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Monde

Trump renonce à accueillir le G7 dans son golf en Floride

WASHINGTON — Le président américain Donald Trump a annoncé samedi qu'il renonçait à son projet, extrêmement critiqué, d'accueillir un sommet du G7 dans un golf à Miami, en Floride.

«Du fait à la fois des Médias et de l'Hostilité Irrationnelle de Dingue des Démocrates, nous n'envisagerons plus le Trump National Doral de Miami pour accueillir le G7 en 2020. Nous entamerons la recherche d'un autre site, y compris éventuellement Camp David, immédiatement», a-t-il écrit sur Twitter, réagissant à des accusations de corruption.

«Nous entamerons la recherche d’un autre site, y compris éventuellement Camp David, immédiatement», a-t-il ajouté.

Le chef de cabinet de la Maison-Blanche avait annoncé jeudi que ce site serait «le meilleur endroit» parmi une douzaine qui ont été envisagés. La présidence a depuis affronté une volée de critiques, relevant que cette décision violait une multitude de règles éthiques.

Dès le lendemain, les élus démocrates au Congrès, qui ont déjà ouvert une enquête en vue de destituer de M. Trump, signaient une proposition de loi pour empêcher le projet d’aboutir.

Elle était appelée «Trump’s Heist Undermines the G-7 (THUG) Act» («Le braquage de Trump sabote le G7), un jeu de mots avec «voyou» (thug, en anglais). Elle aurait bloqué tout financement fédéral pour ce sommet, même si elle avait peu de chances d’aboutir sachant la majorité républicaine au Sénat.

Le Trump National Doral est l’un des actifs les plus importants dans la fortune de M. Trump, mais, selon le Washington Post, il a fortement souffert ces dernières années.

Monde

Des centaines de milliers de manifestants anti-Brexit à Londres «pour avoir le dernier mot»

LONDRES — Des centaines de milliers de Britanniques ont manifesté samedi dans le centre de Londres pour réclamer un nouveau référendum sur le Brexit, espérant au final rester dans l'Union européenne.

Sous un soleil radieux et avançant derrière une banderole rose proclamant «Ensemble pour avoir le dernier mot», ils sont partis des abords de Hyde Park en direction du Parlement, où les députés tenaient une séance exceptionnelle pour débattre du nouvel accord de Brexit conclu entre Londres et Bruxelles.

«Que voulons-nous? Le vote du peuple! Quand le voulons-nous? Maintenant!» scandait le cortège en tête duquel figurait le maire travailliste (opposition) de Londres, Sadiq Khan.

Les organisateurs, le mouvement People's vote, ont estimé qu'un million de personnes avaient participé à la marche, tandis que les médias ont évalué à plusieurs centaines de milliers le nombre de manifestants. La police a refusé de donner des chiffres mais indiqué que la foule était «très dense» tout le long du parcours.

Quelque 172 autocars avaient été spécialement affrétés, un record pour les organisateurs.

Parmi les manifestants, Suzanne O'Hallorin, une retraitée de 64 ans, estime que les Britanniques ont «fait une grosse bêtise» lors du référendum de 2016, quand ils ont décidé à 52% de sortir de l'Union européenne.

«Je pense que nous en savons beaucoup plus aujourd'hui qu'à l'époque du référendum. On doit avoir un nouveau vote, maintenant qu'on connaît les conséquences d'un départ de l'UE et l'impact sur notre économie», dit la sexagénaire, qui espère renverser le résultat du premier référendum et rester dans le bloc européen.

Douglas Hill, 35 ans, renchérit : «Le premier référendum, c'était comme sauter dans un train sans destination. Maintenant, nous en avons une et nous avons besoin d'un second référendum», dit ce «Remainer» en défilant aux côtés de son épouse estonienne et de leur petite fille, détentrice de la double nationalité.

Pour Theodor Howe, un jeune homme de 20 ans, étudiant à Dundee, en Écosse, qui était trop jeune pour voter en 2016, il s'agit surtout «d'avoir son mot à dire sur ce qui va se passer».

Le cortège est arrivé en début d'après-midi près de Westminster, où quelques dizaines de militants pro-Brexit étaient rassemblés, à grand renfort de drapeaux britanniques, afin de plaider pour une sortie de l'UE au plus vite.

Parmi eux Maggie Wright, 66 ans, Union Jack sur les épaules : «Nous voulons juste vraiment sortir [de l'UE], on a voté pour ça, à cause du gaspillage d'argent et parce qu'on veut prendre nos propres décisions, [avoir] nos propres lois», explique-t-elle.

Monde

Chili: les autorités font marche arrière sur la hausse du prix des transports

SANTIAGO DU CHILI — Le président chilien fait marche arrière : Sebastian Pinera a annoncé samedi la suspension de la hausse des prix des tickets de métro à Santiago, à l'origine de manifestations particulièrement violentes dans la capitale où un couvre-feu total a été décrété.

«Je tiens à annoncer aujourd'hui que nous allons suspendre l'augmentation des tarifs du métro», a déclaré le président depuis le palais présidentiel de La Moneda, peu avant que le général nommé pour assurer la sécurité de la capitale n'annonce un couvre-feu total à Santiago en réponse aux «excès qui se sont produits aujourd'hui».

Des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont à nouveau éclaté samedi, au lendemain de l'instauration de l'«état d'urgence» à Santiago, secouée par un mouvement de protestation contre la hausse du prix des transports.

Des milliers de personnes s'étaient rassemblées pour un concert de casseroles, mode de contestation apparu après le coup d'État mené par le général Augusto Pinochet fin 1973, mais la manifestation a rapidement dégénéré en affrontements entre des personnes masquées et les forces spéciales.

Des heurts ont notamment été signalés sur la grande place d'Italie, épicentre de la contestation, et près du siège du gouvernement, ainsi qu'à Puente Alto, dans la banlieue sud de la capitale.

Les journalistes de l'AFP ont vu cinq autobus incendiés en centre-ville, et les autorités ont décidé dans la journée d'interrompre totalement leur circulation.

Sebastian Pinera avait décrété dans la nuit de vendredi à samedi l'«état d'urgence» pour 15 jours à Santiago et confié au général Javier Iturriaga del Campo la responsabilité d'assurer la sécurité.

«Le Chili s’est réveillé»

Des militaires patrouillaient ainsi samedi dans Santiago, pour la première fois depuis le retour à la démocratie, en 1990.

Des milliers de personnes sont cependant redescendues dans les rues de la capitale et d'autres villes pour y faire résonner des casseroles. Des manifestations ont eu lieu dans des grandes villes comme Valparaiso et Viña del Mar, au bord du Pacifique, sans qu'aucun désordre majeur n'y soit cependant noté.

Dans ce port, à 120 km a l’ouest de Santiago, des dizaines de manifestants ont incendié dans la nuit le siège d’El Mercurio, le plus vieux quotidien du pays, selon des images de télévision.

À Santiago, face aux militaires déployés sur la Place d’Italie à Santiago, des manifestants ont brandi des photos de personnes disparues sous la dictature militaire (1973-1990), qui s’est soldée par plus de 3.200 morts ou disparus.

Avec des mots d'ordre tels que «Marre des abus» ou «Le Chili s'est réveillé», diffusés sur les réseaux sociaux, le pays fait face à une des pires crises sociales depuis des décennies. Celle-ci a été déclenchée par la simple annonce d'une hausse du prix des tickets de métro, de 800 à 830 pesos (environ 1,50 $).

Les revendications ont ensuite rapidement débordé sur d'autres sujets, comme un modèle économique où l'accès à la santé et à l'éducation ressortent presque uniquement du secteur privé.

Le général Iturriaga del Campo a précisé que l'armée opérerait des patrouilles dans les principaux sites de la capitale, qui compte sept millions d'habitants. Au vu de l'étendue des dégâts samedi, il a décrété un couvre-feu total dans la capitale qui doit prendre effet à 22h jusqu'à 7h locales.

Une photo du président Sebastian Pinera dégustant tranquillement une pizza dans un restaurant tandis que Santiago brûlait a accru la colère de la population, dans ce pays où un calme relatif régnait ces dernières années. Visiblement pris de court par cette crise, M. Pinera avait qualifié son pays, il y a quelques jours seulement, «d'oasis» dans la région.

Un pays «cocotte-minute»

«C'est triste mais ces destructions ont été la manière que la population a trouvée pour qu'on l'écoute. Le Chili était une cocotte-minute qui a explosé de la pire manière, nous laissant sans métro», a commenté à l'AFP Maria, une fonctionnaire.

Vendredi, au moins 16 autobus ont été incendiés et une dizaine de stations de métro totalement détruites, selon les autorités. «L'ensemble du réseau est fermé en raison des émeutes et des destructions», a annoncé le gestionnaire du métro, après des attaques contre presque l'intégralité des 164 stations.

Le bilan officiel des violences et affrontements est de 308 arrestations, et 156 policiers blessés.

Le métro de Santiago, le plus étendu (140 km) et le plus moderne d'Amérique du sud, par lequel transitent environ trois millions de passagers par jour, pourrait ne rouvrir progressivement que la semaine prochaine.

Monde

La jeune star démocrate «AOC» à la rescousse de Bernie Sanders

NEW YORK — La jeune star démocrate du Congrès Alexandria Ocasio-Cortez a mis samedi son énergie et ses talents oratoires au service de Bernie Sanders, espérant donner un nouveau souffle au doyen des candidats démocrates à la présidentielle 2020 après sa crise cardiaque début octobre.

Bernie Sanders, 78 ans, et celle que tout le monde appelle «AOC», 30 ans et benjamine du Congrès, main dans la main, devant des milliers de supporters New-Yorkais: l'image était forte samedi, qui doit faire oublier les ennuis de santé du sénateur du Vermont, socialiste revendiqué, et relancer une campagne qui s'était fait rattraper par celle de la sénatrice Elizabeth Warren.

Pour son premier grand meeting depuis son hospitalisation en urgence le 1er octobre, intitulé «Bernie est de retour», le candidat qui promet une «révolution politique» pour en finir avec les inégalités de la société américaine voulait revenir en force.

Le soutien de la jeune élue new-yorkaise, devenue depuis son arrivée au Congrès en janvier l'une des plus influentes voix de l'aile gauche des démocrates, est tombé à point nommé.

«Je l'appelle "tio Bernie" — soit "tonton Bernie" en espagnol — a lancé Alexandria Ocasio-Cortez, 30 ans, dont la mère était Portoricaine, devant quelque 20 000 personnes rassemblées dans un parc des bords de l'East River, dans un quartier du Queens qui fait partie de la circonscription de la jeune femme.

«Grâce au travail de Bernie»

Elle qui avait travaillé comme bénévole pour la campagne malheureuse de «Bernie» en 2016 a énuméré les raisons pour lesquelles elle l'avait choisi lui plutôt qu'Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts aux propositions proches de celles de M. Sanders, ou d'autres démocrates qui espèrent chasser Donald Trump de la Maison-Blanche l'an prochain.

