Autour du globe, 23 février 2019

Monde

Le sommet du Vatican sur les agressions sexuelles se poursuit

VATICAN — Les cardinaux participant au sommet du pape François sur la prévention des agressions sexuelles perpétrées par le clergé ont appelé vendredi à une nouvelle culture de responsabilité au sein de l'Église catholique afin de punir les évêques et les supérieurs religieux qui ne parviennent pas à protéger leurs troupeaux des prêtres prédateurs.

Au deuxième jour de la réunion extraordinaire du pape avec les dirigeants catholiques, le débat a porté sur la façon dont les dirigeants de l'Église doivent reconnaître que des décennies de dissimulation, de secret et de peur du scandale n'ont fait qu'aggraver la crise des agressions sexuelles.

«Nous devons nous repentir et le faire ensemble, collégialement, car nous avons échoué en cours de route, a déclaré le cardinal de Mumbai, Oswald Gracias. Nous devons demander pardon.»

Le cardinal de Chicago, Blase Cupich, a déclaré aux 190 évêques et supérieurs religieux que de nouvelles procédures légales étaient nécessaires pour signaler et informer les supérieurs catholiques lorsqu'ils sont accusés de faute ou de négligence dans le traitement des affaires de maltraitance.

Il a ajouté que les experts laïcs doivent être impliqués à chaque étape du processus, car les catholiques de base savent beaucoup mieux que les prêtres quel traumatisme a été causé par les agressions sexuelles perpétrées par le clergé.

«C'est le témoignage des laïcs, en particulier des mères et des pères (...), qui a souligné avec émotion et force à quel point la commission, la dissimulation et la tolérance des agressions sexuelles commises par le clergé étaient incompatibles avec le sens et l'essence même de l'Église», a déclaré Mgr Cupich.

«Les mères et les pères nous ont appelés à rendre des comptes, car ils ne peuvent simplement pas comprendre comment, en tant qu'évêques et supérieurs religieux, nous avons souvent été aveuglés par l'ampleur et les dégâts causés par les agressions sexuelles sur mineurs», a-t-il déclaré.

Le pape a convoqué les évêques à cette réunion de quatre jours sur la prévention des agressions sexuelles et la protection des enfants après le scandale qui a éclaté de nouveau l'an dernier au Chili et aux États-Unis. Tandis que le Vatican tente depuis deux décennies de réprimer les agresseurs eux-mêmes, il a largement fermé les yeux sur les évêques et les supérieurs qui les ont déplacés d'une paroisse à une autre.

Mgr Cupich a appelé à de nouvelles structures transparentes pour signaler les accusations portées contre des supérieurs, enquêter sur eux et établir des procédures claires pour les destituer de leurs fonctions s'ils sont coupables de négligence grave dans le traitement des affaires.

Il a proposé que les évêques métropolitains - qui sont responsables des autres évêques de leur zone géographique - soient chargés de mener les enquêtes avec l'aide d'experts laïcs. L'évêque métropolitain transmettrait ensuite les résultats au Vatican.

Plus de 30 ans après le début du scandale en Irlande et en Australie et 20 ans après qu'il eut frappé les États-Unis, des évêques et des responsables catholiques provenant de nombreuses régions d'Europe, d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie nient encore l'existence des agressions sexuelles perpétrées par le clergé chez eux, ou encore tentent de minimiser le problème.

Le premier pape latino-américain a convoqué ce sommet après avoir lui-même complètement bâclé la gestion d'une affaire de dissimulation d'agressions sexuelles bien connue au Chili l'année dernière. Réalisant qu'il a commis une erreur, il s'est engagé à tracer une nouvelle voie et traîne le reste de la direction de l'Église avec lui.

Mgr Gracias, le cardinal indien, a ouvert la session en disant que les évêques devaient travailler ensemble pour résoudre le problème, car il ne se limitait pas à une région donnée. Il a déclaré à la conférence qu'il n'était pas acceptable pour des évêques d'Afrique ou d'Asie de dire que le problème des agressions sexuelles au sein du clergé n'existait pas dans leur région ou que «c'est juste un problème pour les États-Unis, l'Europe ou l'Australie».

