L'idée de vivre en VR à l'année peut sembler irréaliste pour plusieurs, financièrement parlant.

Mode de vie: road trip

Pouvoir voyager à l'année, se déplacer à sa guise, découvrir du pays... mais ne pas quitter sa maison et ses affaires. C'est un peu ce que vivent les adeptes de véhicules récréatifs (VR) : leur maison sur roues les suit partout, au gré des saisons. Leur lieu de résidence : l'Amérique. Leur but : être libres.
On estime que les full-timers, comme on appelle les gens vivant en permanence dans un VR, sont entre trois et six millions en Amérique du Nord. L'estimation semble manquer de précision mais il faut savoir que plusieurs d'entre eux ne possèdent aucune adresse permanente. Par exemple, pour recevoir du courrier important, ils donneront bien souvent l'adresse d'un proche.
Et difficile de recenser avec exactitude des personnes qui peuvent décider, du jour au lendemain, de se déplacer (plus ou moins souvent) à longueur d'année. Cette liberté de mouvement, c'est justement ce que recherchent les amateurs de VR.
Histoire de bien savoir de quoi il est question ici, distinguons les snowbirds des full-timers. Les premiers sont des retraités qui, l'hiver venu, migrent vers le sud des États-Unis, et reviennent à la maison lorsque le printemps et l'été se réinstallent au Québec. Les seconds peuvent faire à peu près la même chose mais, caractéristique importante, ils auront tout vendu pour s'installer à l'année dans un motorisé, même quand ils sont au Québec.
Autre élément, «les full-timers ne sont pas un seul type de population. Oui, ça peut être des retraités, mais aussi de jeunes familles avec enfants, des gens toujours à l'emploi ou même des chefs d'entreprise. Je ne m'attendais pas à ça», affirme l'anthropologue et ethnologue Célia Forget. La jeune Française d'origine de 35 ans, établie au Québec depuis une dizaine d'années et coordonnatrice du Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et les traditions (CÉLAT) de l'Université Laval, sait de quoi elle parle.
En 2005, dans le cadre de son doctorat en ethnologie, Mme Forget a parcouru plus de 14 000 km à travers 21 États américains et deux provinces canadiennes dans son propre motorisé, histoire d'étudier et de documenter le mode de vie des full-timers, ce qui n'avait jamais été fait. Elle a interrogé formellement 168 d'entre eux et sa thèse de doctorat est parue en 2012 sous le titre Vivre sur la route. Les nouveaux nomades nord-américains*.
Qu'est-ce qui motive quelqu'un à vendre la plupart des choses qu'il a pris tant de soin à accumuler au fil des années? «Évidemment, il y a le goût de l'aventure, l'envie de changement et le désir de profiter de la vie», a constaté l'anthropologue. La liberté et la possibilité de se déplacer facilement sont recherchées, même si certains amateurs de VR reproduiront une certaine sédentarité, en «stationnant» chaque année six mois dans le même camping et six mois dans un autre. Mais demeure toujours la possibilité de se déplacer en tout temps, ou de changer ses plans à la dernière minute, et c'est cette possibilité qui en motive plusieurs.
Célia Forget a aussi constaté qu'une grande majorité des gens qu'elle a rencontrés a choisi le mode de vie sur la route à la suite d'un événement qui les a bouleversés. «Plusieurs ont vécu une épreuve difficile ou une maladie grave, qui a été pour eux une sorte de wake-up call», raconte l'anthropologue.
Quelques-uns ont également vu leurs parents s'éteindre à l'âge où ils auraient dû pouvoir profiter de leur retraite. «Alors ils se disent : "Je peux me le permettre et je suis en pleine santé, aussi bien profiter de la vie maintenant"», ajoute Mme Forget pour expliquer pourquoi de plus en plus de «jeunes» dans la quarantaine ou la cinquantaine décideront de vivre «leur fantasme de liberté» sur la route avant l'âge officiel de la retraite.
Le nerf de la guerre
Justement, quand on parle de «pouvoir se le permettre», l'idée de vivre en VR à l'année peut sembler irréaliste pour plusieurs, financièrement parlant. Évidemment, il faut penser à acquérir le véhicule qui nous servira de maison (les prix sont très variables selon le modèle choisi). Puis, prévoir tous les frais qui y sont rattachés (assurances, entretien, essence, etc.), de même que les coûts de subsistance normaux de la vie (location d'emplacements dans les campings, nourriture, vêtements, etc.). Hors de prix, la vie en VR?
«Au contraire!» s'exclame spontanément Serge Loriaux, président de VRcamping.com et sa division Caravanes Soleil. M. Loriaux a lui-même pris la route en 2001. Pendant 10 ans, avec sa femme Danielle, il a sillonné les routes canadiennes, américaines et mexicaines. Le couple voyage toujours en VR mais six mois par année, notamment avec Caravanes Soleil, qui offre une dizaine de circuits pour le Mexique auxquels prendront part au moins 200 couples, l'hiver prochain.
«Ça coûte beaucoup moins cher de vivre sur la route à l'année qu'avoir une maison et tout ce qui va avec», soutient fermement Serge Loriaux, citant l'hypothèque, l'électricité et toutes les autres dépenses inhérentes à une résidence permanente... et à ce qu'on met dedans comme biens matériels. Selon M. Loriaux, le budget nécessaire à un couple pour vivre annuellement dans une résidence permanente sera largement suffisant pour la vie en VR sur la route, il n'en démord pas.
Une clientèle variée
VRcamping.com, le site fondé par Serge Loriaux en 2005, est le plus grand regroupement de propriétaires de VR au Canada, avec ses 50 175 membres, qu'on peut au moins multiplier par deux, la majorité des adeptes de VR voyageant en couple. L'entreprise a voulu connaître le profil de ses membres et a réalisé un grand sondage parmi ceux-ci. Sans surprise, 55 % sont des retraités, mais on constate que 31 % des membres sont toujours à l'emploi (les autres sont semi-retraités). Également, 51 % des membres ont 60 ans et moins.
Ce qui rejoint un peu le constat de Célia Forget, à savoir que de plus en plus de gens plus jeunes ont tendance à prendre la route sans attendre le cap traditionnel de la retraite, à 65 ans. Dans l'échantillon de Mme Forget, 57 % étaient des retraités, mais 12 % travaillaient toujours à temps plein. Leur moyenne d'âge était de 58 ans.
Enfin, la vie en VR comporte ses avantages et ses inconvénients mais tant l'anthropologue Célia Forget que Serge Loriaux s'entendent pour dire que cette façon de vivre reste un choix réfléchi et que la beauté de la chose, c'est que lorsque cela ne nous convient plus, on a... la liberté de choisir autre chose.
* Célia Forget. Vivre sur la route. Les nouveaux nomades nord-américains, Éditions Liber, 2012 celiaforget.tripod.com
La vie en VR
Quelques avantages
• Sentiment de liberté
• Facilité de déplacement
• Voyager dans «ses affaires»
• Suivre les saisons et éviter l'hiver
• Se détacher des biens matériels
• Découvrir de nouveaux endroits
• Vivre du temps de qualité quand on voit la famille
• Bâtir des relations sociales rapidement
Quelques désavantages
• Petitesse de la demeure
• Vivre à deux (ou en famille) 24 heures sur 24
• Impossibilité d'accumuler des biens
• Relations sociales éphémères
• Être loin de sa famille
• Barrière de la langue
Liens utiles
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