«Ce n'est qu'après avoir entendu un homme nommé Bernie Sanders que j'ai commencé à affirmer et reconnaître ma valeur en tant qu'être humain, méritant assurance santé, logement, éducation et salaire décent», a-t-elle déclaré sous les applaudissements et les cris de «AOC! AOC!».

Quand elle finissait ses études, très endettée, «Bernie Sanders était l'un des seuls à dire que personne ne devrait commencer sa vie professionnelle avec une dette écrasante», a-t-elle déclaré. Et «après neuf mois au Congrès», où elle a pu mesurer la puissance des forces anti-changement, «je l'apprécie encore plus».

Si «la course à l'investiture démocrate compte les meilleurs candidats jamais vus depuis une génération, c'est en grande partie grâce au travail de toute une vie de Bernie Sanders», a-t-elle encore affirmé.

«Elle a électrisé le pays»

Dans un discours vigoureux de plus d'une heure, Bernie Sanders lui a ensuite rendu un hommage appuyé, annonçant qu'elle allait dorénavant «sillonner le pays» à ses côtés.

«Je fais de la politique depuis pas mal d'années, et c'est à peine croyable combien cette femme — la plus jeune femme jamais élue au Congrès — a déjà transformé la politique américaine [...] Elle s'est attaquée à Wall Street, elle a pris la tête du combat contre la gentrification [...] et elle a électrisé le pays en introduisant le concept de "New Deal" vert», a-t-il énuméré.

Cette nouvelle alliance suffira-elle à remettre Bernie Sanders dans le peloton de tête des candidats et à faire oublier ses ennuis de santé?

Il ne s'est pas ménagé lors de ce rassemblement, haranguant la foule d'une voix forte pendant plus d'une heure. Et sera à nouveau la semaine prochaine en campagne dans l'Iowa (Midwest), un des premiers États-clé des primaires.

«Je suis plus que prêt, plus prêt que jamais à poursuivre le combat épique qui nous attend», a-t-il assuré.

Le réalisateur Michael Moore, supporter de longue date de Bernie Sanders, a lui aussi assuré depuis la tribune que l'âge et la santé du sénateur étaient un faux problème.

«Je suis content qu'il ait 78 ans, on pourra profiter de sa sagesse, de son expérience, de son amour pour le peuple américain [...] La seule crise cardiaque dont on devrait parler, c'est celle que Wall Street va avoir quand il sera élu!» a déclaré le réalisateur de Roger and Me.

Romeo Lemba, 28 ans, ingénieur de Harlem venu soutenir Bernie Sanders samedi, a néanmoins reconnu que cette crise cardiaque l'avait fait réfléchir.

«Au moins, je sais que la campagne Warren pourrait être une alternative, même si elle n'incarne pas toutes mes valeurs», a-t-il indiqué à l'AFP.

Monde

À Louxor, rare découverte de 30 sarcophages trois fois millénaires

LOUXOR — L'Égypte a dévoilé samedi 30 sarcophages en bois peint, rare découverte d'objets antiques, en excellent état de conservation après plus de 3000 ans passés sous le sable près de Louxor, dans le sud de l'Égypte.

Jaune, rouge, vert, les couleurs et les traits noirs sont intacts sur le bois des sarcophages, qui arborent toujours de nombreux hiéroglyphes, des divinités égyptiennes, des oiseaux, des serpents ou encore des fleurs de lotus.

Les sarcophages ont été découverts la semaine dernière dans la nécropole d'Assasif, près de la Vallée des rois, sur la rive occidentale du Nil, et des photos avaient fuité avant même l'annonce officielle, qui a été faite samedi devant le temple de la reine Hatchepsout.

«C'est la première découverte à Assasif par [une équipe égyptienne] d'archéologues, conservateurs et travailleurs», a expliqué sur place le secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités Mostafa Waziri lors d'une conférence de presse à Louxor.

Les 30 pièces en bois peint — qui ont servi de cercueils pour des hommes, des femmes et des enfants — ont été trouvées à un mètre sous terre, empilées les unes sur les autres en deux rangées. Ces sarcophages appartiendraient à une importante famille de prêtres.

M. Waziri a souligné que les fouilles réalisées par les Occidentaux au 19e siècle s'étaient concentrées sur les tombes de rois, tandis que les récentes fouilles égyptiennes ont révélé une «cachette des prêtres».

Les 30 objets retrouvés datent de la 22e dynastie, fondée il y a plus de 3000 ans, au 10e siècle avant J.C.

«Nous avons juste effectué quelques retouches de première nécessité sur ces cercueils en très bon état. Ils sont [...] en bon état car il n'y avait pas d'implantation» humaine sur le site, a dit à l'AFP Salah Abdel-Galial, un restaurateur du ministère des Antiquités, en montrant l'une des pièces.

Le ministre des Antiquités Khaled el-Enany a souligné samedi devant la presse l'importance de la nouvelle découverte.

Monde

Nuit plus calme à Barcelone après le chaos de la veille

BARCELONE — Après de violents affrontements ayant fait plus de 180 blessés vendredi, la tension a nettement baissé en Catalogne samedi au sixième jour de la mobilisation contre la condamnation de dirigeants séparatistes pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017.

Dans ce contexte, le président indépendantiste catalan Quim Torra a exigé l'ouverture de «négociations sans conditions» pour trouver une issue au conflit mais s'est vu opposer une fin de non recevoir par le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, sous pression à trois semaines des élections législatives du 10 novembre.

Sur la place Urquinaona, épicentre des violences de vendredi soir, 6000 personnes, selon la police municipale, se sont réunies à l'appel de la gauche indépendantiste radicale pour protester contre la «répression policière», scandant «les forces d'occupation, dehors!» à la police encerclant la zone.

Afin d'éviter les violences, qui ont fait près de 600 blessés dans la région depuis lundi, des dizaines d'indépendantistes ont formé une chaîne humaine entre le cordon policier et les manifestants.

«Je rejette toutes les formes de violences, je suis venue ici pour qu'il y ait la paix», a expliqué à l'AFP Carmen Fernandez, 65 ans.

Malgré leurs efforts, des groupes d'émeutiers ont mis le feu à du mobilier urbain pour en faire des barricades, notamment sur les célèbres Ramblas, avant d'être dispersés par les charges et les tirs de projectiles en mousse de la police.

Durant la journée, des militants indépendantistes ont aussi coupé de nombreuses routes, dont l'autoroute AP7 vers la France.

Chaos

Vendredi soir, au terme d'une manifestation pacifique ayant réuni plus d'un demi-million de séparatistes, Barcelone a été plongée dans le chaos après de violents affrontements entre agents anti-émeutes et radicaux au visage masqué qui ont fait 152 blessés.

Au total dans la région, 182 personnes ont été blessées vendredi, le plus lourd bilan depuis le début des manifestations déclenchées par la condamnation lundi à des peines de 9 à 13 ans de prison de neuf dirigeants indépendantistes pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017.

Les troubles ont commencé lundi avec le blocage de l'aéroport de Barcelone par 10 000 personnes et se sont poursuivis à partir de mardi dans le centre de Barcelone et dans d'autres villes catalanes.

Environ 300 personnes ont été interpellées en Catalogne depuis lundi, selon le ministère de l'Intérieur.

Samedi, des manifestations contre la condamnation des leaders catalans ont également eu lieu à Saint-Sébastien (nord) et à Madrid, où des heurts ont éclaté entre manifestants et policiers, faisant 26 blessés, selon les services de secours de la capitale espagnole.

Sanchez sous pression

À moins d'un mois des élections législatives du 10 novembre, l'embrasement de la Catalogne met sous pression le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, qui a dépêché samedi son ministre de l'Intérieur à Barcelone.

Le président catalan séparatiste Quim Torra a exigé de Sanchez la tenue de «négociations sans conditions», c'est-à-dire sans exclure la possibilité de discuter d'un référendum d'autodétermination.

Il s'est aussitôt vu opposer une fin de non-recevoir par le gouvernement, qui lui a demandé de «condamner fermement la violence».

Les partis de droite ont exhorté de nouveau M. Sanchez à prendre des mesures drastiques pour rétablir l'ordre en Catalogne.

Le conservateur Pablo Casado a promis que son Parti populaire «serait la digue de contention face au défi séparatiste», tandis que Ciudadanos (centre-droit), qui a convoqué une manifestation dimanche à Barcelone, a réclamé la destitution du président catalan, qualifié de «danger public».

«L'État n'est pas débordé», a assuré le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska.

Nées de la frustration d'une partie de la base indépendantiste, deux ans après l'échec de la tentative de sécession de 2017, les violences apparues depuis lundi ont marqué un tournant pour le mouvement séparatiste, qui s'est toujours targué d'être non-violent.

Monde

Corruption politique: des dizaines de milliers de Libanais dans la rue

BEYROUTH — Des dizaines de milliers de Libanais se sont rassemblés samedi à travers le pays pour une troisième journée de manifestations contre la classe politique accusée de corruption, un mouvement inédit depuis des années ayant paralysé le pays.

Tard dans la soirée, un parti chrétien, allié du premier ministre Saad Hariri, a annoncé la démission de ses ministres.

«Nous sommes convaincus que le gouvernement n'est pas en mesure de prendre les mesures nécessaires pour sauver la situation», a affirmé le chef du parti des Forces libanaises (FL), Samir Geagea.

«C'est pourquoi le bloc [parlementaire] a décidé de demander à ses ministres de démissionner», a-t-il ajouté.

L'annonce de M. Geagea a été accueillie dans la liesse par des manifestants à Beyrouth, qui ont appelé d'autres partis à démissionner du gouvernement.

À Tripoli, deuxième ville du pays, certains ont lancé des feux d'artifice.

«C'est peut-être mieux je pense que l'ensemble du gouvernement démissionne», a lancé Ali, un manifestant sur la place al-Nour à Tripoli.

«Les gens se sont réveillés», a ajouté le jeune homme de 24 ans, appelant à des élections parlementaires anticipées.

En dépit des appels à la retenue de plusieurs responsables politiques ainsi qu'une intervention musclée des forces de l'ordre dans la nuit de vendredi et des dizaines d'arrestations, les manifestants s'étaient à nouveau rassemblés dès le matin dans plusieurs villes du pays, selon des correspondants de l'AFP sur place.

Les rangs des manifestants n'ont eu de cesse de grossir à partir de l'après-midi aussi bien dans le centre de Beyrouth qu'à Tripoli, mais aussi à Tyr (sud), dans le Akkar (nord) et à Baalbeck (est).

«Révolution, révolution», ont scandé des manifestants ou encore «les gens veulent la chute du régime», slogan phare du printemps arabe.

