L'automobile a plusieurs impacts sur la santé, a relevé le Dr François Desbiens.

Moins d'autos au nom de la santé, plaide la Santé publique

Cesser les élargissements d'autoroutes, limiter à 30 km/heure la vitesse dans les quartiers résidentiels, diminuer les tarifs du transport en commun pour les plus pauvres et lancer une campagne de marketing social pour diminuer la dépendance à l'auto. Le directeur de la Santé publique de la Capitale-Nationale, François Desbiens, s'est pointé à la consultation sur la mobilité durable avec une longue liste de recommandations pour la Ville de Québec et le Réseau de transport de la Capitale (RTC).
Le directeur régional de la Santé publique, le Dr François Desbiens
«Là où ça a été tenté les élargissements d'autoroutes, ça augmente la fluidité à court terme, ça facilite et encourage l'étalement urbain, ça amène des nouveaux automobilistes et ça recongestionne au bout d'un certain temps. Et on sait que plus d'automobiles, c'est plus de pollution urbaine et moins d'activité physique parce que c'est le transport collectif et actif qui fait bouger les gens», a résumé le Dr Desbiens, rappelant l'augmentation fulgurante des cas d'obésité et de ses corollaires, l'hypertension et le diabète. 
Le représentant du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale ne va pas jusqu'à dire qu'il faudrait mettre de côté les projets d'élargissement des autoroutes Henri-IV et Laurentienne, ni le troisième lien routier Québec-Lévis d'ailleurs. «Il revient aux décideurs de faire ces choix-là», a-t-il statué. 
En 2011, lors de la précédente consultation sur le transport qui a mené au plan de mobilité durable, le Dr Desbiens avait plaidé - sans succès - pour la transformation d'autoroutes en boulevards urbains. 
Réduire la vitesse dans les quartiers résidentiels
Pour la première fois, vendredi, il a aussi recommandé d'abaisser à 30 km/h la limite de vitesse dans les quartiers résidentiels. Cartes d'accidents impliquant piétons et cyclistes à l'appui, le médecin a fait valoir qu'il y avait trop de victimes. Une automobile roulant à 55 ou 60 km/h, donc un peu au-dessus du plafond actuel, «ça fait mal et c'est grave comme conséquences», a-t-il insisté. 
Une limite de vitesse plus basse, même si elle n'est pas respectée, permettrait selon le Dr Desbiens de réduire le nombre d'accidents et aussi leur gravité. «Tu as plus le temps de réagir, tu frappes moins, il y a moins de conséquences», a-t-il énuméré. 
Tarification adaptée aux moins nantis
Le directeur de santé publique s'est aussi fait le défenseur des citoyens les moins fortunés. Il a fait ressortir que le laissez-passer mensuel d'autobus accapare 12 % du budget des prestataires d'aide sociale. Selon son équipe, qui a procédé à une revue de littérature, une tarification sociale variant en fonction du revenu des usagers permettrait de sortir les personnes pauvres de l'isolement et favoriserait leur retour sur le marché du travail. 
Le président du RTC ne ferme pas la porte à une telle tarification, mais se demande comment financer le manque à gagner anticipé. Rémy Normand a déjà indiqué qu'il aimerait que le gouvernement du Québec vienne à la rescousse. «S'il y a plus d'utilisation, les revenus peuvent être compensés», a avancé le Dr Desbiens sur la base d'études qu'il remettra au RTC. 
Campagne de marketing social
Enfin, le directeur de la santé publique a lancé un vibrant plaidoyer en faveur d'une campagne de marketing social dont l'objectif serait de convaincre les automobilistes de délaisser leur voiture pour le transport collectif, la marche ou le vélo. «Il n'y a aucun doute qu'un changement de paradigme quant à la mobilité est non seulement souhaitable, mais essentiel pour la santé de la population», a-t-il déclaré. 
Selon le Dr Desbiens, la responsabilité en revient à la Ville de Québec, mais la Santé publique pourrait l'accompagner et mettre à profit l'expérience des grandes campagnes de lutte au tabagisme. «Il y a sûrement des enseignements à tirer pour que la norme sociale qui est prédominante depuis que M. Ford a implanté son modèle T - je deviens quelqu'un quand j'ai une voiture - change», a-t-il laissé tomber, admettant que «ça ne se fera pas demain matin». 
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Scepticisme autour du métro
L'ingénieur Robert Vandewinkel, de Saint-Augustin-de-Desmaures, a présenté vendredi son projet de métro estimé à 8,4 milliards $ aux membres du comité sur la mobilité durable. Il a vanté la grande capacité d'un tel mode de transport - 44 000 passagers à l'heure contre 6300 pour les autobus du Réseau de transport de la Capitale - ainsi que sa longue durée de vie.
Le président du RTC, Rémy Normand, s'est demandé comment justifier un investissement aussi important puisque l'offre de transport en commun dépasserait alors largement la demande de la région de Québec.
«À partir du moment où les gens vont avoir accès à un métro souterrain, ce que ça représente en gains de temps, en confort aussi [...], ce sont tous des éléments qui vont voir un impact sur l'utilisation, l'enthousiasme de la population pour utiliser le métro», a répliqué le seul fervent promoteur du métro entendu jusqu'à maintenant.
La professeure Catherine Morency s'est quant à elle interrogé sur la pertinence de construire une infrastructure qui atteindrait son plein potentiel dans un avenir très lointain, si jamais elle l'atteint.
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Vers un consensus
Cela fait deux jours que des mémoires ayant pour thème la mobilité sont entendus à l'hôtel de ville de Québec et il n'y a toujours aucun intervenant qui est venu réclamer plus de place pour l'automobile. Au contraire, tous plaident pour plus de transport en commun. C'est le mode à privilégier qui diffère : petits ou gros bus, tramway, train léger aérien, métro...
Le maire Régis Labeaume, qui fait de courtes apparitions aux audiences, se réjouit de constater qu'il n'aura pas à plaider longtemps la nécessité d'un réseau structurant de transport collectif. Il ose même parler d'un «consensus». «Quand le club automobile [CAA-Québec], dont les membres ont tous des automobiles qu'ils utilisent, à 80 % disent qu'on a besoin d'un mode structurant, ça veut dire quelque chose. Et dans le fond, ça rejoint les sondages qu'on avait il y a 12 ou 18 mois», fait-il remarquer.