«Ceci, frères et s?urs, n'est tout simplement pas vrai. J'ose dire qu'il y a des cas dans le monde entier, aussi en Asie et en Afrique», a déclaré Mgr Gracias.

Mais la place de choix accordée à Mgr Gracias pour son discours a suscité des critiques, car l'Église indienne n'est pas réputée pour sa proactivité dans la lutte contre les agressions sexuelles perpétrées par le clergé. Mgr Gracias lui-même a été publiquement critiqué pour son dossier.

«Pourquoi Gracias a-t-il été autorisé à prendre la parole au sommet papal? Il est l'emblème du manque de responsabilité des responsables religieux, en particulier dans les pays en développement», a déclaré Anne Barrett Doyle du groupe en ligne BishopAccountability, qui suit le scandale des agressions.

Mais le Vatican a peut-être choisi comme orateurs les cardinaux dont les Églises nationales n'avaient pas ouvertement affronté le scandale. Lors de la journée d'ouverture du sommet, par exemple, le cardinal philippin Luis Tagle était l'orateur principal.

Selon BishopAccountability, d'après les informations communiquées publiquement et les poursuites pénales engagées, il semble qu'aucun prêtre n'ait agressé sexuellement d'enfants aux Philippines, un scénario que Mme Barrett Doyle estime tout à fait irréaliste. Mgr Tagle a déclaré que les tabous culturels aux Philippines empêchent souvent les personnes de se manifester lorsqu'elles ont été maltraitées.

Les victimes sont venues en masse en marge du sommet pour exiger plus de responsabilités de la part de l'Église, affirmant qu'elle plaçait depuis des décennies ses propres intérêts avant ceux des victimes qui avaient été blessées.

«Ils ont ce processus systématique de dissimulation, [...] de transfert et de non-déclaration», a dénoncé Tim Lennon, le président du groupe américain de survivants SNAP.

Le survivant allemand Matthias Katsch a dit que les victimes ne sont plus en colère. «Nous luttons vraiment pour la vérité et la justice pour les survivants», a-t-il expliqué.

L'archevêque irlandais Eamon Martin a déclaré que le sommet avait donné lieu à de nombreuses réflexions.

«Nous commençons à comprendre qu'il y a peut-être quelque chose dans la façon dont nous avons agi en tant qu'Église, dans notre situation en tant qu'Église, et cette question nous a vraiment fait réfléchir. Cela nous amène vraiment à nous poser des questions sur "qui sommes-nous ?"», a dit Mgr Martin.

Monde

Venezuela : l'aide américaine «prétexte pour une action militaire» selon la Russie

MOSCOU — La Russie a accusé vendredi les États-Unis de se servir de l'aide humanitaire qui doit être livrée au Venezuela comme «prétexte pour une action militaire» visant à renverser le pouvoir du président Nicolas Maduro, dont Moscou est un allié.

«Une provocation dangereuse d'ampleur inspirée et dirigée par Washington, à savoir la traversée de la frontière vénézuélienne par le prétendu convoi humanitaire, est prévue le 23 février», a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, lors d'une réunion.

Cela crée «un prétexte commode pour une action militaire visant à écarter du pouvoir l'actuel président légitime du pays», a-t-elle estimé, répétant les accusations déjà formulées par Moscou selon lesquelles Washington aurait «décidé d'organiser un coup d'État».

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a ordonné jeudi la fermeture de la frontière terrestre avec le Brésil et menacé de fermer celle avec la Colombie pour empêcher l'entrée de l'aide humanitaire américaine qu'il considère comme une «provocation».

Son opposant Juan Guaido, qui s'est autoproclamé président par intérim il y a un mois et a été reconnu par une cinquantaine de pays, a pour sa part affirmé que l'aide entrerait «quoi qu'il arrive».

Mme Zakharova a également accusé les États-Unis de déplacer ses forces spéciales plus près du territoire vénézuélien.