Cette nouvelle journée de mobilisation n'était pas sans rappeler le soulèvement populaire inédit en 2005 ayant mis fin à 29 ans de tutelle syrienne sur le Liban.

Plusieurs axes routiers ont été bloqués par des barricades dressées par des manifestants ou des pneus et des bennes à ordure incendiés.

Des débris de verre des vitrines de magasins et de banques vandalisés jonchaient le sol, tandis que des morceaux de tôles avaient été installés devant des devantures pour les protéger.

Dans un communiqué, l'armée a appelé samedi les manifestants à «s'exprimer de manière pacifique sans porter atteinte aux biens publics et privés».

Les services de sécurité ont arrêté plusieurs dizaines de personnes avant de les relâcher, selon l'Agence nationale d'information (ANI).

Monde

Boris Johnson demande un report du Brexit

LONDRES — Le premier ministre britannique Boris Johnson a demandé samedi soir un report du Brexit à Bruxelles dans une lettre, mais sans y apposer sa signature, signifiant ainsi son opposition à tout délai de la sortie de l'Union européenne, normalement prévue le 31 octobre.

«La demande de délai vient juste d'arriver. Je vais commencer maintenant à consulter les leaders européens sur la manière de réagir», a confirmé sur Twitter le président du Conseil européen Donald Tusk.

Selon une source au sein des services de Downing Street, trois lettres ont été envoyées.

La première, qui demande un report du Brexit, n'a pas été signée par Boris Johnson. En revanche, le premier ministre a bien signé une deuxième lettre, dans laquelle il rappelle ne surtout pas vouloir de ce délai.

Contraint par la loi

«Une nouvelle extension porterait préjudice aux intérêts du Royaume-Uni et de nos partenaires de l'UE, ainsi qu'aux relations entre nous», a-t-il écrit selon des copies circulant parmi des journalistes à Bruxelles. «Nous devons mener ce processus [de Brexit] à terme afin de pouvoir passer à la phase suivante et construire notre nouvelle relation», a-t-il ajouté.

Une troisième lettre a aussi été rédigée par l'ambassadeur britannique auprès de l'UE, Tim Barrow, pour souligner que la demande avait été uniquement envoyée afin de se conformer à la loi.

La loi britannique qui a forcé Boris Johnson à réclamer cette extension stipulait que si aucun accord de sortie n'est approuvé par les députés d'ici au 19 octobre, le premier ministre doit réclamer un report du Brexit au 31 janvier 2020.

Boris Johnson espérait y échapper en faisant approuver samedi son nouvel accord de retrait de l'UE, qu'il avait arraché contre toute attente cette semaine à Bruxelles. Mais les députés, convoqués pour une séance historique samedi, ont préféré repousser leur vote — ils ont approuvé à une courte majorité un amendement suspendant tout feu vert du Parlement à l'adoption d'une loi d'application de l'accord.

Décision accueillie avec des cris de joie et des applaudissements par les centaines de milliers d'europhiles qui manifestaient devant le Parlement en faveur d'un nouveau référendum : «C'est formidable, ça éloigne le Brexit!» s'est exclamé Philip Dobson, 40 ans.

«Pas une solution»

Mais le premier ministre, arrivé au pouvoir fin juillet sur la promesse de réaliser le Brexit à tout prix le 31 octobre, est vent debout contre tout report du départ de l'UE, initialement prévu le 29 mars et déjà repoussé deux fois.

«J'ai été clair sur le fait que je ne voulais pas d'autre report. Les Européens ont été clairs qu'ils ne veulent pas d'autre report», a-t-il écrit dans une lettre aux députés.

«Je dirai à l'UE ce que j'ai déjà dit au peuple britannique au cours de mes 88 jours en tant que premier ministre: un nouveau délai n'est pas une solution», a-t-il prévenu.

«Il est tout à fait possible que nos amis dans l'Union européenne rejettent la requête du Parlement pour plus de délai [ou ne prennent pas une décision rapidement]», a-t-il aussi souligné. «Dans ces circonstances, j'espère que les collègues [députés] de tous les bords soutiendront l'accord, confrontés au choix de notre nouvel accord ou pas d'accord» pour une sortie de l'UE.

Selon une source européenne, les consultations entre M. Tusk et les dirigeants des 27 «pourraient prendre quelques jours».

Dimanche matin, ce sont les ambassadeurs des 27 qui doivent se retrouver à Bruxelles pour discuter du Brexit, une réunion qui était déjà prévue avant le rebondissement de samedi à la Chambre des Communes.

«Souhaiter du succès»

Boris Johnson a appelé les 27, dont l'aval unanime est requis, à ne pas se laisser «attirer» par un report. C'est à Londres de nous donner la marche à suivre «dès que possible», a réagi la Commission européenne. «Un délai supplémentaire n'est dans l'intérêt de personne», selon la présidence française.

Selon Downing Street, Boris Johnson a discuté avec le président français, la chancellière allemande et Donald Tusk.

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte a «souhaité du succès [à Boris Johnson] dans les prochaines étapes à la Chambre des communes britannique» dans un tweet publié après s'être entretenu avec Boris Johnson.

Inflexible, ce dernier a assuré qu'il présenterait «la semaine prochaine» au Parlement la législation nécessaire à la mise en oeuvre de son accord de Brexit. Cet accord règle les conditions du divorce après 46 ans de vie commune, permettant une sortie en douceur assortie d'une période de transition courant au moins jusqu'à fin 2020.

Le texte est censé résoudre le casse-tête de la frontière irlandaise, sur laquelle avait buté le processus jusqu'à présent. L'objectif est d'éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord britannique et la république d'Irlande, membre de l'UE, pour préserver la paix sur l'île.

Monde

Hillary Clinton s’en prend à une candidate démocrate

WASHINGTON — Hillary Clinton a accusé Moscou de s’ingérer à nouveau dans l’élection présidentielle américaine en faveur de Donald Trump en appuyant la candidature d’une élue en lice pour la primaire démocrate, «la favorite des Russes».

Si la candidate malheureuse à l’élection de 2016 ne cite aucun nom, tout indique qu’elle pense à Tulsi Gabbard, élue démocrate de Hawaï qui s’est lancée dans la course à la Maison-Blanche.

«Je crois qu’ils ont mis la main sur quelqu’un qui est en ce moment dans la primaire démocrate, et veulent qu’elle soit la candidate indépendante», a déclaré l’ex-

secrétaire d’État, interrogée par David Plouffe dans le podcast Campaign HQ diffusé jeudi.

«Elle est la favorite des Russes. Ils ont de nombreux sites et bots et d’autres manières de la soutenir jusqu’ici», poursuit-elle dans cette conversation avec M. Plouffe, ancien conseiller de Barack Obama.

Le raisonnement de Hillary Clinton est le suivant : Moscou, souhaitant la réélection de Donald Trump, cherche à promouvoir un «candidat indépendant» capable de récupérer des voix qui iraient autrement au vainqueur de la primaire démocrate.

Les Russes «savent qu’ils ne peuvent pas gagner sans un candidat indépendant», a appuyé l’ancienne première dame.

Elle imagine donc que Tulsi Gabbard, une fois hors jeu de la primaire démocrate, se présenterait tout de même au scrutin.

Ces déclarations interviennent dans une séquence médiatique particulière pour Mme Gabbard. Le New York Times rapportait il y a quelques jours que des républicains étaient impressionnés par son énergie et son programme politique.

Le théoricien d’extrême droite Mike Cernovich avait aussi dit d’elle qu’elle semblait «très Trumpienne». Mais la candidate âgée de 38 ans a rejeté certains soutiens venus de la droite et de l’extrême droite américaines.

Au cours du dernier débat démocrate, en milieu de semaine, Mme Gabbard a jugé «complètement ignobles» les commentateurs de télévision qui la qualifiaient d’atout russe.

Tulsi Gabbard avait rencontré en Syrie — allié de la Russie — le dirigeant Bachar al-Assad en 2017, une visite qui avait valu à la jeune élue de nombreuses critiques aux États-Unis.

Monde

Barcelone nage dans le chaos

BARCELONE — De violents affrontements entre militants indépendantistes radicaux et forces de l’ordre ont provoqué des scènes de chaos vendredi soir dans le centre de Barcelone après une manifestation pacifique monstre contre la condamnation des dirigeants indépendantistes.

Après des heures de guerre de positions près du commissariat central entre radicaux lançant des pierres ou des objets métalliques et forces de l’ordre répondant par tirs de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes, les troubles se sont ensuite étendus au reste du centre-ville, ont constaté des journalistes de l’AFP.

De nombreux feux ont été allumés, notamment sur la Place de Catalogne en haut des célèbres Ramblas, et des barricades élevées dans de nombreuses rues par des centaines de manifestants masqués ou casqués, criant «les rues seront toujours à nous». La police a aussi utilisé un canon à eau à leur encontre.

Dans cette ville très prisée des touristes internationaux, la police régionale a conseillé en anglais sur son compte Twitter de «ne pas approcher» des zones du centre-ville en raison d’»actes violents et de sérieux incidents».

Vers 20h, la situation «paraissait plus calme», selon un porte-parole de la police régionale, dans la ville dont se dégageait une forte odeur de fumée.

Après des heurts lors du blocage de l’aéroport par plus de 10 000 personnes lundi, Barcelone avait déjà vécu des scènes de guérilla urbaine de mardi à jeudi, d’une magnitude moins importante que vendredi soir.

Nées de la frustration d’une partie de la base indépendantiste, deux ans après l’échec de la tentative de sécession de 2017, ces violences ont marqué un tournant pour le mouvement séparatiste qui s’est toujours targué d’être non-violent.

Selon un bilan du ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, avant que les violences ne s’exacerbent dans la soirée, 128 personnes ont été interpellées depuis le début de la mobilisation indépendantiste lundi tandis que 207 policiers ont été blessés.

Au total, selon les services d’urgence, près de 500 personnes ont été blessées depuis le début de la semaine dans la région dont 60 vendredi soir à Barcelone.

525 000 manifestants

Avant que ces troubles n’éclatent, une manifestation monstre avait réuni 525 000 personnes, selon la police municipale, dans une ambiance festive, point d’orgue de la mobilisation entamée lundi contre la condamnation par la justice espagnole de neuf dirigeants indépendantistes à des peines de neuf à 13 ans de prison pour la tentative de sécession de 2017.

Avec pour mot d’ordre «Liberté», des colonnes de dizaines de milliers de séparatistes étaient parties mercredi de cinq villes de la région pour rejoindre Barcelone.

«Cela fait des années que nous revendiquons [l’indépendance] avec beaucoup de patience et nous espérons que [cette mobilisation] sera le détonateur pour que la situation change», a déclaré David Blanco, un agent commercial de 56 ans.

