’AFP l’existence de la missive.

Pour le président américain, le fait que le Canada continue de consacrer moins de 2 % de son PIB à la défense «compromet la sécurité de l’alliance» et conforte les autres membres «qui ne respectent pas non plus leurs engagements en matière de défense».

Les membres de l’OTAN avaient pris en septembre 2014 l’engagement d’allouer 2 % de leur PIB à la défense.

Le président américain qui s’est souvent plaint du niveau des dépenses militaires de plusieurs pays membres de l’Otan, a réitéré qu’il réclamerait le respect de cet engagement lors du sommet de l’OTAN à Bruxelles, les 11 et 12 juillet prochains.

«Il sera de plus en plus difficile de justifier auprès des citoyens américains que certains pays continuent à ne pas respecter nos engagements communs de sécurité collective», écrit-il.

La porte-parole du ministre canadien de la Défense Harjit Sajjan, Renée Filiatrault, a fait valoir de son côté samedi que le  gouvernement canadien a pris en 2017 l’engagement d’augmenter de 70 % les dépenses militaires sur dix ans et souligné que la «participation du Canada aux opérations de l’OTAN à travers le monde constituait un signe tangible de son engagement envers l’alliance transatlantique».

L’envoi de cette lettre intervient dans un contexte de tension entre le Canada et les États-Unis, après l’imposition de taxes américaines sur les importations d’acier et d’aluminium et les attaques de M. Trump contre M. Trudeau qu’il avait traité de «malhonnête» et «faible» après le sommet du G7.

Monde

Des démocrates dénoncent la confusion de la politique migratoire

WASHINGTON — Des élus démocrates visitant samedi un centre de détention de migrants au Texas ont dénoncé la politique de «tolérance zéro» de Donald Trump, qui fait face au casse-tête des familles séparées à la frontière et à l’afflux des nouveaux arrivants.

Après l’immense tollé déclenché par une politique inflexible qui, en quelques semaines, a séparé plus de 2300 enfants de leurs parents entrés illégalement aux États-Unis, le gouvernement doit répondre au défi de réunifier ces familles.

Le locataire de la Maison-Blanche multiplie les signaux contradictoires sur ce dossier explosif. Confronté aux critiques jusque dans son propre camp, le président américain a fait volte-face et signé mercredi un décret mettant fin aux séparations systématiques.

La plus grande confusion règne depuis sur le sort des enfants déjà arrachés à leurs parents. L’exécutif a procédé à un premier pas concret en créant une cellule spécialisée, chargée de s’attaquer à la question.

Quelque 25 élus du Congrès américain se sont de leur côté rendus au centre de détention pour migrants de McAllen dans l’État du Texas, à la frontière mexicaine.

«La raison pour laquelle je suis ici, c’est parce que Donald Trump a changé les politiques en traitant les familles d’une façon inhumaine», a tonné Mike Capuano, représentant du Massachusetts, lors d’une conférence de presse.

Monde

Attentat raté contre le premier ministre d'Éthiopie

ADDIS ABEBA, Éthiopie — Un attentat raté contre le nouveau premier ministre de l’Éthiopie a provoqué une explosion mortelle, samedi, durant un grand rassemblement en faveur des changements importants récemment survenus dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique.

Au moins une personne a été tuée et 153 autres blessées, dont 10 gravement, a révélé le ministre de la Santé, Amir Aman.

Selon des témoins, un homme a tenté de lancer une grenade sur la scène où le premier ministre Abiy Ahmed se trouvait, saluant la foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes après avoir plaidé pour l’unité.

Dans un message à la population diffusé après qu’il eut été mis à l’abri, M. Ahmed a déclaré que l’explosion était une «attaque bien orchestrée», mais qui avait échoué. Il n’a pas désigné de coupables, indiquant seulement que la police avait ouvert une enquête.

Monde

Le président du Zimbabwe échappe à une explosion

BULAWAYO — Le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a échappé samedi à un probable attentat à la bombe qui a visé une réunion de campagne à laquelle il participait à Bulawayo et fait quinze blessés, à un mois des prochaines élections générales.

