La population de Québec raffole de l'archéologie, assure la chercheuse de l'Université Laval Allison Bain.«Chaque été, on a le mois d'août, le Mois de l'archéologie. On ouvre les sites, on ouvre les laboratoires. Le public répond en grand nombre. C'est incroyable, l'intérêt pour le passé», détaille la spécialiste en archéologie environnementale.

Moins de fouillis dans l'archéologie à Québec

La Ville de Québec fignole un plan directeur en matière d'archéologie, un chantier majeur de catalogage pour la capitale. Le but avoué des archéologues municipaux : réduire au minimum les découvertes surprises dans une ville marquée à jamais par ses milliers de trésors enfouis.
<p>Fouilles en 1991, sur le sitede l'actuel jardin de Saint-Roch. On peut voir l'ancien édifice du Soleil en arrière-plan.</p>
<p>Des vestiges archéologiquesdu régime français révélés pardes travaux d'excavation auMusée de la civilisation, en 1984. </p>
Québec est un véritable joyau pour les archéologues. On dénombre pas moins de 900 sites archéologiques dans la cité de Champlain. «Ça représente environ 10 % des sites archéologiques de tout le Québec. C'est quand même beaucoup!» soutient au Soleil William Moss, archéologue principal à la Ville de Québec. «Ce sont tous des sites sur lesquels il y a déjà eu des découvertes ou des interventions», poursuit l'archéologue.
Avec un tel passé enfoui ou déterré, il n'est pas rare de voir des archéologues fouiller des terrains avant que de nouvelles constructions sortent de terre. Même dans des endroits inusités, loin des itinéraires touristiques officiels. «Ça arrive très souvent!» fait valoir William Moss. «Il faut dire que le territoire de la ville de Québec est occupé depuis environ 10 000 ans. Il y avait donc des Amérindiens ici bien avant que les Européens n'arrivent. Il y a une bonne partie du territoire de la ville qui était occupée, même si on ne l'imagine pas maintenant.»
Des lieux connus
Le palais de l'Intendant, le Séminaire de Québec et l'Auberge Saint-Antoine sont tous des lieux bien connus des archéologues dans la capitale, tout comme le parc Cartier-Roberval. Réputée pour sa scène culturelle, la place D'Youville est également un site archéologique notoire depuis qu'on y a trouvé des traces d'occupation amérindienne. En basse ville, des travaux effectués il y a deux ans près de l'Hôpital général ont mis au jour des preuves d'anciens campements amérindiens.
Les découvertes spontanées d'artefacts historiques font peut-être le bonheur des curieux, mais ils compliquent souvent la tâche des gestionnaires municipaux. Sans compter qu'ils font parfois rager les promoteurs, dont les travaux sont ralentis.
Réduire la surprise
«On fait tout pour réduire la partie surprise. Le plan de gestion, c'est vraiment dans ce but-là. C'est pour contrôler les interventions», répond à ce propos l'archéologue principal de la capitale. «C'est un outil de gestion. Ça nous permet d'identifier à l'avance les zones d'intérêt.»
Québec espère donc compléter ces prochaines années son immense catalogue des zones d'intérêt archéologique. «C'est un outil pour nous inscrire dans le processus de développement - sans arrêter les travaux. On peut identifier à l'avance les zones qui sont d'intérêt, et on peut s'entendre avec le promoteur pour réaliser des fouilles à l'avance», détaille William Moss.
Il y a quelques semaines, cette méthode préventive a été utilisée à L'Ancienne-Lorette. Des archéologues ont sondé le terrain avant que s'amorcent les travaux de stabilisation des berges. «C'était une zone d'intérêt, selon nos données. On n'a rien trouvé, mais on a sondé avant les travaux, sans les surprises.»
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Fouille archéologique à place D'Youville en 1987. On y a retrouvé des traces d'occupation amérindienne.
Une fascination indéniable
La population de Québec raffole de l'archéologie, assure la chercheuse de l'Université Laval Allison Bain.
«Chaque été, on a le mois d'août, le Mois de l'archéologie. On ouvre les sites, on ouvre les laboratoires. Le public répond en grand nombre. C'est incroyable, l'intérêt pour le passé», détaille la spécialiste en archéologie environnementale.
Les touristes comme les citoyens sont friands d'artefacts et de lieux historiques, selon elle. «Le public a toujours une fascination pour l'archéologie», avance Allison Bain. «Je pense qu'il y a toujours le côté pyramide, exotique et Indiana Jones qui attire toujours du monde. Mais je dirais aussi que le public québécois a vraiment un intérêt envers son passé et son histoire.»
Cette fascination pour les secrets du sous-sol se manifeste tous les étés au chantier-école de l'îlot des Palais. «Quand nous avons le chantier à l'école, que nous sommes un beau dimanche avec le soleil, on a parfois jusqu'à 200 personnes qui viennent nous voir!» souligne l'archéologue de l'Université Laval.
La capitale accueillera dans les prochains jours un important colloque sur l'archéologie historique. La rencontre des archéologues se tiendra de mercredi à dimanche. Plusieurs activités gratuites sont ouvertes au grand public.
Importants enjeux
Mercredi soir, trois conférences auront lieu sur le thème des enjeux des villes maritimes. Samedi après-midi, des ateliers pour tous, des kiosques d'exposition et des conférences sont au menu, dont une sur les épaves archéologiques. Tous les détails au sha2014.com.
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Plus artistique qu'historique
De nos jours, citoyens, politiciens et promoteurs se battent pour conserver ou acquérir des vues imprenables sur les atouts géographiques de la capitale. Les projets de développement sont souvent associés à des débats sur les percées visuelles et les panoramas.
Or, cette notion esthétique est relativement récente dans l'histoire. «Québec est aujourd'hui encore très reconnue pour ses beaux panoramas, les vues qu'elle offre sur l'extérieur, les Laurentides, l'île d'Orléans, sur Lévis», observe l'historien de l'art de l'Université Laval Marc Grignon. «Ça, c'est drôle à dire, mais ça n'a pas toujours été là.»
Il aura fallu en effet plus de deux siècles de colonisation pour que les panoramas de la capitale deviennent un précieux héritage. «C'est quelque chose qui a été développé par les artistes au XIXe siècle. On a multiplié les points de vue sur la ville. C'est vraiment l'oeil de l'artiste qui a valorisé ça», explique le chercheur Marc Grignon. «À une époque, il y avait beaucoup moins de vues. Mais ça explose dans les années 1830.»