Les indépendantistes ont aussi organisé une grève générale dont les effets étaient manifestes dans cette riche région pesant un cinquième du PIB espagnol.

À Barcelone, la célèbre basilique de la Sagrada Familia a dû fermer ses portes tandis que l’opéra du Liceu a annulé sa représentation vendredi. La majeure partie des stands du marché de la Boqueria, très prisé par les touristes, et de nombreux commerces étaient fermés.

Barça-Real Madrid reporté

Le constructeur automobile Seat avait mis à l’arrêt son usine de Martorell près de Barcelone qui emploie plus de 6500 personnes.

Les troubles en Catalogne ont aussi entraîné le report par la fédération de football du «Clasico» du 26 octobre entre Barça et Real Madrid, une des rencontres les plus visionnées sur la planète.

À moins d’un mois des quatrièmes élections législatives en quatre ans en Espagne, ces troubles ont mis le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez sous pression de la droite qui réclame des mesures exceptionnelles pour rétablir l’ordre.

De Bruxelles, M. Sanchez a répondu que l’État ne pouvait «pas se laisser entraîner à une réaction excessive», tout en assurant qu’il n’y aurait «aucune impunité face aux actes de vandalisme».

En Catalogne, la question de l’indépendance divise la population en deux. D’après un sondage rendu public en juillet par le gouvernement régional, 44 % de la population y est favorable et 48,3 % opposée.

Monde

Aux États-Unis, la bataille sans fin contre un fentanyl fatal

NEW YORK — Un immense hangar, vieillot et sans fenêtres, où arrivent chaque jour plus d’un million de lettres et paquets du monde entier : le centre de tri postal de l’aéroport J.F. Kennedy est l’un des multiples fronts des autorités américaines dans la lutte contre les drogues opiacées qui ravagent les États-Unis.

Quelque 60 % du courrier à destination des États-Unis transite par cet entrepôt et des dizaines d’agents de la Customs and Border Protection (CBP), l’agence américaine de protection des frontières, s’y relaient jour et nuit pour traquer les arrivages de drogues illégales.

À commencer par le fentanyl, l’un des opiacés les plus dévastateurs du marché : cette drogue de synthèse aux effets euphorisants est d’une puissance 50 fois supérieure à l’héroïne et 100 fois supérieure à la morphine, selon le Centre de contrôle américain des maladies (CDC), agence fédérale de santé américaine. Quelques grains de fentanyl peuvent être mortels.

S’il existe sous forme de médicament antidouleur légal, délivré sur ordonnance, le fentanyl illégal est désormais omniprésent aux États-Unis. Selon des chiffres encore provisoires du ministère de la Santé, 32 000 personnes sont mortes d’overdoses fatales impliquant le fentanyl et d’autres opiacés synthétiques en 2018 — soit 46 % des surdoses mortelles aux États-Unis.

«C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin», constate un employé de ce vaste entrepôt éclairé aux lampes fluorescentes.

Livraison à domicile

La majorité du fentanyl découvert ici — qu’il s’agisse de fentanyl classique ou d’«analogues», des produits similaires, mais à la formule chimique légèrement différente — a été acheté par des consommateurs ou des trafiquants via le dark web, surtout à Hong Kong ou en Chine continentale, moyennant paiement par cryptomonnaie, PayPal ou carte de crédit, selon plusieurs responsables.

Les acheteurs peuvent recevoir la marchandise «sans sortir de chez eux. Ils peuvent commander le fentanyl directement en Chine et le faire acheminer jusqu’à leur porte», explique à l’AFP Ray Donovan, responsable pour la région new-yorkaise de la DEA, l’agence américaine de lutte contre la drogue.

Parmi les milliers de lettres et paquets reçus à l’entrepôt, Robert Redes, chef de division, se souvient notamment d’une carte d’anniversaire musicale arrivée de Toronto, au Canada, en mars 2018. D’apparence anodine, elle dissimulait trois grammes de fentanyl.

La carte avait mené à l’arrestation d’un trafiquant de 34 ans en Pennsylvanie, qui avait acheté le fentanyl sur le dark Web.

Comme les paquets venus de Chine sont suspects, les trafiquants passent souvent par un intermédiaire basé dans un autre pays, souligne M. Donovan, principal artisan de l’arrestation du narcotrafiquant mexicain Joaquin Guzman alias «El Chapo», codirigeant du puissant cartel de Sinaloa condamné à la perpétuité à New York en juillet.

Dans l’entrepôt de JFK, impossible de tout vérifier : aidés de chiens spécialement entraînés, les douaniers examinent en moyenne 1000 paquets par jour, considérés «à risque» sur la base de renseignements collectés en amont.

Les paquets suspects sont passés aux rayons X ou au laser, ou parfois ouverts au couteau, avec d’infinies précautions, de peur d’inhaler du fentanyl.

Contrairement aux saisies de cocaïne ou d’héroïne, qui se mesurent souvent en kilos, «les quantités de fentanyl arrivant par la poste sont petites, des achats par internet d’une qualité très pure», qui seront «coupées» avant d’être vendues dans la rue, souligne M. Redes.

Pour aider les agents dans leurs recherches, un spectromètre au laser, connecté à une banque de données de drogues, permet d’identifier quelque 450 sortes de stupéfiants sans ouvrir le paquet.

Mais les trafiquants introduisent fréquemment sur le marché de nouveaux analogues, nécessitant en permanence «d’actualiser les bibliothèques» de données, explique M. Redes.

De plus, contrairement à ses concurrents privés comme FedEx ou UPS, la poste américaine a un système de suivi électronique encore limité, compliquant le travail des agents. Ce n’est qu’à fin 2020 que le suivi portera sur tous les envois internationaux.

«Pour gagner la bataille, la clé réside finalement plus dans la technologie que dans le nombre d’agents», estime M. Redes, alors que le gouvernement américain a lancé un concours doté de 1,5 million $ de récompense pour améliorer la détection des drogues dans les paquets.

«Drogue parfaite»

Pour Bridget Brennan, procureure en charge des dossiers de trafic de drogue à New York, qui en 20 ans a vu se succéder les ravages de la cocaïne, du crack, de l’héroïne, et maintenant de cet opiacé, «le fentanyl est le produit parfait».

Pour fabriquer de l’héroïne à partir du pavot, qui pousse dans la chaîne mexicaine de la Sierra Madre, et transformer la pâte en drogue, il faut quatre mois, résume cette femme élégante de 64 ans, ex-journaliste.

Fabriquer un kilo de fentanyl en laboratoire est bien plus rapide et coûte environ 10 fois moins cher que fabriquer de l’héroïne : entre 5000 et 10 000 $ seulement, dit-elle.

Le fentanyl est tellement puissant qu’avec un seul kilo, on peut fabriquer un demi-million de pilules. Selon la DEA, un kilo de fentanyl illégal peut générer au moins 1,5 million $ de revenus aux États-Unis.

300 000 morts en 20 ans

Si les overdoses sont si fréquentes, c’est parce que «les gens qui achètent des drogues dans la rue n’ont aucune idée de ce qu’ils achètent : ça peut être des pilules estampillées oxycodone (antidouleur opiacé proche de la morphine, NDLR), mais qui sont en fait du fentanyl», donc beaucoup plus puissantes, dit-elle. Souvent, «le trafiquant lui-même ne sait pas ce qu’il vend».

La crise américaine des opiacés est née à la fin des années 1990 de la surprescription de médicaments antidouleur aux opiacés, notamment l’oxycodone vendue par le laboratoire Purdue sous le nom OxyContin. Jusque-là, ce type de médicaments était réservé à des maladies graves comme le cancer, en raison des risques d’accoutumance.

Loin des clichés du toxicomane, 8 à 12 % des patients ayant pris ces médicaments développent ensuite une dépendance aux opiacés, basculant fréquemment vers des drogues illégales incluant du fentanyl, selon le National Institute for Drug Abuse.

Un danger que la mort de Prince avait brutalement illustré en 2016 : l’enquête a montré qu’il était décédé d’une surdose d’un médicament opiacé contrefait, de l’hydrocodone, auquel avait été mélangé du fentanyl.

De la Chine et du Mexique

La Chine a été le premier pays à fabriquer du fentanyl illégal pour le marché américain. Le trafic de fentanyl au Mexique commence lui en 2005, selon Ray Donovan, lorsque les cartels colombiens ont commencé à exporter eux-mêmes leur cocaïne vers l’Europe, l’Australie, la Russie ou la Chine, privant les cartels mexicains de débouchés.

Les cartels mexicains — à commencer par le cartel de Sinaloa — ont cherché alors à produire eux-mêmes du pavot, espérant concocter une héroïne aussi puissante que la colombienne.

N’y arrivant pas, ils se sont mis à importer du fentanyl de Chine, pour le mélanger à l’héroïne et rendre cette dernière plus euphorisante et plus compétitive.

Après la première capture d’El Chapo au Mexique en 2014, ses fils et ex-associés «commencent à créér plus de laboratoires de fentanyl et à vendre clandestinement du fentanyl aux États-Unis, pour gagner plus», explique M. Donovan.

Pour réduire les coûts et contourner la législation chinoise, ils ont ensuite importé de Chine les précurseurs chimiques utilisés dans la composition du fentanyl, fabriquant eux-mêmes le produit fini dans des laboratoires clandestins.

Poussé par le gouvernement Trump, qui accuse la Chine — sur fond de guerre commerciale — d’alimenter la crise des opiacés, Pékin a récemment inscrit toutes les sortes de fentanyl sur une liste de substances contrôlées.

Mais cette liste n’inclut pas tous les précurseurs, permettant aux Mexicains de continuer à s’approvisionner et de combler le vide laissé par la Chine, déclarait en juillet devant une commission du Congrès Matthew Donahue, chef de la DEA pour l’Amérique du Nord et centrale.

Les cartels mexicains fabriquent désormais directement certains précurseurs, une «évolution inquiétante», selon ce responsable.

Saisies difficiles

Aujourd’hui, les saisies de fentanyl au centre postal de JFK sont en baisse. Selon les autorités, l’essentiel du fentanyl entre aux États-Unis par les postes-frontière avec le Mexique, tout coupé et prêt à être vendu au détail.

Mélangé à des diluants ou à de l’héroïne, des méthamphétamines ou de la cocaïne, ou encore pressé en pilules pour ressembler aux comprimés d’oxycodone, il arrive caché dans des véhicules ou sur des personnes franchissant les postes-frontières à pied.

Le directeur exécutif du CBP, Thomas Overacker, reconnaissait récemment que ne sont inspectés qu’environ 1 % des dizaines de milliers de voitures particulières et 16 % des camions circulant chaque jour entre les deux pays.

Les saisies ont néanmoins explosé : 985 kilos de fentanyl et analogues illégaux ont été interceptés en 2018, contre moins d’un kilo en 2013, selon le CBP.