D’origine encore indéterminée, l’explosion s’est produite après un discours prononcé par le chef de l’État et candidat à la présidentielle devant des milliers de partisans réunis dans un stade de la deuxième ville du pays, un fief de l’opposition.

Évacué sain et sauf juste après la déflagration, M. Mnangagwa a rapidement suggéré qu’il avait été la cible de l’attaque.

Monde

Violences au Nicaragua: 5 morts dont un enfant

MANAGUA — Au moins cinq personnes, dont un enfant de 15 mois, ont été tuées samedi dans des opérations des forces de l'ordre et des groupes paramilitaires à Managua, marquant un regain de la répression contre les opposants au président nicaraguayen Daniel Ortega.

Le bilan de la vague de contestation lancée le 18 avril pour exiger le départ du président Ortega et de sa femme Rosario Murillo, vice-présidente, dépasse désormais les 200 morts.

«Nous parlons de cinq morts, dont l'enfant, mais il pourrait y en avoir plus», a déclaré samedi à l'AFP Georgina Ruiz, membre du Centre nicaraguayen des droits de l'Homme (CENIDH).

Dans la nuit de vendredi à samedi, et huit heures durant, les forces de l'ordre et groupes paramilitaires ont lancé une attaque contre des étudiants retranchés dans les locaux de l'Université nationale autonome du Nicaragua (UNAN), au sud-ouest de Managua, ainsi que dans six quartiers de l'est de la capitale, selon le témoignage d'étudiants, confirmé par des défenseurs des droits de l'Homme.

«Ils nous attaquent depuis une heure du matin. [...] Il y a aussi des franc-tireurs, nous sommes sur les barricades», a témoigné un jeune, le visage masqué par un foulard, dans une transmission en direct sur Facebook, où on le voit dans une tranchée avec d'autres jeunes tandis que l'on entend des tirs.

«Ils tirent pour tuer»

«Ils tirent pour tuer. Ils sont en train de massacrer le peuple, les jeunes. Nous sommes assiégés. C'est une guerre inégale», a-t-il ajouté.

Un autre jeune évoque le survol du campus universitaire par «quatre drones». Pendant ces témoignages en direct sur les réseaux sociaux, des tirs se faisaient entendre. «Nous ne nous rendrons pas», criaient des jeunes.

Le CENIDH a précisé que deux des morts ont été tués dans la zone de l'université UNAN. Quinze étudiants ont été blessés.

Les trois autres décès, y compris l'enfant mortellement touché par une balle perdue, ont été recensés dans d'autres quartiers, selon la même source.

«La police a tiré. Je l'ai vu : c'étaient des policiers et ils ont commencé à tirer [...] J'attends que justice soit faire», a affirmé à l'AFP la mère de l'enfant, Kenia Navarrete.

Dans un communiqué, la police a imputé la responsabilité du crime aux «délinquants» qui occupent les quartiers.

La Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), qui a oeuvré depuis le début de la crise pour maintenir un dialogue entre le gouvernement et ses opposants, a envoyé une délégation de quatre prêtres sur place pour évaluer la situation. «Au nom de Dieu, nous demandons que cessent ces attaques, que cesse cette vague de violence, que cessent les morts», a déclaré le père Raùl Zamora depuis l'université.

Une coalition de groupes d'opposition de la société civile, l'Alliance civique pour la Justice et la Démocratie, a annoncé suspendre une «marche des fleurs» en mémoire des victimes de la répression, programmée dans l'après-midi de samedi dans la capitale.

Ce groupe a toutefois appelé «tous les secteurs de la société à observer une grève de 48 heures» dans les jours à venir. Une grève générale avait déjà paralysé le Nicaragua le 14 juin.

Avant le déclenchement de l'attaque, qui a fait au moins cinq morts samedi, la CEN avait invité le gouvernement et l'Alliance civique à renouer le dialogue — déjà suspendu à trois reprises — pour discuter de la proposition d'organiser des élections anticipées.