«Il y a des informations selon lesquelles des entreprises américaines et celles des alliés des États-Unis au sein de l'OTAN étudient actuellement la question de l'achat d'une importante quantité d'armements et de munitions à un pays de l'Europe de l'Est, en vue de les remettre ensuite aux forces d'opposition vénézuéliennes», a-t-elle affirmé.

Il s'agit notamment des mitrailleuses de gros calibre, des lance-grenades et des munitions d'artillerie, selon Mme Zakharova.

De son côté, la Russie a déjà envoyé cette semaine au Venezuela de l'aide humanitaire comprenant notamment des médicaments et de l'équipement médical, a rappelé la porte-parole de la diplomatie russe.

Jeudi, Nicolas Maduro a annoncé l'arrivée de cette aide humanitaire apportée selon lui «par le gouvernement bolivarien du Venezuela à travers une coopération entre la Fédération de Russie et l'Organisation panaméricaine de la santé».

Selon M. Maduro, il s'agit de quelque 300 tonnes d'aide, notamment des «médicaments très coûteux».

Le Venezuela est confronté à la pire crise politique et économique de son histoire, marquée par l'hyperinflation et des pénuries de produits de première nécessité.

Le ministre vénézuélien de l'Industrie et de la Production nationale, Tareck El Aissami, était attendu vendredi à Moscou. Il devait notamment s'entretenir avec le vice-premier ministre russe chargé de la Défense, Iouri Borissov, selon des sources interrogées par les agences Interfax et RIA Novosti.

Monde

Une survivante canadienne à Rome doute des résultats du sommet au Vatican

Un à la suite des autres, une dizaine de survivants ont confié leurs récits bouleversants de sévices sexuels commis par le clergé catholique devant des représentants de haut rang de l’Église réunis pour écouter des voix ignorées pendant des années.

Leona Huggins, la seule Canadienne dans le rassemblement qui a eu lieu avant le sommet historique au Vatican cette semaine, a déclaré que l’énergie avait grimpé «comme un tsunami» alors que des victimes d’un peu partout, notamment d’Espagne et de Jamaïque, appelaient le clergé à prendre des mesures concrètes pour entamer un nouveau chapitre pour l’Église.

Mais elle a soutenu que la marée s’était retirée rapidement après la conclusion des témoignages déchirants.

Mme Huggins a relaté qu’un archevêque avait réagi en disant «Je suppose que nous devrons nous mettre au travail», amenant la Canadienne à demander pourquoi un tel travail n’avait pas déjà commencé.

Elle s’est fait répondre de faire preuve de respect, a-t-elle soutenu, réduisant à ses yeux la chance que le sommet destiné à lutter contre les sévices sexuels commis dans les rangs de l’Église engendre un véritable changement.

Dans un entretien téléphonique depuis Rome, l’enseignante établie à Vancouver a affirmé qu’elle-même et les autres survivants étaient véritablement «des diseurs de vérité dans cette pièce».

«C’est vraiment difficile pour moi de penser que quelqu’un peut entendre ces histoires et ne pas prendre de mesures courageuses», a-t-elle fait valoir.

Mme Huggins, âgée de 56 ans, fondait déjà peu d’espoir dans cette réunion internationale, convoquée par le pape François dans le but de calmer un scandale qui l’a poursuivi à la tête de l’Église catholique.

Le pontife lui-même n’était pas présent au rassemblement des survivants, mercredi, organisé la veille du sommet officiel, ce qui a déplu à ceux s’étant déplacés pour venir témoigner.

Le pape François a appelé à mettre la barre haute lors de l’ouverture officielle du sommet jeudi, reconnaissant la nécessité d’actions concrètes et de changements internes importants.

Mme Huggins, qui a dévoilé publiquement des agressions passées, a dit croire que son expérience était celle vécue par tant d’autres personnes. Elle a dit avoir été prise en charge et éventuellement agressée par un prêtre catholique qui travaillait dans sa paroisse de la Colombie-Britannique au début des années 1970.

