Espoir Mukamba, Karim Kankolongo et Prince Mukamba ont trouvé un entraîneur de boxe, un grand frère et une inspiration de vie en Éric Martel-Bahoéli.

Mois de l’histoire des Noirs: Martel-Bahoéli comme modèle

«Ce mois-là nous a rapprochés, avec mes amis. On a pris le temps d’aller s’informer sur nous-mêmes, sur notre culture, sur les grandes personnalités de l’histoire des Noirs. À l’école, on passe brièvement sur la ségrégation, mais on ne parle pas du reste.»

Février est le Mois de l’histoire des Noirs partout au Canada, officiellement depuis 1995, et aux États-Unis, depuis 1976. Grand ado de Québec, Prince Mukamba a récemment découvert, entre autres, que plusieurs grands inventeurs étaient Noirs. Comme lui.

Samedi après-midi, au club de boxe Empire de Sainte-Foy, il a écouté Éric Martel-Bahoéli présenter ses deux grandes inspirations sportives, Mike Tyson et Muhammad Ali. Mais ceux-là, il les connaît déjà.

Mukamba est le protégé de Martel-Bahoéli depuis deux ans. Le boxeur poids lourd fort de 11 victoires en 19 combats professionnels l’a accroché lors d’une visite à l’école secondaire Vanier. Mukamba a depuis remporté les Gants de bronze 2017, compétition réservée aux boxeurs amateurs ayant cinq combats ou moins à leur actif. Il vise bientôt les Gants dorés et un titre de champion canadien.

À voir ses deux petits frères se tapocher gentiment sur la mezzanine en attendant le début de la conférence, Espoir, 12 ans, et Karim, 7, ont d’aussi grandes ambitions dans le ring que leur aîné, sinon plus.

En tout cas, les trois répondent sans hésitation qu’ils veulent devenir boxeurs professionnels. Espoir évolue pourtant au sein du programme de basketball de l’école secondaire Jean-de-Brébeuf, dans Limoilou, en plus d’exceller sur un terrain de soccer.

«J’ai toujours aimé le sport de combat. Je regardais beaucoup la lutte. Je regardais aussi la boxe à la télé, mais ça durait 12 rondes...» explique Prince. Qui a voulu se mettre au noble art dès l’âge de 12 ans, essuyant toutefois un refus de sa mère.

La rencontre avec Martel-Bahoéli quelques années plus tard n’a pas laissé le choix à la maman. Mais seul papa assiste pour l’instant à ses combats.

Espoir dit surtout admirer des pugilistes américains, Floyd Mayweather et Andre Ward. «À Québec, on a Éric comme modèle, mais c’est vrai qu’il n’y en a pas beaucoup», poursuit Prince, sur les exemples locaux, boxeurs ou autres.

Maintenant âgé de 36 ans, agent d’intervention dans un centre jeunesse et boxeur semi-retraité — il conserve l’envie de livrer un dernier combat —, Martel-Bahoéli tente d’être pour ces jeunes ce qu’il n’a pas eu à leur âge.

Jeune de couleur et enfant unique élevé par une mère monoparentale, «j’aurais aimé avoir une influence comme ça quand j’étais jeune, dit-il. Je suis convaincu que ça peut faire une grosse différence dans leur vie».

J’aurais voulu être... un humoriste!

Il se dit pourtant convaincu qu’avoir été Blanc, il ne serait jamais devenu boxeur. Plutôt humoriste! Il a toujours aimé faire rire les autres et ne se débrouille pas mal avec un micro entre ses grosses mains.

Sa couleur de peau, mais aussi son solide gabarit, a sans doute orienté la perception des autres à son égard et la perception qu’il avait de lui-même. Son talent de joueur de hockey l’a amené à poursuivre dans le sport, mais à se battre autant dans le ring que sur la patinoire. 

«Je me souviens de Tony McKegney, de Reginald Savage. Je les voyais comme super bons!» rigole-t-il, à propos de ces deux Québécois noirs à avoir atteint la LNH dans les années 1980 et 1990.

Martel-Bahoéli s’est aussi identifié à d’autres hockeyeurs québécois noirs, mais ceux-ci promus dans la LNH davantage pour leurs poings que leurs points. Donald Brashear, devenu depuis un ami, Georges Laraque, Peter Worrell.

Il regrette que le rôle de dur à cuire, qu’il a occupé jusqu’à tout récemment dans le hockey senior avec Donnacona, ait trop souvent été dévolu à des Noirs. Au cours de sa carrière sur glace, il a d’ailleurs tenté d’éviter de se battre avec des adversaires noirs, bien que ce ne fut pas toujours possible.

«Parce que tu sais qu’il y a des gens dans la foule qui se disent : “Regarde, les deux Nègres vont se pogner!” Pour eux, c’est quasiment comme deux chiens qui se battent.»

Pour la programmation du Mois de l’histoire des Noirs à Québec : moishistoiredesnoirsquebec.com