L'Église appelle le président Ortega à organiser des élections générales anticipées en mars 2019, au lieu de fin 2021. L'ex-guérillero de 72 ans, au pouvoir depuis 2007 après l'avoir déjà été de 1979 à 1990, reste muet sur ce point.

«L'action répressive de l'État a fait au moins 212 morts au 19 juin et 1337 blessés», avait indiqué vendredi la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH), ajoutant que plus de 500 personnes avaient été détenues au 6 juin.

Monde

Française détenue par erreur dans une prison de migrants

PARIS — Pour avoir accidentellement franchi la frontière entre le Canada et les États-Unis en faisant son jogging, elle a été détenue pendant quinze jours dans un centre américain pour migrants: après le choc, Cedella Roman, jeune Française de 19 ans, a raconté samedi à l’AFP «la peur de (s)a vie».

«Quand j’y repense, je me dis “tout ça pour ça”. C’est un peu incroyable», dit la jeune femme qui peine encore à mettre des mots sur sa mésaventure, révélée par la chaîne canadienne CBC en pleine controverse sur la politique migratoire de l’administration Trump.

Originaire de Briançon dans les Alpes françaises, cette métisse aux longs cheveux lisses décide, après l’obtention de son diplôme de fin d’études secondaires, d’aller «apprendre l’anglais» au Canada, à White Rock, en Colombie britannique, où vit sa mère.

Le 21 mai, tout bascule. En fin de journée, la jeune femme décide de faire un jogging en bord de mer. «Rapidement, j’arrive vers la fin de la plage et je m’aperçois que la marée commence à monter», dit-elle, jointe par téléphone.

Elle rebrousse alors chemin quand elle aperçoit un petit chemin de terre qu’elle décide d’emprunter pour photographier le paysage avant de repartir.

C’est alors que deux agents américains chargés de la surveillance de la frontière l’accusent d’être entrée illégalement aux États-Unis.

Prise au dépourvu, sans papiers d’identité, elle tente de leur expliquer qu’elle est française, qu’elle dispose d’un visa au Canada et qu’elle a franchi la frontière «sans s’en rendre compte».

Selon ses dires, les deux agents l’informent, au bout d’une vingtaine de minutes, qu’ils ne peuvent pas la laisser repartir.

«Comme en prison» 

Elle raconte avoir été emmenée «dans un bâtiment» où des agents prennent ses empreintes digitales et lui retirent ses effets personnels: «C’est à ce moment-là que j’ai commencé a avoir très peur. J’avais l’impression d’être une grande criminelle», dit-elle.

Les agents la laisseront téléphoner à sa mère qui croit d’abord à une mauvaise plaisanterie: «C’est lorsque je lui ai passé un des officiers qu’elle a tout de suite compris et qu’elle s’est mise à paniquer», détaille-t-elle.

Cedella arrive dans un centre de rétention de Tacoma (État de Washington) entre 1h et 2h du matin le 22 mai. Sur place, c’est le choc: «Je me retrouve en prison. Nous sommes enfermés en permanence et dans la cour, il y a des barbelés et des chiens.»

Pendant quinze jours, la jeune fille vit dans une grande pièce qui abrite 60 lits superposés et une centaine de migrants.

«On essayait de s’entraider, il y avait une bonne ambiance. Et voir des gens venus d’Afrique et d’ailleurs enfermés pour avoir essayé de passer la frontière, ça m’a fait relativiser mon expérience», dédramatise-t-elle.

Sa mère qui, pendant ce temps, se démène pour la libérer, arrive sur place deux jours plus tard avec le passeport et le visa de sa fille.

Pour autant, Cedella n’est pas relâchée immédiatement en raison d’un imbroglio administratif. Selon elle, «les États-Unis ont cherché à joindre le Canada pour avoir le plus d’informations sur moi. Mais comme je n’étais pas ressortissante canadienne, ça a pris du temps».

Elle sera finalement libérée le 6 juin et retournera directement au Canada avant de rentrer en France une semaine plus tard. Si la jeune femme ne fait pas l’objet de poursuites judiciaires, elle assure néanmoins être interdite de séjour aux États-Unis.