En 1991, il fut finalement reconnu coupable d’infractions sexuelles contre deux femmes, dont Mme Huggins, mais continua de travailler comme prêtre dans des communautés allant de Lethbridge, en Alberta, à Ottawa, jusqu’à sa mort, en 2018.

Mme Huggins a utilisé une partie de son temps lors du rassemblement à huis clos pour appeler à la reconnaissance des victimes autochtones de violences au Canada.

Monde

Syrie: 20 morts dans un attentat du groupe État islamique

CHAMP PÉTROLIER D’AL-OMAR — Un attentat à la voiture piégée, revendiqué par le groupe État islamique (EI), a tué jeudi 20 personnes dans l’est de la Syrie, près d’une base de l’alliance arabo-kurde qui tente d’évacuer les derniers civils piégés dans l’ultime réduit du «califat».

L’attaque, qui a frappé le village de Cheheil, non loin du champ pétrolier Al-Omar, à une dizaine de kilomètres seulement d’une grande base des combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS), a été revendiquée jeudi soir par l’EI sur la messagerie en ligne Telegram.

Elle illustre la capacité que conservent les jihadistes à frapper, même s’ils sont désormais acculés dans une petite poche d’un demi-kilomètre carré, dans la province orientale de Deir Ezzor.

Parmi les victimes figurent 14 employés des infrastructures pétrolières d’Al-Omar et six combattants de la force arabo-kurde, selon l’OSDH.

Un porte-parole des FDS, Adnane Afrine, a confirmé l’attentat, accusant une «cellule dormante» de l’EI.

«Il y a des attaques contre les combattants (des FDS), il y a des assassinats, des explosions, et ces opérations visent même les civils», a-t-il indiqué à l’AFP.

À son apogée, des milliers d’étrangers venus d’Europe, d’Asie, mais aussi du continent américain avaient rejoint les vastes régions et grandes villes conquises par l’EI en Syrie et en Irak en 2014.

De ce «califat» autoproclamé, il ne reste qu’un réduit dans le village de Baghouz, aux confins orientaux de la Syrie, tout près de la frontière irakienne.

C’est dans ce secteur que le jihadiste français Fabien Clain, considéré comme la «voix» ayant revendiqué au nom de l’EI les attentats du 13 novembre 2015 à Paris (130 morts), a été tué, a-t-on appris jeudi de sources sécuritaire et proche du dossier à Paris.

Selon la radio France Inter, qui a révélé l’information, son frère Jean-Michel, autre figure française du jihad, a été grièvement blessé lors d’une frappe de la coalition internationale antijihadistes.

«Revenez demain» 

À Baghouz, l’EI ne tient plus que quelques pâtés de maisons. Les jusqu’au-boutistes du «califat» sont retranchés depuis plusieurs jours dans des tunnels, au milieu d’un océan de mines.

Mais il y a aussi des civils, principalement des femmes et des enfants de jihadistes, que les FDS cherchent à évacuer pour relancer leur offensive.

Jeudi, à une position des FDS près de Baghouz, une journaliste de l’AFP a vu une cinquantaine de gros camions se diriger vers le village, avant de rebrousser chemin, vides.

«Nous n’avons pas pu entrer», a expliqué Hossam, un des organisateurs de ce transfert, qui n’a pas été en mesure d’expliquer la raison de cet échec.

«À une position des FDS on a trouvé 15 personnes, dont des femmes et des enfants, notamment une Française et une Égyptienne. On les a pris», a-t-il toutefois ajouté.

«Les combattants des FDS nous ont dit de revenir demain (vendredi) matin», a encore commenté ce responsable.

Des centaines de personnes, dont des femmes et des enfants, se trouvaient à une autre position des FDS, mais l’AFP n’a pas été autorisée à leur parler. Il s’agissait vraisemblablement des personnes évacuées la veille à bord d’une dizaine de gros camions-remorques.

Les FDS ont par ailleurs transféré en Irak 130 membres irakiens de l’EI arrêtés en Syrie, ont indiqué jeudi des sources de sécurité irakiennes.