Une fois à New York, explique M. Donovan, le fentanyl est distribué par des organisations criminelles dominicaines, qui font blanchir les revenus par des mafias chinoises, de plus en plus présentes au Mexique, témoin de l’imbrication des filières et de la mondialisation du trafic.

Monde

Au moins 584 enfants et ados tués à Saint-Louis depuis 1990

SAINT-LOUIS — Le taux d’homicides parmi les enfants de la ville de Saint-Louis, au Missouri, est dix fois supérieur au taux national, montre une analyse des données de la police fédérale américaine (FBI).

Le St. Louis Post-Dispatch rapporte vendredi que le taux d’homicides des enfants à Saint-Louis est beaucoup plus élevé que celui d’autres villes de taille similaire; il est quatre fois celui d’Indianapolis et de Kansas City, le triple de celui de Milwaukee et le double de celui de Baltimore.

Seulement cette année, douze enfants âgés de 17 ans ou moins ont été tués à Saint-Louis.

L’analyse révèle que 584 mineurs ont été tués dans la ville depuis 1990 et que 418 d’entre eux se trouvaient dans les quartiers du nord de Saint-Louis, à forte prédominance afro-américaine.

Emma Harrington connaît trop bien la douleur de perdre un enfant. Deux enfants dont elle avait la charge sont morts par balle.

La maison de Mme Harrington était pleine d’enfants en 1991, alors que deux de ses filles et leurs six enfants vivaient avec elle. L’un des petits-enfants était Aaron, 7 ans, un élève de deuxième année qui réussissait bien à l’école.

En octobre 1991, Aaron jouait avec quatre autres enfants dans le salon lorsqu’un coup de feu a été tiré vers la maison. Aaron a été touché droit au cœur.

«Je me suis fait tirer dessus! Je me suis fait tirer dessus!» a crié le petit garçon. Il s’est rapidement effondré. Il était déjà mort lorsqu’il a été transporté à l’hôpital.

Trois personnes ont rapidement été arrêtées. Un jeune homme de 17 ans a plaidé coupable de meurtre au deuxième degré et a été condamné à 20 ans de prison. Un jeune de 15 ans soupçonné par la police d’avoir tiré le coup fatal a été acquitté au procès. Les procureurs ont classé le dossier du troisième suspect, âgé de 16 ans.

Des témoins ont déclaré aux détectives que les coups de feu avaient été tirés dans le cadre d’une guerre de gangs.

Mme Harrington a pensé à déménager après la mort d’Aaron, mais elle n’en a jamais vraiment eu l’occasion.

«Où est-ce que j’irais? Quand tu es pauvre, tu ne vas nulle part», a-t-elle expliqué.

Derrion avait 16 ans

Quelques années après la mort d’Aaron, Mme Harrington avait à sa charge dix enfants — neuf petits-enfants ainsi que Derrion Williams, l’enfant d’une amie de sa fille né alors que sa mère était en prison. Mme Harrington ne voulait pas que l’enfant finisse dans une famille d’accueil; elle l’a donc recueilli cinq heures après sa naissance et l’a pris sous son aile.

En septembre 2008, à l’âge de 16 ans, Derrion était dans une voiture avec deux autres adolescents lorsqu’une autre voiture s’est arrêtée à côté d’eux dans une station-service. Quelqu’un a sorti une arme et l’a abattu. Il était l’un des 16 enfants et adolescents tués à Saint-Louis cette année-là.

La mort des enfants «nous a détruits», affirme Mme Harrington. «Quelque chose comme ça détruit une famille sur toute la ligne.»

Autour du globe, 19 octobre 2019

Monde

Hong Kong : l'homme à l'origine des manifestations accepte de retourner à Taïwan

HONG KONG — L’homme qui, involontairement, a déclenché le vaste mouvement de protestation qui secoue Hong Kong depuis juin, a accepté de retourner à Taïwan afin d’y être jugé pour le meurtre de sa compagne, a annoncé vendredi un prêtre qui lui a rendu visite en prison.

Chan Tong-kai, 20 ans, est recherché par Taïwan, soupçonné d’avoir tué en février 2018 sa petite amie enceinte sur l’île où les deux Hongkongais passaient quinze jours de vacances.

Il avait alors fui et était rentré à Hong Kong où, faute d’accord d’extradition entre l’ex-colonie britannique et Taipei, la police taïwanaise n’avait pas pu l’interpeller.

Ce vide juridique avait conduit l’exécutif de la région semi-autonome, pro-Pékin, à faire adopter un texte autorisant les extraditions vers les pays, dont la Chine continentale, avec lesquels il n’existait pas d’accord en ce sens.

Cette proposition de loi a déclenché une vaste mobilisation, avec des manifestations et actions quasi quotidiennes depuis plus de quatre mois, donnant lieu à la pire crise politique depuis la rétrocession en 1997 de l’ex-colonie britannique à la Chine.

Ce texte a été suspendu début septembre, mais entretemps, les manifestants ont considérablement élargi leurs revendications et les affrontements entre la police et les protestataires les plus radicaux se sont intensifiés.

L’homme qui, indépendamment de sa volonté, est à l’origine de cette crise s’est dit prêt à se rendre à Taïwan pour y être traduit en justice.

M. Chan purge actuellement une courte peine d’emprisonnement à Hong Kong après avoir été reconnu coupable plus tôt du vol de biens appartenant à sa petite amie. Lors du procès, il n’avait pas contesté le meurtre de Poon Hiu-wing.

Il doit être libéré la semaine prochaine.

Le révérend Peter Koon, membre du clergé anglican, lui a rendu régulièrement visite en prison et selon lui, M. Chan s’est dit prêt à se rendre aux autorités taïwanaises.

«Je crois qu’il tiendra parole», a déclaré M. Koon à l’AFP, ajoutant que l’accusé avait pris des avocats taïwanais et s’était converti au christianisme en prison.

«Il a fait part de son profond regret vis-à-vis de la famille de la victime et s’est dit désolé d’avoir causé de tels problèmes à Hong Kong», a ajouté M. Koon, qualifiant la décision de l’accusé de «courageuse».

À Taïwan, le meurtre est passible de la peine de mort, mais le pasteur a affirmé que M. Chan devrait échapper à cette sentence s’il se rendait volontairement aux autorités.

Cette déclaration intervient à la veille de vingtième week-end consécutif de manifestations à Hong Kong.

Vendredi soir, des milliers de manifestants ont formé des chaines humaines devant de nombreuses stations de métro pour protester contre le recours par les autorités à une loi datant de l’époque coloniale, qui interdit le port de masques dissimulant le visage lors de manifestations.

De nombreux participants à la manifestation de vendredi soir ont défié cette interdiction en cachant leur visage.

Yu Law, 33 ans, a confectionné un masque en forme de caméra pour aller manifester dans le quartier de Tsim Sha Tsui.

«Si nous ne défilons pas maintenant, nous n’en aurons peut-être pas la possibilité à l’avenir», a-t-elle dit à l’AFP.

Vendredi, la police n’a pas autorisé une manifestation devant se tenir dimanche, et à laquelle a appelé le Front civil des droits de l’homme (FCDH).

Monde

Syrie : Erdogan menace de reprendre l'offensive mardi soir si l'accord n'est pas respecté

ISTANBUL — Le président turc Recep Tayyip Erdogan a averti vendredi que l’offensive dans le nord-est de la Syrie reprendrait dès mardi soir si les forces kurdes ne se retirent pas de ce secteur comme prévu dans l’accord de trêve.

«Si les promesses sont respectées d’ici mardi soir, la question de la zone de sécurité aura été résolue. Faute de quoi, l’opération Source de Paix reprendra dès que le délai de 120 heures expirera», a déclaré M. Erdogan lors d’une conférence de presse.

Aux termes d’un accord arraché jeudi par le vice-président américain Mike Pence lors d’une visite à Ankara, la Turquie a accepté de suspendre pour cinq jours son offensive lancée le 9 octobre, et d’y mettre fin si les forces kurdes des YPG, considérées comme «terroristes» par Ankara, se retirent pendant cette période des zones frontalières de la Turquie dans le nord-est de la Syrie.

«Nous avons fixé une limite : 120 heures à l’expiration desquelles cette région doit être nettoyée des groupes terroristes», a ajouté M. Erdogan.

L’accord prévoit aussi la mise en place d’une «zone de sécurité» de 32 km de largeur en territoire syrien.

M. Erdogan a répété vendredi que cette zone devrait «s’étendre en longueur sur 444 km» et pas seulement dans les zones dont les forces turques ont déjà pris le contrôle en territoire syrien, à savoir 120 km entre les localités de Tal Abyad et Ras al-Aïn.

Il a aussi affirmé qu’une partie des quelque 3,6 millions de réfugiés syriens vivant en Turquie seraient installés dans cette «zone de sécurité».

Afin d’héberger ces réfugiés, «nous prévoyons d’y construire 140 villages avec 5000 habitants pour chaque village et 10 districts avec une population de 30 000 pour chaque district», a-t-il affirmé

Il a en outre assuré que la Turquie n’avait pas l’intention de rester indéfiniment dans le nord de la Syrie. «Nous n’avons pas l’intention d’y rester, c’est hors de question», a-t-il dit.

Le président américain Donald Trump avait paru donner son feu vert à l’offensive turque avant, face au tollé dans les pays occidentaux et au sein de son camp, d’exhorter Ankara à y mettre fin et d’autoriser des sanctions contre la Turquie.

Une lettre de M. Trump à M. Erdogan, dans laquelle il tente de le dissuader de lancer l’offensive et qui a fuité mercredi, a suscité la stupeur à Washington en raison de son ton et du langage employé.

«Ne jouez pas au dur! Ne faites pas l’idiot!», y a écrit le locataire de la Maison-Blanche, lui proposant de parvenir avec lui à «un bon accord». Selon les médias turcs, M. Erdogan l’a «jetée» à la poubelle.

En réponse à une question lors sa conférence de presse, M. Erdogan a estimé que le langage utilisé dans cette lettre se départait «de la courtoisie politique et diplomatique» tout en espérant que l’accord turco-américain marquerait «un nouveau début» dans les relations avec Washington.

M. Erdogan a aussi condamné les abus que certains supplétifs syriens d’Ankara sont accusés d’avoir commis lors de l’offensive.

«Quiconque commet de tels actes n’est pas différent de Daech», a-t-il dit. «Nous ne pouvons pas accepter de tels comportements», a-t-il ajouté, affirmant que l’armée turque avait lancé une enquête pour déterminer les coupables.

Il a enfin rejeté les accusations des autorités kurdes syriennes d’un recours par Ankara à des armes non conventionnelles pendant l’offensive.

«Nous ne disposons pas de telles armes dans notre arsenal. C’est une calomnie contre l’armée turque», a-t-il dit.

