Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a confirmé que les citoyens pourront se voir attribuer un médecin de famille sans visite médicale obligatoire.
Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a confirmé que les citoyens pourront se voir attribuer un médecin de famille sans visite médicale obligatoire.

Médecins de famille: la loi 20 «en veilleuse» le 1er janvier 2018

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Avec la nouvelle «méthodologie» mise en place pour vider le Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) et atteindre la cible d’inscription de 85% d’ici la fin de l’année, la loi 20 ne sera pas abrogée au 1er janvier 2018, mais elle restera «en veilleuse», a annoncé mercredi matin le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Du côté de l’opposition, on n’est toujours pas convaincu du bien-fondé de la préinscription.

Le ministre Barrette et le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, ont confirmé en conférence de presse ce que Le Soleil rapportait la semaine dernière, à savoir que les médecins de famille pourront procéder à la préinscription de patients pour vider le GAMF. 

En vertu de cette inscription en blocs (ou «grande inscription», pour reprendre la formule employée par le ministre de la Santé), les patients du GAMF pourront se voir attribuer un médecin sans visite médicale obligatoire.

«Cette obligation de voir le patient pour l’inscrire, c’était une difficulté majeure», a réitéré le Dr Louis Godin, rappelant que les jeunes adultes en bonne santé ne se présentaient souvent pas à leur rendez-vous d’inscription pour éviter de perdre une journée de travail. «On ne répondait pas à leurs besoins. Ce qu’ils veulent, c’est avoir un médecin quand ils en ont besoin, quand ils ont un problème de santé aigu», a dit le président de la FMOQ.

Le Dr Godin et le ministre Barrette ont rappelé que plus de 900 000 Québécois avaient trouvé un médecin de famille au cours des deux dernières années. «Lorsqu’on arrivera à l’échéance du 31 décembre, on sera sûrement rendu à au-dessus d’un million», a calculé le Dr Godin, ajoutant que les omnipraticiens s’étaient attardés surtout aux patients les plus vulnérables depuis 2015. 

«Il y a un peu plus de 88% de la population de plus de 50 ans qui a un médecin de famille. Pour les gens de 70 et 80 ans, on a presque des taux de 100%. [...] Les gens qui sont actuellement le plus à la recherche d’un médecin de famille sont des gens entre 30 et 40 ans» pour qui la préinscription permettra d’avoir accès à un médecin quand ils en auront besoin, a insisté le président de la FMOQ. 

Selon le ministre Barrette, «la mécanique qui existe actuellement, à savoir que les médecins doivent voir rapidement les patients vulnérables, ça va être maintenu». «Sur les 460 000 personnes qui sont sur le guichet d’accès, seulement 7% sont des patients vulnérables de plus de 70 ans. [...] Je suis convaincu que d’ici la fin de l’année, ces patients vulnérables-là seront inscrits», a-t-il dit.

Sans parler de recul, le ministre de la Santé a convenu que la «méthodologie» initiale pour atteindre la cible de 85% n’était pas la bonne et qu’il fallait «un ajustement». Il a indiqué que la loi 20 allait demeurer, mais qu’elle resterait en «veilleuse» au 1er janvier 2018. Elle ne risque toutefois pas d’être appliquée puisque l’objectif de prise en charge devrait avoir été atteint et que la cible d’assiduité (80%) est déjà atteinte, a laissé entendre le ministre. 

«S’il y avait une baisse significative de l’assiduité, c’est sûr que la loi qui est en veilleuse ne serait plus en veilleuse», a-t-il dit.

Un pont entre les médecins qui partent et ceux qui arrivent

Le ministre Barrette a par ailleurs annoncé que la «grande inscription» se poursuivra chaque année pour permettre de faire le pont entre les médecins qui partent à la retraite et les nouveaux facturants, l’idée étant d’éviter que des patients ne se retrouvent orphelins après le départ de leur docteur. 

Suivant cette formule, les médecins annonceraient leur retraite d’avance et la prendraient le 1er juillet, de sorte qu’il «sera possible pour nous de construire une cohorte de patients et de l’assigner aux médecins qui arrivent en pratique», a expliqué le ministre de la Santé, précisant qu’il y a au 1er juillet 413 médecins qui arrivent en pratique pour 225 qui prennent leur retraite. 

«Ce qu’on vise aujourd’hui, c’est un changement de culture, quelque chose de formel et de permanent. Ce n’est pas une grande inscription une fois. C’est tout le temps», a-t-il résumé.

«La grande illusion»

Les réactions de l’opposition à l’annonce du ministre Barrette n’ont pas tardé. «Ce n’est pas la grande inscription, c’est la grande illusion, qui va artificiellement donner un médecin de famille à des milliers de patients orphelins», a attaqué le caquiste François Paradis en chambre, mercredi matin. Selon lui, «si la préinscription était réellement une bonne idée, le ministre de la Santé aurait pu l’appliquer dès 2015, il n’aurait pas attendu à minuit moins une».

La péquiste Diane Lamarre a pour sa part parlé de «transferts sur une liste virtuelle» et dit craindre que les patients attendent encore longtemps avant de réussir à voir un médecin. 

Selon le député solidaire Amir Khadir, si le ministre Barrette avait accepté de démissionner, «il ne serait empêtré dans l’embarras dans lequel il est aujourd’hui, à inventer des méthodologies douteuses pour rencontrer ses statistiques». «La réalité, c’est que les patients, ce n’est pas les statistiques qu’ils veulent rencontrer, c’est des médecins», a lancé le député de Mercier.