Depuis début décembre, près de 40 000 personnes, principalement des familles de jihadistes, ont fui le secteur, selon l’OSDH.

Elles sont soumises à des fouilles et des interrogatoires poussés, afin de permettre aux FDS d’identifier les jihadistes potentiels.

«Risque de mort» 

Les hommes soupçonnés d’appartenance à l’EI sont détenus. Les civils, dont les femmes et les enfants de jihadistes, sont envoyés vers des camps de déplacés dans le nord-est de la Syrie.

Ces camps accueillent plus de 2500 enfants étrangers issus de plus de 30 pays, dont 1100 seulement sont arrivés depuis janvier, a révélé jeudi l’ONG Save the Children.

Parmi eux, 38 enfants ne sont accompagnés d’aucun parent, a indiqué l’organisation, qui dénonce une situation humanitaire «désespérante», affirmant que «les enfants sont exposés au risque de mort».

La question des étrangers retenus en Syrie est un véritable casse-tête tant pour les autorités semi-autonomes kurdes, qui réclament leur rapatriement, que pour les Occidentaux, qui rechignent globalement à les reprendre.

Le président américain Donald Trump a exhorté les pays européens à rapatrier leurs ressortissants. Mais Washington a refusé mercredi le retour aux États-Unis d’une jihadiste originaire d’Alabama.

«Elle est peut-être née ici. Elle n’a pas la nationalité américaine, et n’a aucun droit à la nationalité américaine», a justifié jeudi le chef de la diplomatie Mike Pompeo.

Si l’EI est sur le point de perdre son ultime territoire en Syrie, des jihadistes sont aussi disséminés dans le désert central de la Badiya.

Déclenchée en 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 360 000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.

Monde

L’ancienne ambassadrice en Israël veut poursuivre la chef de cabinet de Trudeau

OTTAWA — Une semaine après le départ du secrétaire principal Gerald Butts, une autre proche collaboratrice du premier ministre fédéral Justin Trudeau pourrait se retrouver dans une tourmente politico-judiciaire.

La chef de cabinet de M. Trudeau, Katie Telford, fait face à des allégations selon lesquelles elle aurait infligé des souffrances psychologiques à une ancienne ambassadrice.

Vivian Bercovici, nommée ambassadrice en Israël par le précédent premier ministre Stephen Harper avant d’être limogée par M. Trudeau, a intenté des poursuites contre le gouvernement fédéral.

Elle soutient avoir été remerciée de ses services sans avoir été correctement indemnisée, ajoutant que le gouvernement libéral l’avait maltraitée et harcelée.

Lundi, son avocat demandera à la Cour de justice de l’Ontario d’ajouter à la poursuite les noms de Mme Telford et de quatre cadres supérieurs d’Affaires mondiales Canada.

Les allégations n’ont pas été prouvées devant les tribunaux. Le cabinet du premier ministre n’a pas immédiatement répondu à une demande d’entrevue.

Dans son droit de réponse déposé au tribunal, le mois dernier, le ministère fédéral de la Justice demande que la requête «audacieuse» de Mme Bercovici soit rejetée.

Mme Bercovici a été une figure controversée depuis sa nomination au poste d’ambassadrice du Canada en Israël. Elle n’est pas une diplomate de carrière - ce qui n’est pas inhabituel pour des postes d’ambassadeur de haut rang. Elle a rencontré une forte opposition au sein du ministère des Affaires étrangères où on la jugeait trop favorable à l’État hébreu.

Dans sa poursuite, Mme Bercovici soutient qu’elle n’a pas bien été accueillie par la bureaucratie fédérale. «Non seulement on ne l’a pas appuyée dans son rôle, mais les individus nommés à titre de défenseurs, ainsi que de nombreux autres fonctionnaires, ont intentionnellement et malicieusement mené une campagne de dénigrement 1/8contre elle3/8», peut-on lire dans le document judiciaire.