Monde

Pour la première fois, deux femmes sortent ensemble dans l'espace

WASHINGTON — Pendant plus de sept heures vendredi, les astronautes américaines Christina Koch et Jessica Meir sont sorties ensemble de la Station spatiale internationale (ISS) pour remplacer avec succès un équipement électrique, marquant la première fois dans l’histoire spatiale que deux femmes mènent une telle sortie.

«Ce fut un grand honneur, et un événement, le symbole de l’exploration par tous ceux qui osent, rêvent et travaillent dur pour réaliser leur rêve», a dit Jessica Meir, une biologiste marine de 42 ans, recrutée en 2013 par la NASA, à l’issue de sept heures et 17 minutes de sortie dans l’espace.

Une sortie 100 % féminine avait été programmée en mars, mais la NASA avait dû l’annuler, faute d’avoir deux combinaisons de la bonne taille prêtes à l’emploi, un épisode embarrassant pour l’agence.

Leur sortie a été ponctuée d’un appel de félicitations du président Donald Trump, alors que les deux femmes flottaient dans le vide, 415 kilomètres au-­dessus de l’océan Indien, à la vitesse habituelle de huit kilomètres par seconde.

«Vous êtes des femmes très courageuses, très intelligentes», leur a lancé Donald Trump depuis la Maison-Blanche. «Nous sommes très fiers de vous».

«Nous ne voulons pas nous attribuer trop de mérite, car de nombreuses femmes sont sorties dans l’espace avant nous», a répondu Jessica Meir. «Il existe une longue lignée de femmes scientifiques, exploratrices, ingénieures et astronautes. Nous avons marché dans leurs pas».

Une fois l’appel terminé, les deux femmes, imperturbables, ont repris leurs procédures très techniques.

«Quelle vue»

L’opération était relativement banale et a été couronnée de succès : remplacer un système de recharge des batteries d’une centaine de kilogrammes (sans poids en apesanteur) installé en 2000 à une extrémité de la station près d’immenses panneaux solaires, et qui est tombé en panne le week-end dernier.

Mais sur 220 sorties spatiales depuis le début de l’ISS en 1998, aucune n’avait été faite par deux femmes en même temps. Jessica Meir est seulement la quinzième femme de l’histoire à «marcher» dans le vide.

Les hommes de l’équipage actuel (un Américain, deux Russes et un Italien) sont restés à l’intérieur.

Les astronautes disent souvent qu’une sortie spatiale est l’expérience la plus marquante de leur aventure. La Terre défile sous leurs yeux au rythme d’un tour toutes les 90 minutes. Seize fois, le Soleil se lève et se couche.

«Je suis obligée de demander, mais qu’est-ce qu’on survole en ce moment?» a demandé à un moment Christina Koch, ingénieure de 40 ans, à la salle de contrôle à Houston.

«Quelle vue», a encore dit l’une des astronautes alors qu’elles survolaient notre planète, resplendissante sous le Soleil.

«S’il existait un mot pour décrire l’opposé de claustrophobie, ce serait ce sentiment. C’est le vide le plus infini qu’on peut ressentir», a expliqué au sol Anne McClain, revenue récemment de l’ISS. «Et on se rend compte que la Terre est la chose la plus proche qu’on puisse regarder».

«Pas de limites»

À la NASA, les premiers astronautes étaient des pilotes militaires, des hommes. La première femme dans l’espace fut la Russe Valentina Terechkova en 1963, la première Américaine Sally Ride en 1983.

Les équipements spatiaux ont historiquement été conçus et testés pour des hommes, considérés plus aptes, car plus forts physiquement et plus grands, ce qui faciliterait les manipulations d’outils et acrobaties nécessaires pour réparer des équipements en apesanteur.

«Mais on a aussi ajouté des femmes aux équipages, car leurs cerveaux apportent des compétences différentes», a dit vendredi Ken Bowersox, chef des programmes de vols habités de la NASA. «En utilisant leurs cerveaux, elles peuvent surmonter nombre de défis physiques».

Le couac de mars avait provoqué une volée de critiques, Hillary Clinton tweetant un lapidaire : «Faites une autre combinaison».

Cette fois, des politiques ont célébré l’événement. «C’est plus qu’historique, cela montre que pour les femmes, il n’y pas de limites, pas même le ciel», a tweeté la candidate aux primaires présidentielles démocrates Kamala Harris.

Afin d’étudier l’effet de l’apesanteur prolongée sur le corps des femmes, Christina Koch va passer presque un an à bord de l’ISS, jusqu’en février.

La dernière promotion d’astronautes de la NASA, sélectionnée en 2013, est composée pour moitié de femmes. Au total, l’agence compte 12 femmes astronautes actives.

Monde

Débat houleux à Washington sur la légalisation de la prostitution

WASHINGTON — Un débat public sur une possible légalisation de la prostitution dans la capitale américaine a donné lieu jeudi à des échanges tendus au conseil municipal de Washington.

La capitale fédérale deviendrait alors le seul territoire américain à totalement légaliser le sexe tarifé. Actuellement, les maisons closes sont légales dans certaines localités du Nevada.

Le projet de loi vise à décriminaliser les transactions sexuelles entre adultes consentants dans les résidences privées.

Selon ses partisans, le texte va sortir les travailleuses sexuelles de la clandestinité, en les protégeant notamment des proxénètes.

«En supprimant les pénalités judiciaires pour les travailleurs sexuels, nous pouvons sortir ces gens de l’ombre, les aider à vivre une vie plus saine et plus sûre», a expliqué le conseiller municipal David Grosso, admettant que le texte n’était «pas parfait».

Il a souligné que les Noires et les membres de la communauté LGBTQ étaient les principales victimes de la prostitution.

Mais des intervenants s’en sont pris aux «effets pervers» de ce projet de loi qui empêcherait les policiers d’entrer dans les maisons closes et d’alerter les services sociaux en cas de suspicion de prostitution forcée.

«Il est naïf de la part de ce conseil, et c’est un manque de respect à l’égard des victimes de violences, que de soutenir l’idée que la décriminalisation va stopper la violence des clients et des souteneurs», a affirmé l’avocate LaRuby May.

«Allez-vous dire à vos filles qu’être travailleuse du sexe est un choix de carrière?», a-t-elle lancé aux élus.

Janet Rodriguez, prostituée de force pendant neuf ans au Mexique et aux États-Unis, qui assistait à la réunion, a assuré qu’il était «impossible de séparer la prostitution du trafic d’être humain».

Au Mexique, où les travailleuses du sexe sont enregistrées auprès des autorités, «les femmes comme moi devions dire que nous n’étions pas forcées, mais nous l’étions toutes», a-t-elle expliqué.

L’État américain du Rhode Island a décriminalisé la prostitution dans les endroits fermés entre 1980 et 2009.

Monde

Maduro accusé d’avoir «assassiné » un politicien de l'opposition

CARACAS — Le chef de file de l’opposition vénézuélienne Juan Guaidó a accusé jeudi le gouvernement de Nicolas Maduro d’avoir « assassiné » un conseiller municipal de Caracas, membre du même parti que lui.

Edmundo Rada, alias « Pipo », a disparu mercredi et son corps a été retrouvé le lendemain « calciné, avec deux balles dans la nuque », a indiqué Juan Guaidó lors d’une conférence de presse.

« Il s’agit d’un assassinat perpétré par la dictature […]. Des indices claires montrent que le motif est politique », a encore affirmé le dirigeant d’opposition qu’une cinquantaine de pays reconnaissent comme président par intérim du Venezuela.

Juan Guaidó tente d’évincer Nicolas Maduro depuis le mois de janvier. Il qualifie à l’envi le chef de l’État de « dictateur » et d’« usurpateur », en raison de la présidentielle « frauduleuse » de 2018 qui lui a permis de se maintenir au pouvoir.

Sans produire de preuves, Juan Guaidó a pointé du doigt les Forces d’action spéciales (FAES), une unité d’intervention contre le crime organisé très controversée. Elles sont accusées par des ONG locales de violations des droits de l’Homme et d’exécutions extrajudiciaires et la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme Michelle Bachelet a appelé à leur dissolution.

En début de soirée, les autorités ne s’étaient pas exprimées sur la mort d’Edmundo Rada, qui était conseiller de Sucre, une des municipalités de Caracas, et appartenait à Voluntad Popular, le même parti que Juan Guaidó. Il était très engagé socialement à Petare, un quartier populaire de la capitale vénézuélienne, ville où le taux de criminalité est l’un des plus élevés d’Amérique latine.

Juan Guaidó a également relevé que la découverte du corps d’Edmundo Rada était concomitante de l’élection du Venezuela au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, un choix critiqué par des ONG, les États-Unis et plusieurs pays latino-américaines hostiles à Nicolas Maduro.

« Le jour où un mécanisme de l’ONU permet qu’une dictature comme celle de Maduro prenne place dans un siège baigné de sang, […] on assassine Edmundo Rada », a-t-il déclaré.

Dans un rapport publié en juillet, Michelle Bachelet s’était alarmée de l’« érosion de l’État de droit » au Venezuela.   

Elle avait indiqué que 5287  personnes ont péri en 2018 dans des cas relevant de la « résistance à l’autorité », selon des chiffres fournis par le gouvernement vénézuélien. Entre le 1er janvier et le 19  mai de cette année, 1569  autres personnes ont été tuées, toujours selon Caracas.

Monde

Mexique: violents affrontements armés dans le fief d’El Chapo

MEXICO — La capitale de l’État mexicain de Sinaloa (nord-ouest), le fief du baron de la drogue Joaquin el « Chapo » Guzman, a été jeudi soir le théâtre de violents affrontements armés, a rapporté un correspondant de l’AFP.

Des tirs nourris opposants des civils armés aux forces de sécurité mexicaines ont retenti en pleine après-midi dans les rues  de cette ville de 750 000 habitants ainsi que des explosions de véhicules, forçant les résidents à se terrer chez eux, a-t-on précisé de même source.

Les membres du cabinet de sécurité se sont réunis jeudi dans la soirée à la suite de ces violences, a indiqué le bureau du président mexicain Andrès Manuel Lopez Obrador, sans plus de détails.    

Dans un communiqué, le gouverneur de l’État de Sinaloa, considéré comme l’un des plus violents au Mexique, a appelé la population à « ne pas sortir dans les rues et de se conformer aux instructions officielles en fonction de la tournure des évènements en cours ».

Selon le correspondant de l’AFP, plusieurs rues du secteur ont été partiellement bouclées par les civils en armes portant des capuches pour masquer leurs visages, donnant à la ville des allures de champ de bataille. Plusieurs habitants de la ville ont été contraints de fuir en abandonnant leurs voitures dans les rues.  

Plusieurs médias mexicains, dont les chaînes Milenio TV et Televisa ont indiqué que l’un des fils de Joaquin « Chapo » Guzman, Ovidio Guzman Lopez, aurait été arrêté voire tué par les forces de sécurité, déclenchant la riposte de civils armés.

