Des centaines de personnes ont marché contre l'euthanasie samedi à Québec.

Mobilisation contre l'euthanasie

«Il est toujours minuit moins une, mais il y a encore place au débat.» C'est dans l'espoir de sensibiliser la population à la prudence que des centaines de personnes se sont réunies samedi, sur les plaines d'Abraham, pour manifester contre le projet de loi du gouvernement du Québec sur l'aide médicale à mourir.
Organisée par le Rassemblement québécois contre l'euthanasie (RQCE), la Marche printanière s'est avérée une grande mobilisation citoyenne contre l'euthanasie rassemblant des militants venus des quatre coins de la province. Alors qu'un millier de personnes étaient attendues, c'est environ la moitié qui s'est finalement présentée sur les Plaines en début d'après-midi. Les organisateurs évaluent toutefois que la marche vers l'Assemblée nationale, qui s'est étirée jusqu'à 16h, a attiré entre 1200 et 1700 participants.
Point de vue
Pour les organisateurs et porte-parole, il n'est jamais trop tard pour faire connaître son point de vue quant au projet de loi controversé, qui devrait être déposé sous peu. Rappelons que le gouvernement québécois a fait connaître son intention d'ouvrir la voie à l'aide médicale à mourir, dans des circonstances et des conditions balisées. Cette décision est le résultat de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, dont le rapport a été déposé il y a plus d'un an.
Louis-André Richard, un professeur de philosophie ayant participé à la Commission avant de devenir porte-parole du RQCE, juge que les dés étaient pipés d'avance et que les conclusions du rapport ne tiennent pas compte du fait que 69 % des avis déposés étaient défavorables à l'ouverture à l'euthanasie. «Quatre-vingt-dix pour cent des gens qui travaillent dans les soins palliatifs sont contre l'euthanasie.» D'ailleurs, ajoute M. Richard, la simple raison pour laquelle le gouvernement parle d'aide médicale à mourir plutôt que d'euthanasie est «parce que ce n'est pas de compétence provinciale que de permettre l'euthanasie, c'est de compétence fédérale. Et on ne peut pas utiliser le mot tout simplement parce qu'on place les médecins qui pourraient poser un geste de ce type-là dans une situation d'illégalité envers la loi fédérale», dit-il.
Médecins, avocats et groupes religieux
Le Rassemblement québécois contre l'euthanasie est porté par différents intervenants issus du monde médical, juridique et religieux. Plusieurs médecins, dont le Collectif de médecins du refus médical de l'euthanasie, ont tenu à faire valoir leur position «pragmatique» par rapport à la question.
«C'est une erreur monumentale que d'ouvrir la porte. Notre devoir à nous, il est surtout informatif», mentionne le Dr Marc Beauchamp, qui qualifie de «poudre aux yeux» la vision étayée par le gouvernement québécois. Selon lui, le projet de loi tel qu'annoncé est encore «moins balisé» que ce qui se fait déjà en Europe. «Il y a des commissions de sélection en Belgique et aux Pays-Bas pour savoir si le cas s'y prête [à l'euthanasie]. Ici, selon le rapport Ménard, il n'y aura même pas de commission. Il suffit de trouver deux médecins qui sont d'accord et c'est fini», déplore-t-il.
Sur les réseaux sociaux, l'archevêque de Québec, Mgr Gérald Cyprien Lacroix, avait invité la population à prendre part à la marche pour cette cause qui lui tient particulièrement à coeur. Des groupes religieux, dont la Communauté des pauvres de Saint-François de Trois-Rivières et les Pèlerins de Saint-Michel de Rougemont, s'étaient organisés pour venir à Québec en autobus. «Pour nous, c'est tout à fait scandaleux, soutient Lambert Boucher. Ce l'est tout autant que l'avortement et tout ce qui atteint à la vie. Nous autres, on voit ça comme un meurtre, comme un assassinat.»
Le gouvernement Marois a déjà fait savoir qu'il devrait être prêt à déposer son projet de loi d'ici l'été.