Après l’avoir limogée en 2016, le gouvernement fédéral l’aurait privée de presque 32 000 $ auxquels elle prétend avoir droit à titre d’indemnité de retraite. Elle réclame donc cette somme et plusieurs millions de dollars à titre de dommages moraux et exemplaires.

Elle soutient avoir tenté de discuter à de nombreuses reprises avec Mme Telford au sujet de l’indemnité de retraite, mais la chef de cabinet de M. Trudeau l’a ignorée.

Mme Bercovici réclame 250 000 $ à Mme Telford pour «lui avoir infligé des souffrances psychologiques».

Selon le ministère de la Justice, il n’existe aucun argument justifiant l’ajout de cinq noms dans la poursuite intentée au gouvernement fédéral. «Les arguments de la plaignante contre les cinq individus sont frivoles. Il n’y a là aucun motif révélant une cause de litige raisonnable», peut-on lire dans son mémoire présenté au tribunal.

Pour l’avocate de Mme Bercovici, la récente controverse entourant le cabinet du premier ministre trouve un écho dans le sort réservé à sa cliente.

«Ma cliente n’a pas eu d’autre choix que d’intenter des poursuites, a déclaré Natalie MacDonald. À la lumière des récentes révélations des dernières semaines, on se demande si c’est le cabinet du premier ministre qui a ordonné au procureur général de retenir l’argent dû à Mme Bercovici.»

Monde

Venezuela: Maduro ferme la frontière avec le Brésil

CARACAS — Le président vénézuélien Nicolas Maduro a ordonné jeudi la fermeture de la frontière terrestre avec le Brésil et menacé de fermer celle avec la Colombie où se rend l’opposant Juan Guaido pour tenter de faire entrer l’aide humanitaire américaine.

«J’ai décidé qu’à partir de ce jeudi la frontière terrestre avec le Brésil restera totalement fermée jusqu’à nouvel ordre», a déclaré le chef de l’État lors d’une réunion avec le haut-commandement militaire.

Le dirigeant socialiste a également déclaré qu’il «évalue actuellement une fermeture totale de la frontière avec la Colombie» face à ce qu’il considère comme des «provocations» de la part du président colombien Ivan Duque, conjointement avec le président américain Donald Trump.

«Je tiens M. Ivan Duque pour responsable de toute violence à la frontière», a ajouté M. Maduro, qui a également appelé l’armée colombienne à ne se prêter à aucune agression contre le Venezuela.

Plus tôt, l’opposant Juan Guaido, reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays, a quitté Caracas pour se rendre avec des partisans à 900 km de là, dans l’État de Tachira (ouest), à la frontière avec la Colombie. «C’est confirmé, il est en route», a indiqué à l’AFP un collaborateur de l’opposant.

Des journalistes de l’AFP ont constaté qu’une dizaine de véhicules avaient quitté en fin de matinée Caracas, mais sans pouvoir dire si M. Guaido se trouvait précisément dans ce convoi.

Une autre caravane composée de plusieurs autocars a également quitté la capitale avec à son bord des députés d’opposition. Elle a subi des tirs de gaz lacrymogène de la part de militaires qui avaient placé des obstacles pour empêcher sa progression sur une route de l’État de Carabobo (nord), mais sans incident grave.

Mercredi, Nicolas Maduro, qui nie toute crise humanitaire dans le pays, avait une nouvelle fois dénoncé un «show» politique et répété que Donald Trump projetait une intervention militaire pour le renverser.

Le vice-président du Brésil, Hamilton Mourao, a affirmé à l’AFP qu’une intervention militaire américaine au Venezuela «n’aurait aucun sens» et que les menaces de Washington étaient «de l’ordre de la rhétorique». Et un porte-parole du président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro, a écarté tout risque de «frictions» à la frontière avec le Venezuela.

Par bateau

Des manifestations pro-Guaido et pro-Maduro sont également prévues dans tout le Venezuela samedi, journée qui s’annonce sous haute tension.

L’aide étrangère arrive à une date symbolique, le 23 février, un mois tout juste après que Guaido s’est proclamé président par intérim du pays. Il a affirmé que l’aide entrerait «quoi qu’il arrive».