Aucune confirmation officielle n’a pour l’instant été donnée à ces informations relatives au fils de Joaquin Guzman.

Milenio TV et Televisa, parmi les plus importantes télévisions au Mexique, passent en boucle des images de forces de sécurité prises sous le feu de mitrailleuses lourdes actionnées par des civils, ainsi que des voitures et des camions en flammes.

Diminuer la criminalité

Le puissant cartel de Sinaloa est fragmenté entre les fils d’El « Chapo » et un certain Ismael « El Mayo » Zambada, l’un des pères fondateurs de cette même organisation.   

El « Chapo » a été condamné en juillet 2019 aux États-Unis à la réclusion à perpétuité.

Considéré comme le narcotrafiquant le plus puissant au monde, il a acheminé aux États-Unis au moins 1200 tonnes de cocaïne sur un quart de siècle. Malgré son arrestation, l’organisation continue d’acheminer la majorité de la drogue qui entre aux États-Unis.

Durant le procès, l’accusation a montré que le Mexicain avait ordonné l’assassinat ou mis lui-même à mort au moins 26 personnes, parfois après les avoir torturées. Il s’agissait d’informateurs, trafiquants issus d’organisations rivales, policiers, collaborateurs voire même des membres de sa propre famille.

Avant même l’enregistrement officiel de l’appel, El Chapo avait été transféré dans une prison de haute sécurité du Colorado, l’Administrative Maximum Facility, ou ADX, située à Florence, dans le sud de l’État.

Le président mexicain ne cesse d’exprimer sa volonté de faire diminuer la criminalité dans son pays, depuis son élection en décembre dernier. Mais sans grand succès.

Il a pourtant mis en place une Garde Nationale afin de rendre à la police des responsabilités qui incombaient depuis plusieurs années à l’armée, déployée depuis 2006 dans le cadre d’une offensive généralisée contre le crime organisé.

Selon plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, cette bataille menée par les militaires n’a fait qu’accroître la violence dans le pays, déchiré par des rivalités entre différents cartels.

Depuis, des données officielles font état de la mort de quelque 250 000 personnes, sans qu’il soit toutefois possible de déterminer le nombre de tués dans le cadre de la lutte contre le crime organisé. Un record a été battu en 2018 avec 33 749 tués, selon ces mêmes sources.

Avec 23 063 morts jusqu’en août, il est possible qu’un nouveau record de violence soit battu pour l’année en cours.

Monde

Trump avait bien lié une aide à l’Ukraine à la politique américaine

WASHINGTON — La Maison-Blanche a reconnu jeudi pour la première fois que Donald Trump avait lié une aide destinée à l’Ukraine à des considérations de politique intérieure américaine, fournissant de nouvelles munitions aux démocrates qui enquêtent en vue de destituer le président.

Le chef de cabinet de la Maison-Blanche Mick Mulvaney a créé la surprise en lâchant cet aveu au détour d’une conférence de presse sur le G7. Il a toutefois assuré que cela «n’avait absolument rien à voir» avec l’ancien vice-président Joe Biden.

Fin juillet, Donald Trump avait demandé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky d’enquêter sur Joe Biden et sur les affaires de son fils Hunter en Ukraine. Or l’administration américaine avait suspendu plus tôt dans le mois une aide militaire de près de 400 millions de dollars destinée à l’Ukraine.

Motivations personnelles

Cette décision est au cœur de l’enquête ouverte il y a trois semaines par les parlementaires démocrates dans le cadre de l’explosive procédure d’«impeachment». Les élus de l’opposition veulent savoir si Donald Trump a abusé de ses pouvoirs à des fins personnelles.

Le milliardaire républicain martèle qu’il n’a exercé «aucune pression» et que l’aide avait été gelée le temps d’évaluer l’assistance apportée à l’Ukraine par ses autres partenaires occidentaux.

Jeudi, pour la première fois, la Maison-Blanche a reconnu que Donald Trump avait d’autres motivations.

«Mulvaney vient de dire que l’aide militaire pour l’Ukraine avait été suspendue pour forcer Kiev à enquêter sur les démocrates», a réagi sur Twitter l’élu Adam Schiff qui supervise l’enquête parlementaire contre Donald Trump.

Face au tollé suscité par ses propos, le directeur de cabinet a rétropédalé quelques heures plus tard, assurant dans un communiqué que les médias avaient «déformé ses commentaires» pourtant prononcés face caméra.

«Déçus»

Sur un autre front, l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne (UE) Gordon Sondland a révélé que Donald Trump avait imposé aux diplomates chargés du dossier ukrainien de travailler avec son avocat personnel, et fervent défenseur du président, Rudy Giuliani.

«Nous avons été déçus par l’ordre du président d’impliquer M. Giuliani», a déclaré cet homme d’affaires pourtant proche de Donald Trump.

Selon M. Sondland, M. Giuliani a ensuite expliqué aux diplomates que le président Trump voulait que son homologue ukrainien fasse «une déclaration publique sur la corruption» et mentionne «deux sujets d’enquête importants» : le «serveur informatique démocrate» et le groupe gazier Burisma, pour lequel travaillait le fils de Joe Biden, Hunter.

Malgré les efforts de la Maison-Blanche pour bloquer l’enquête des démocrates, M. Sondland est le huitième témoin entendu par les parlementaires.

Les démocrates affichent leur volonté d’aller vite vers la mise en accusation du président, une prérogative de la chambre basse du Congrès qu’ils contrôlent.

Il reviendra ensuite, selon la Constitution, au Sénat de juger si M. Trump doit être destitué. Compte tenu de la majorité républicaine dans cette enceinte, cette perspective paraît peu probable à ce stade.

Monde

Barcelone encore sous tensions

BARCELONE — Barcelone vivait de nouvelles tensions dans la nuit de jeudi à vendredi, au quatrième jour de la mobilisation des indépendantistes catalans contre la condamnation de leurs dirigeants par la justice espagnole.

Des centaines de jeunes, criant «Indépendance», ont monté des barricades enflammées dans le centre chic de la grande métropole catalane et lancé des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre qui pour leur part ont tiré des balles en mousse sur les manifestants.

Ces nouvelles tensions interviennent à la veille de ce qui s’annonce comme le point d’orgue de la mobilisation contre les lourdes peines de prison infligées lundi aux leaders séparatistes.

Vendredi, jour de «grève générale» en Catalogne, des «marches de la liberté» parties de toute la région doivent converger à Barcelone pour une grande manifestation prévue.

Mardi et mercredi, Barcelone avait vécu de véritables scènes de guérilla urbaine entre manifestants et policiers après de premiers heurts lundi lors du blocus de l’aéroport par des milliers de personnes.

Plus tôt dans la soirée jeudi, une manifestation avait réuni environ 13 000 personnes après une manifestation étudiante ayant rassemblé 25 000 personnes dans l’après-midi.

«Les actions que nous menons depuis plusieurs jours sont dues à l’impuissance que nous ressentons car l’État espagnol persiste dans son refus [de l’indépendance] et ses menaces et l’Europe dans son silence», a expliqué à l’AFP David, comptable de 23 ans qui n’a pas donné son nom de famille.

«Pas de pas en arrière»

Ces violences marquent un tournant pour le mouvement séparatiste qui s’est toujours targué d’être non-violent.

Le président indépendantiste catalan Quim Torra, qui a fini par condamner les violences mercredi soir, a tenu un discours de défi à l’État espagnol devant le parlement régional.

«Nous ne pouvons pas nous permettre de faire un pas en arrière dans la défense inaliénable de notre droit à l’autodétermination. La peur et les menaces ne nous vaincront pas», a-t-il lancé en promettant de parvenir à l’indépendance d’ici deux ans.

En prévision des perturbations de vendredi dans cette riche région industrielle, le constructeur automobile Seat a mis à l’arrêt son usine de Martorell, près de Barcelone, tandis que la fédération des transporteurs a recommandé à ses adhérents d’avancer leurs livraisons ou de chercher des routes alternatives.

Près de 100 blessés mercredi

Selon le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, 97 personnes ont été arrêtées en Catalogne et 194 policiers blessés depuis le début des manifestations lundi. Sur la seule journée de mercredi, 96 personnes ont été blessées selon les services de secours, dont 58 à Barcelone.

À moins d’un mois des prochaines élections législatives, la droite et le centre exigent du gouvernement socialiste qu’il prenne des mesures exceptionnelles pour rétablir l’ordre public.

Le chef du gouvernement Pedro Sanchez est «dépassé par les événements», a dénoncé jeudi Ana Pastor, une dirigeante du Parti Populaire qui réclame la reprise en mains par l’État de la sécurité, qui dépend en Catalogne du gouvernement régional.

«Il n’y aura aucune impunité», a martelé M. Grande-Marlaska dont le gouvernement a envoyé des renforts policiers, mais n’a pas pris de mesures extraordinaires.

Aux commandes du gouvernement régional et dominant le parlement, les indépendantistes ne représentent toutefois pas la majorité des 7,5 millions de Catalans. D’après le dernier sondage publié en juillet par le gouvernement régional, 44 % de la population est favorable à l’indépendance tandis que 48,3 % y est opposée.

Autour du globe, 18 octobre 2019

Monde

Turcs et Kurdes acceptent une trève

ANKARA — La Turquie a accepté jeudi de suspendre son offensive dans le nord-est de la Syrie et d’y mettre fin définitivement si les forces kurdes s’en retirent sous cinq jours, aux termes d’un accord arraché à Ankara par le vice-président américain Mike Pence.

Pour permettre un retrait des forces kurdes «sous 120 heures, toutes les opérations militaires dans le cadre de l’opération [turque] “Source de Paix” vont être suspendues et l’opération sera complètement arrêtée une fois ce retrait achevé», a déclaré M. Pence à la presse à l’issue de plus de quatre heures d’entretiens avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Les forces kurdes se sont déclarées prêtes, par la voix d’un de leurs commandants, à respecter «le cessez-le-feu» avec la Turquie.

Selon l’accord annoncé par M. Pence, ces forces devront se retirer d’un secteur d’une profondeur de 32 kilomètres censé se transformer à terme en «zone de sécurité», en faveur de laquelle la Turquie milite depuis des mois.

Les Turcs ont promis aux Américains que cette «zone de sécurité» serait temporaire et ne provoquerait pas de déplacements massifs de populations.

«Source de paix»

L’offensive turque contre les forces kurdes des YPG dans le nord-ouest de la Syrie, lancée le 9 octobre, a suscité un tollé international en raison du rôle de premier plan joué par les Kurdes contre les jihadistes du groupe État islamique (EI).

Mais Ankara les qualifie de «terroristes» en raison de leurs liens avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla en Turquie depuis 1984.