Contactés par l’AFP, les services américains de l’immigration ont justifié son arrestation en rappelant les règles en vigueur. «Il est de la responsabilité de tout individu se trouvant à proximité d’une frontière internationale d’avoir à tout moment connaissance [...] de sa localisation pour s’assurer qu’il ne la franchit pas illégalement», a déclaré un porte-parole du Customs and Border Protection (CPB).

Ce porte-parole a également appelé les personnes voyageant à proximité d’une frontière à conserver leurs papiers d’identité «à tout instant».

Contactée par les médias locaux, l’Agence des services frontaliers du Canada a, elle, refusé de s’exprimer sur ce cas spécifique «en raison de la protection des renseignements personnels».

Monde

Manifestation courue contre le Brexit à Londres

LONDRES — Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi à Londres pour demander un vote sur les conditions finales du retrait du Royaume-Uni de l’UE, actuellement négociées à Bruxelles entre les deux parties.

Deux ans jour pour jour après le référendum sur le Brexit, cette marche organisée par l’association The People’s Vote (Le vote du peuple) marque le début d’une campagne d’actions qui doit durer tout l’été pour exiger une nouvelle consultation populaire.

«J’étais en larmes lors des résultats du référendum, ça laissait présager d’un avenir très sombre», a expliqué à l’AFP Chiara Liduori, une Italienne installée à Londres, venue participer à la manifestation avec sa fille de 2 ans, et sa nièce de 14 ans. «C’est pour elles que je suis venue, elles vont grandir dans Europe différente, qui n’est pas celle que je connais, ni celle que je veux».

Sous un ciel bleu, une foule compacte a traversé le quartier des ministères, ne manquant pas de huer en passant devant Downing Street, résidence de la première ministre conservatrice Theresa May.

Sur les pancartes s’affichaient de nombreux slogans contre la sortie de l’UE ou le gouvernement, notamment «Le Brexit détruit le Royaume-Uni», «Theresa, dis-nous la vérité», ou encore «Le Brexit n’est pas une affaire conclue».

«Je suis vraiment favorable à ce qu’on laisse les gens s’exprimer une nouvelle fois, beaucoup ont changé d’avis, on comprend mieux les enjeux aujourd’hui», a confié Emily Hill, une infirmière de 55 ans, qui a fait deux heures de route depuis le comté de Gloucestershire (sud-ouest de l’Angleterre) pour participer à l’évènement.

«De nombreux électeurs ont exprimé un vote de contestation» lors du premier référendum, en 2016, estime-t-elle, brandissant un drapeau européen. «Certains ne soutiennent pas l’Europe, mais je ne pense pas que cela représente la majorité de l’opinion dans le pays».

«Longue bataille» 

Dans un sondage de l’institut Survation pour la chaine ITV publié vendredi, 48 % des personnes interrogées étaient favorable à un second référendum, 25 % s’y opposaient, et 27 % n’avaient pas d’opinion.

«Le débat sur le Brexit crée des tensions, et polarise encore davantage la société», regrette William Diaz, un journaliste de 52 ans, qui défile avec une pancarte «Je suis un citoyen européen». «C’est une question très compliquée, ce n’est pas une décision que l’on devrait prendre en votant par oui ou par non».

Il évoque également ses craintes des «conséquences économiques» que pourrait avoir la sortie du pays de l’UE, mentionnant les menaces formulées cette semaine par les dirigeants d’Airbus ou BMW de mettre fin à leurs activités au Royaume-Uni en cas de Brexit sans accord.

À l’avant du cortège, le chef du Parti libéral-démocrate, Vince Cable, ou la députée conservatrice europhile Anna Soubry défilaient derrière une bannière demandant «un vote sur l’accord final du Brexit».

Vince Cable a défendu la légitimité d’une seconde consultation. «C’est courant dans certains pays, comme en Suisse, vous votez d’abord sur le principe, puis vous votez sur le résultat final», a-t-il exposé à l’AFP.

