Entre Québec et les îles de la Madeleine, l’artiste Gabrielle Bélanger souhaite entrer en relation avec l’autre par la sérigraphie, et la carriole qu’elle trimballe à l’arrière de son vélo.

Médiation culturelle: art relationnel et infiltrant

De juillet à septembre, le projet de médiation culturelle Motifs d’encrage s’introduit dans différents milieux communautaires. L’idée : entrer en relation avec l’autre par la sérigraphie, puisque la création d’une œuvre collective est un parfait subterfuge pour que les gens se rencontrent.

Avec La Carriole, Gabrielle Bélanger, Éloïse Plamondon-Pagé et Hélène Pélissier sortent leur média de l’atelier. La sérigraphie, une technique d’imprimerie avec pochoirs sur des supports variés, va à la rencontre des communautés. 

Sur le parvis de l’église Saint-Roch, un homme en complet et cravate discute avec un itinérant, un touriste avec une étudiante, un enfant avec une personne âgée. Pour Gabrielle Bélanger, la médiation culturelle est un outil de cohésion sociale. Elle crée la mixité. 

«Pour une artiste, c’est un contexte de recherche et de création vraiment particulier. Il arrive des événements qui ne pourraient se produire dans un atelier, fait-elle valoir. Ça permet de déjouer les façons de faire et d’ouvrir les possibles.» 

Cet été, les quatre carrioles de Motifs d’encrage déambulent entre le parvis de l’église Saint-Roch, les places éphémères, les habitations à loyer modiques et les îles de la Madeleine, où Gabrielle Bélanger documente ses rencontres puis crée avec les gens. Elle exposera le fruit de son déracinement au centre d’artistes autogéré Engramme. 

Le 7 septembre, au HLM Place de la rive, sera le dernier arrêt de La Carriole à Québec.

La médiation culturelle est un concept assez récent dans le vocabulaire municipal. La Ville de Québec a lancé son programme de médiation en art public en 2013, bien qu’elle tenait déjà ce genre de projets, précise la conseillère municipale à la Ville de Québec, Alicia Despins. «On pense que c’est très riche pour les citoyens de côtoyer l’œuvre d’art public, autant pour les communautés que pour les artistes.» 

«Cette forme de médiation enclenche l’esprit créatif quand on est dans une situation de vulnérabilité et d’exclusion», poursuit Mme Despins. 

De l’atelier à la rue

De l’atelier à la rue, les artistes médiateurs vont ainsi à la rencontre des populations autochtones et immigrantes, des personnes âgées en situation d’isolement ou des travailleuses du sexe, par exemple.

L’an passé, Gabrielle Bélanger a d’abord pris contact avec d’anciennes travailleuses du sexe. Autour de cafés, elle a compris leur désir de communiquer. Le mois suivant, elles ont exploré la matière par la sérigraphie, le collage et le dessin, entre autres. Puis, elles ont développé une exposition autour du thème du Red Light. «Chaque femme avait son espace. Le corps était au centre du message», raconte l’artiste. 

«La création leur a donné confiance, estime Mme Bélanger. Ça a déclenché des changements dans leur vie et un processus de connaissance de soi qui amène une transformation. Ça leur a permis d’arrêter d’avoir honte.» 

Le projet a gagné une mention spéciale au prix Les Arts et la ville à Vaudreuil-Dorion, en juin dernier.

Six projets de médiation culturelle en art public ont déjà été mis sur pied à Québec. «Six autres projets sont à venir, mais on en veut plus dans tous les coins de la ville et avec toutes les communautés», confirme Mme Despins. 

Le coup de cœur de la conseillère : «Chez moi, chaque jour est une fête d’Annie Baillargeon». L’artiste en arts visuels a rencontré une douzaine de jeunes entre 9 et 12 ans, majoritairement immigrants et réfugiés. Ils fréquentaient tous le local communautaire Claude-Martin, à Vanier. Dans une «boîte-maison», Annie Baillargeon a incorporé plusieurs de leurs photos, puis fixé l’installation dans le parc Louis-Latulippe.

«C’est une façon de s’ancrer de manière littérale dans le territoire, dans le sol, indique Mme Despins. Planter un œuvre d’art dans un quartier, conçu par les gens de ce quartier, envoie un message d’inclusion.»

Pour la deuxième vague de projets municipaux, les budgets alloués par la Ville seront de 175 000 $ par œuvre d’art. Avant, ils étaient de 155 000 $.