«Nous suspendons l’opération, nous ne l’arrêtons pas», a déclaré le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu. «Nous pourrons arrêter l’opération seulement lorsque [les forces kurdes] se seront retirées complètement de la région», a-t-il ajouté, refusant toutefois de parler d’un cessez-le-feu.

Le président américain Donald Trump avait paru donner son feu vert à l’offensive turque avant, face au tollé dans les pays occidentaux et au sein de son camp, d’exhorter Ankara à y mettre fin et d’autoriser des sanctions contre la Turquie.

«Un grand jour»

M. Pence a annoncé que ces sanctions seraient levées dès que la Turquie aura mis fin à son offensive.

M. Trump a évoqué un «grand jour» pour la Turquie et pour les Kurdes. «Nous avons un cessez-le-feu de cinq jours», a-t-il déclaré au Texas. «Les Kurdes sont incroyablement heureux de cette solution», a-t-il ajouté.

M. Pence, qui a pour sa part parlé à plusieurs reprises d’un «cessez-le-feu», a affirmé que Washington avait d’ores et déjà commencé à «faciliter le retrait [des forces kurdes]».

Il n’a pas précisé la longueur prévue de cette zone, qui selon la «déclaration turco-américaine conjointe» sera mise en œuvre principalement par l’armée turque. M. Erdogan avait déclaré le 13 octobre que cette zone devrait s’étirer, à terme, du fleuve Euphrate à la frontière irakienne, soit une longueur de 480 kilomètres.

Selon M. Pence, Ankara s’est aussi engagé à ne pas mener d’opération militaire dans la ville de Kobane, d’où les YPG avaient délogé l’EI en 2015 à l’issue d’une bataille hautement symbolique.

Éliminer l’EI

L’offensive turque a fait près de 500 morts, dont une centaine de civils, et provoqué le déplacement de 300 000 personnes depuis son lancement le 9 octobre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

L’accord turco-américain survient alors que les combats avaient fait rage dans la journée, en particulier à Ras al-Aïn, ville frontalière dont l’armée turque et ses supplétifs syriens contrôlent désormais près de la moitié, selon l’OSDH.

L’opération turque a aussi rebattu les cartes dans le nord de la Syrie, nouvel épicentre du conflit qui déchire ce pays depuis 2011. L’offensive turque inquiète tout particulièrement les Européens, qui craignent l’évasion des jihadistes étrangers jusque-là retenus par les forces kurdes.

Selon la déclaration conjointe, la Turquie et les États-Unis se sont enragés «à poursuivre les efforts visant à éliminer l’EI dans le nord-est de la Syrie» et à se coordonner au sujet «de centres de détention» de jihadistes.

Monde

Donald Trump accueillera le G7 à son club de golf de Miami

WASHINGTON — La Maison-Blanche a annoncé jeudi avoir choisi le terrain de golf du président Donald Trump à Miami comme site du sommet du Groupe des Sept l’année prochaine.

L’annonce intervient au moment même où le président Trump accuse la famille de Joe Biden de profiter de la fonction publique en raison des activités commerciales de Hunter Biden en Ukraine lorsque son père était vice-président.

Le sommet du G7 se tiendra du 10 au 12 juin. L’idée d’organiser l’événement dans la station balnéaire de M. Trump a été critiquée par les organes de surveillance de l’éthique du gouvernement.

M. Trump a vanté son complexe, soulignant qu’il se trouvait à proximité de l’aéroport, qu’il disposait de nombreuses chambres d’hôtel et qu’il proposait des bâtiments séparés pour chaque délégation.

Une équipe visitant les sites a déclaré que c’était «l’endroit idéal pour le faire», a déclaré le chef de cabinet de M. Trump par intérim, Mick Mulvaney. Il a ajouté qu’environ une dizaine de sites potentiels avaient été réduits à une liste de quatre finalistes avant que Doral soit finalement sélectionné.

«C’est presque comme s’ils avaient construit cette installation pour accueillir ce type d’événement», a fait valoir M. Mulvaney.

L’organisation de l’événement à Doral coûterait également beaucoup moins cher que d’autres sites, a-t-il ajouté.

«Il n’est aucunement question que (M. Trump) en profite de quelque manière que ce soit», a assuré M. Mulvaney.

Lorsque les États-Unis ont accueilli le sommet du G7 par le passé, il s’est déroulé à Porto Rico; Williamsburg, Virginie; Houston; Denver; Sea Island, Géorgie; et Camp David, la retraite présidentielle dans le Maryland.

Monde

Hong Kong: chaos au Parlement, Carrie Lam renonce à un discours

HONG KONG — L'escalade se poursuit à Hong Kong, où un leader du mouvement de contestation a été, selon ses proches, violemment agressé mercredi, tandis que la chef de l'exécutif a dû interrompre un discours de politique générale sous les huées de parlementaires de l'opposition.

Jimmy Sham, le dirigeant du Front civil des droits de l'homme (FCDH), a été attaqué à coups de marteau et blessé à la tête par des inconnus, a annoncé mercredi l'organisation, qui a immédiatement dénoncé un acte de «terreur politique».

Monde

Un des derniers procès de gardien de camp nazi s'ouvre en Allemagne

HAMBOURG — Il s'agit sans doute d'un des derniers procès d'un ancien gardien de camp nazi : un SS du camp de concentration polonais de Stutthof comparaît jeudi à Hambourg pour complicité de milliers de meurtres.

Les audiences du procès, qui se tient au moins jusqu'à mi-décembre, seront restreintes à deux par semaine et à deux heures maximum chacune, en raison de l'état de santé précaire de Bruno Dey, 93 ans.

Monde

Troisième nuit de violences en Catalogne

BARCELONE — Des militants indépendantistes ont affronté la police pour la troisième nuit consécutive en Catalogne, une escalade dénoncée par les autorités séparatistes de cette région autonome tandis que le gouvernement espagnol se tient prêt à intervenir.

Après une marche pacifique de milliers de manifestants à Barcelone, des centaines de jeunes militants en vêtements sombres, masqués et portant des casques de moto, ont dressé et mis le feu à des barricades, incendié des voitures et lancé des pierres et des bouteilles sur la police antiémeutes, a constaté un journaliste de l'AFP.

Monde

Trump vante son retrait de Syrie et une surprenante lettre à Erdogan

WASHINGTON — Donald Trump a défendu mercredi bec et ongles le retrait des troupes américaines de Syrie, minimisant la menace qui pèse sur les forces kurdes et faisant l’éloge d’une incroyable lettre adressée à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

Vantant une approche «brillante d’un point de vue stratégique», le milliardaire républicain a balayé un à un tous les arguments de ses nombreux détracteurs sur ce dossier, y compris au sein de son propre camp.

Quelques heures avant le départ du vice-président Mike Pence pour Ankara, où il espère convaincre les Turcs de mettre fin à leur invasion dans le nord de la Syrie visant les Kurdes, le président a pris ses distances avec le conflit en cours.

«Si la Turquie pénètre en Syrie, c’est une affaire entre la Turquie et la Syrie, ce n’est pas une affaire entre la Turquie et les États-Unis comme beaucoup de gens stupides voudraient vous le faire croire», a-t-il lancé.

Une réunion organisée peu après avec les leaders démocrates à la Maison-Blanche a donné lieu à un vif affrontement, Donald Trump qualifiant Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, de «politicienne de bas étage».

«Nous avons vu le président craquer, c’est triste à dire», a relaté cette dernière après la rencontre au cours de laquelle il a, selon les démocrates, vanté sa lettre «agressive» à M. Erdogan.

Le courrier en question, qui a fuité peu après, a suscité la stupeur à Washington.

«Trouvons un bon accord», suggère M. Trump dans cette missive dont l’authenticité a été confirmée à l’AFP. Datée du 9 octobre, elle a été adressée au président turc le jour où il a lancé ses troupes à l’assaut des Kurdes dans le nord de la Syrie.

«Vous ne souhaitez pas être responsable du massacre de milliers de personnes, et je ne veux pas être responsable de la destruction de l’économie turque — ce que je ferais (si nécessaire)» écrit le président américain.

«L’Histoire vous jugera d’un œil favorable si vous agissez de façon juste et humaine. Elle vous considérera à jamais comme le diable si les choses se passent mal», met en garde M. Trump, sans autre précision.

«Ne jouez pas au dur! Ne faites pas l’idiot!» conclut le locataire de la Maison-Blanche. «Je vous téléphonerai plus tard».

«C’est ce que l’Amérique veut» 

En se retirant abruptement de Syrie, Washington ne risque-t-il pas de laisser Moscou devenir un acteur encore plus omniprésent en Syrie? «Si la Russie aide à protéger les Kurdes, c’est une bonne chose, pas une mauvaise chose», a répondu M. Trump lors d’une conférence de presse.

L’influent sénateur républicain Lindsey Graham estime qu’il est en train de faire «la plus grande erreur de sa présidence»? «Lindsey devrait se concentrer sur les démocrates-qui-ne-font-rien», a-t-il rétorqué, appelant l’élu avec lequel il joue régulièrement au golf à consacrer plus de temps à ses électeurs de Caroline du Sud qu’à la géopolitique du Moyen-Orient.

«Nous n’avons pas besoin d’être engagés dans des guerres sans fin, nous ramenons nos soldats», a-t-il martelé. «J’ai gagné l’élection sur cette base. Que ce soit bien ou mal, c’est comme ça!»

«Je suis prêt à parier —c’est mon instinct politique qui me le dit— que c’est ce que l’Amérique veut».

Un argument revient en boucle depuis quelques jours dans la bouche du 45e président américain : il est temps que d’autres pays —amis ou ennemis— prennent le relais dans la lutte contre les jihadistes du groupe État islamique (EI).

«Tout le monde déteste l’EI», martèle-t-il. «Pourquoi protéger la Syrie, qui n’est pas un pays ami? Pourquoi protéger leur territoire?»

À ceux soulignant que les États-Unis ont une responsabilité particulière envers les Kurdes, qui se sont battus à leur côté contre les jihadistes de l’EI, le locataire de la Maison-Blanche rétorque qu’il ne faut pas trop s’inquiéter, et ne pas les idéaliser.

Monde

Maroc: Hajar Raissouni, condamnée pour avortement illégal, libérée après une grâce royale

RABAT — «La grâce royale a corrigé un procès injuste», a déclaré à l'AFP la journaliste marocaine Hajar Raissouni, libérée mercredi après avoir été emprisonnée pour «avortement illégal» et «sexe hors mariage».

La décision du roi de gracier la jeune reporter de 28 ans, son fiancé et l'équipe médicale accusée de l'avoir aidée à avorter a été rendue publique mercredi après-midi, suscitant des flots de réactions positives sur les réseaux sociaux, au Maroc et à l'étranger.

Autour du globe, 17 octobre 2019