«C’est le début d’une longue bataille», a-t-il reconnu, «aujourd’hui nous envoyons un puissant message au gouvernement sur les inquiétudes générées par sa gestion du Brexit».

«Brexit complet» 

Divisé sur le dossier, l’exécutif britannique n’a pas encore dévoilé sa vision de la relation qu’il souhaite mettre en place avec l’UE après le retrait, prévu le 29 mars 2019.

Favorable à une franche rupture, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a exigé un «Brexit complet» dans une tribune publiée samedi par le tabloïd The Sun. Il a mis en garde Theresa May sur la nécessité de refuser un accord qui laisserait le pays «a moitié dans et à moitié hors» de l’UE, «contraint d’obéir aux règles européennes».

Le ministre du Commerce international, Liam Fox, s’est lui montré encore plus explicite sur la possibilité de conclure un Brexit sans accord.

«Je pense qu’il ne serait pas prudent pour nos partenaires dans ces négociations de penser que notre première ministre bluffe», a-t-il déclaré à la BBC. «Elle a toujours affirmé qu’aucun accord valait mieux qu’un mauvais accord».

À quelques jours d’un sommet européen à Bruxelles, l’inquiétude augmente quant à la progression des discussions, alors que d’importantes interrogations restent sans réponse, notamment la question de la frontière irlandaise. L’UE a même conseillé de se préparer à l’absence d’accord.

Monde

Macron accusé par un milliardaire de ne «pas comprendre les petites gens»

PARIS - Le milliardaire français François Pinault s’est attiré samedi les foudres de la garde rapprochée du président Emmanuel Macron qu’il avait accusé de ne «pas comprendre les petites gens».

«De la part de quelqu’un qui pendant longtemps n’a pas payé d’impôts, je ne suis pas certain qu’il comprenne lui-même les petites gens», a ironisé le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, invité sur Europe 1 à commenter les propos du fondateur du groupe de luxe Kering (Yves Saint-Laurent, Gucci...).

François Pinault, qui figure parmi les plus grandes fortunes de France, a affirmé dans un entretien au magazine M du Monde publié vendredi que M. Macron, régulièrement taxé d’être «le président des riches» par ses détracteurs, «ne comprend pas les petites gens».

«J’ai peur qu’il mène la France vers un système qui oublie les plus modestes», a ajouté l’homme d’affaires réputé très proche de l’ancien président Jacques Chirac et qui avait voté pour le socialiste François Hollande à la présidentielle en 2012.

Dès la mise en ligne de l’entretien vendredi soir, le chef de file des députés de la majorité LREM, Richard Ferrand, avait riposté sur Twitter en évoquant «le surréalisme involontaire» et les «ressorts comiques» voulant que «seuls les milliardaires peuvent comprendre les autres».

Le porte-parole du gouvernement en a rajouté samedi en épinglant les techniques du milliardaire pour échapper à l’impôt sur la fortune, révélées en 1999 par l’hebdomadaire le Canard enchaîné.

En 2002, le milliardaire avait versé 450 millions d’euros au fisc pour apurer un certain nombre de montages financiers litigieux, dans le cadre de la donation partage de son groupe à ses enfants.

Benjamin Griveaux a fustigé au passage les récentes polémiques sur les frais de l’Élysée (nouveau service de vaisselle, projet de construction d’une piscine à la résidence d’été du Fort de Brégançon...) avivées par la formule présidentielle sur le «pognon de dingue» que coûteraient les aides sociales en France.

«C’est une mauvaise polémique. Si on veut continuer à faire monter le populisme et le nationalisme, on continue, on fait ça», a dénoncé le porte-parole, regrettant que le mouvement de gauche radicale «La France insoumise concentre ses questions sur ça» au Parlement.

M. Griveaux a cette semaine à l’Assemblée un échange acide sur le sujet avec le député de la France insoumise, François Ruffin, qui a interpellé le «ministre de la faïencerie» et dénoncé Emmanuel Macron comme favorisant «les riches» et trouvant que «les pauvres coûtent trop cher».