Sur l’île néerlandaise de Curaçao, un avion transportant 50 tonnes de vivres et de médicaments est arrivé jeudi en provenance de Miami, salué par une dizaine de Vénézuéliens présents sur place qui ont entonné l’hymne national. Un bateau a été affrété dans le but de convoyer cette aide vers le Venezuela, distant de 65 kilomètres de l’île caribéenne.

Mais la façon dont Juan Guaido et ses partisans comptent concrètement rompre le blocus frontalier mis en place par le gouvernement reste la grande inconnue.

Outre la fermeture de la frontière avec le Brésil, les vols et liaisons maritimes sont suspendus avec Curaçao et le pont de Tienditas, reliant Cucuta à Urena, dans l’État de Tachira, est toujours barré de conteneurs.

Hand off contre Aid Live

Comme un symbole du bras de fer qui se joue entre les deux hommes, deux concerts, l’un pour demander l’acheminement de l’aide, l’autre pour la refuser, auront lieu vendredi à quelque 300 mètres de distance, de part et d’autre du pont de Tienditas.

Venezuela Aid Live, le concert organisé par le milliardaire britannique Richard Branson pour récolter des dons, aura lieu vendredi à Cucuta, en présence des présidents colombien, chilien et paraguayen.

Un porte-parole des organisateurs, Fernan Ocampo, espère 250 000 spectateurs, alors que 1500 policiers et militaires seront déployés pour assurer la sécurité de l’événement.

Parmi les vedettes internationales attendues : les Espagnols Alejandro Sanz et Miguel Bosé, le Dominicain Juan Luis Guerra, les Colombiens Carlos Vives et Juanes, le Portoricain Luis Fonsi, ainsi que plusieurs célébrités vénézuéliennes.

«Les artistes qui se produiront en Colombie doivent savoir qu’ils commettent un crime, ils donnent leur aval à une intervention militaire», a prévenu Nicolas Maduro.

L’affiche de Hand off Venezuela [Pas touche au Venezuela], le contre-concert organisé dès vendredi et pour trois jours par le gouvernement, n’est en revanche pas connue.

Monde

YouTube: nouvelle polémique autour de pédo-pornographie

SAN FRANCISCO — YouTube (Google) a assuré jeudi avoir retiré des millions de commentaires et supprimé des comptes visiblement utilisés par des pédophiles pour se transmettre des vidéos d’enfants, un problème qui a poussé certaines marques à retirer leurs publicités du site.

Selon la vidéo d’un blogueur diffusée sur Internet ce week-end, des utilisateurs parviennent à entrer en contact entre eux et à transmettre des vidéos d’enfants tout à fait inoffensives, par exemple des petites filles faisant de la gym ou du yoga, mais qui intéressent des pédophiles.

D’après ce blogueur, ces utilisateurs utilisent notamment les commentaires sous ces vidéos pour identifier et se transmettre des contenus. Ils parviennent ainsi à contourner les interdictions de YouTube à propos de pédo-pornographie et à créer de fait une sorte de «réseau» de pédophiles.

Le blogueur estime que l’algorithme de la plateforme facilite ces agissements, en recommandant aux utilisateurs d’autres vidéos similaires, et s’indigne que ces vidéos soient de fait «monétisées», puisque des publicités apparaissent au début ou à côté.

C’est ce qui a poussé les groupes Epic Games (derrière le jeu à succès Fortnite) ou Nestlé à retirer pour l’instant leurs publicités de YouTube. Selon la presse américaine, Disney et l’opérateur télécoms AT&T ont fait de même.

Déjà confronté par le passé à des boycotts d’annonceurs, YouTube a assuré jeudi avoir «immédiatement pris les mesures correspondantes, en supprimant des chaînes et des comptes, en signalant toute activité illégale aux autorités et en désactivant les commentaires sur des dizaines de millions de vidéos incluant des mineurs», selon un porte-parole.

«Il reste encore des choses à faire, et nous continuons à travailler pour améliorer notre dispositif et être encore plus rapide pour appréhender ces abus», a-t-il continué.

La plateforme ajoute avoir pris des mesures «au-delà de ce qui avait été signalé», en supprimant des milliers de commentaires inappropriés, en signalant les commentaires illégaux au «Centre national pour les enfants disparus et exploités» et en supprimant «des dizaines de vidéos mises en ligne avec des intentions légitimes, mais mettant clairement des mineurs en danger».

En novembre 2017, YouTube avait effacé des dizaines de milliers de vidéos d’enfants qui s’accompagnaient de commentaires au ton très déplacé, voire à caractère pédophile, tentant de rassurer des annonceurs inquiets, dont certains avaient décidé de retirer leurs pubs de la plateforme.

«Nous avons des politiques claires contre les vidéos et les commentaires sur YouTube qui sexualisent ou exploitent les enfants et nous les appliquons de manière drastique à chaque fois que nous sommes alertés sur un tel contenu», avait alors assuré un porte-parole de YouTube.

Brand safety

Quelques mois plus tôt, plusieurs grands annonceurs, dont Procter&Gamble et AT&T, avaient retiré leurs campagnes de YouTube, quand il était apparu que des publicités étaient adossées à des contenus antisémites, incitant à la haine ou faisant l’apologie du terrorisme.

Le scandale avait fait surgir des débats sur la brand safety, c’est-à-dire la nécessité pour les marques d’éviter que leurs publicités n’apparaissent dans un environnement inapproprié.

Autour du globe, 22 février 2019

Monde

Ces militants climat qui veulent vous faire appuyer sur le bouton panique

PARIS — L’humanité a creusé sa propre tombe et a déjà un pied dedans: c’est l’analyse portée par Extinction Rebellion, un réseau de militants pour le climat qui prônent la désobéissance civile pour dénoncer l’inaction climatique mondiale.

Le mouvement qui prend rapidement son envol depuis sa naissance à l’automne, pense que l’homo sapiens est condamné à de terribles souffrances, voire pire.

Selon ces militants, déjà présents dans des dizaines de pays, une lecture attentive des preuves scientifiques révèle que les appétits de l’Homme et son empreinte sur la planète ont fait basculer la Terre dans une ère d’extinction de masse dont les êtres humains ne sont pas exempts. Et dire le contraire relève d’un déni du réchauffement.

«Le but est vraiment de réveiller les gens pour qu’ils prennent conscience de cette situation critique», explique Sara Arnold, designer de 32 ans qui a participé à des campagnes au Royaume-Uni, comme celle qui bloqué partiellement dimanche la circulation autour d’un événement de la Fashion week de Londres.

«Nous voulons que les gens commencent à digérer la réalité du changement climatique», insiste-t-elle.

Les climatologues s’accordent pour dire qu’une poursuite des émissions de gaz à effet de serre au rythme actuel conduira inévitablement à une planète «étuve» invivable.

Mais ils divergent quant à la capacité de l’humanité à mettre en place des outils suffisamment efficaces pour limiter les impacts dévastateurs du réchauffement et s’y adapter.

«Les gens imaginent que nous trouverons une solution, que nous avons encore le temps», commente Doug McAdam, professeur de sociologie à l’université de Standford. «Beaucoup ne voient pas la crise telle qu’elle est», dit-il à l’AFP.

Alors pour revenir à la réalité, il ne faut pas surestimer l’humanité, notent ces militants, qui considèrent que les discours sur une solution possible, tenus par les gouvernements ou certaines ONG, sont des illusions voire des mensonges.

«Notre première demande aux gouvernements est qu’ils disent la vérité sur l’urgence écologique», explique Liam Geary Baulch, militant de la première heure d’Extinction Rebellion.

Pourquoi ce mouvement d’un nouveau type émerge-t-il maintenant ?

D’abord l’impatience: malgré 24 conférences annuelles de l’ONU sur le climat, le réchauffement va plus vite que les efforts pour le contrer.

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