Pour la planification de la phase 3 de la Promenade Samuel-de-Champlain, la Commission de la capitale nationale a estimé à 4 millions $ la gestion des travaux, alors que le contrat octroyé s’est plutôt chiffré à 8 millions $.

Mauvaise gestion et manque de vision à la Commission de la capitale nationale

Manque de vision, manque de rigueur, mauvaise gestion : la Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ) reçoit une pluie de blâmes de la part de la vérificatrice générale du Québec.

Dans son rapport déposé à l’Assemblée nationale mercredi, Guylaine Leclerc consacre pour la première fois un chapitre entier à cet organisme gouvernemental, qui a pour mission de préserver et d’embellir le patrimoine de la grande région de Québec.

Projets reportés ou qui traînent en longueur, contrats annulés et rabais non balisés : la vérificatrice dresse une longue liste de lacunes. Par exemple, lors de la planification de la phase 3 de la Promenade Samuel-De Champlain, qui vient d’être annoncée en grande pompe, la commission a estimé à 4 millions $ la gestion des travaux, alors que le contrat octroyé s’est plutôt chiffré à 8 millions $. 

Dans le dossier de la réhabilitation des Nouvelles-Casernes, située dans le Vieux-Québec, Mme Leclerc s’explique mal le retard de quatre ans dans la recherche d’une nouvelle vocation. 

Pour ce qui est de l’aménagement de la place des Canotiers, dans le Vieux-Port, la commission a dû annuler le contrat d’un restaurateur, car la Ville de Québec n’a pas accepté la modification de zonage demandée. Un «dédommagement significatif» a dû être payé. 

La vérificatrice générale a également des doléances à formuler quant à la gestion du domaine Cataraqui, à Sillery. Depuis qu’il a été rénové, en 2010, près de 2500 événements s’y sont tenus. Très souvent, des rabais sur la location de l’espace sont accordés et ceux-ci sont laissés «à la discrétion de la direction responsable». Ces rabais non balisés représentent un montant de 26 000 $.

Françoise Mercure

Un blâme a même été directement formulé à l’endroit de Françoise Mercure, l’ancienne pdg de la Commission, qui avait été nommée par le gouvernement péquiste de Pauline Marois. Mme Mercure a octroyé une subvention de 10 000 $ en 2014 à un membre de sa famille pour l’organisation d’un événement à saveur historique, sans en informer le conseil d’administration.

La vérificatrice pointe enfin des lacunes de gestion : des remboursements de frais de repas trop élevés pour les employés et des journées de congé payées en trop dans le temps des Fêtes. Plusieurs contrats sont octroyés de gré à gré et sont signés pendant les travaux ou à la toute fin de ceux-ci, ce qui contrevient aux bonnes pratiques. 

Même si les constats sont dévastateurs, Mme Leclerc estime qu’un vent de changement souffle en ce moment à la CCNQ. «Ils ont vraiment la volonté de mettre en œuvre nos recommandations», indique la vérificatrice générale. 

Dans ses commentaires à la fin du rapport, la CCNQ explique être déjà en action. Depuis qu’elle est arrivée en poste, en septembre 2017, la pdg Marie-Claire Ouellet a par exemple fait annuler les deux congés payés en trop aux employés durant le temps des Fêtes. 

Replacer les affaires

Le ministre responsable de la Capitale-Nationale Sébastien Proulx a indiqué qu’il prenait très au sérieux ce rapport sévère. «Il faut replacer les affaires, pis au plus sacrant», a-t-il soutenu. Il dit toutefois que ces lacunes réfèrent à une administration passée et qu’il a «pleinement confiance» en la nouvelle administration de Mme Ouellet, qui prend ce rapport comme «une opportunité» de changer les choses. 

Une réorganisation est à venir au sein de la CCNQ et de nouvelles personnes seront nommées pour siéger au conseil d’administration. «Les choses vont bouger rapidement», promet M. Proulx. 

Pour le député caquiste Éric Caire, cette mauvaise gestion est causée par un manque de leadership de la part des élus libéraux à Québec. «Quand vous avez trois ministres responsables de la Capitale-Nationale en quatre ans, c’est ça que ça donne. Il n’y avait pas de berger, il n’y avait personne aux commandes.»

Créée en 1995, la commission compte 86 employés et gère un budget annuel d’environ 21 millions $.

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QUÉBEC DOIT MIEUX CONTRÔLER SA GESTION IMMOBILIÈRE

Québec doit exercer un contrôle plus serré de sa gestion immobilière et s’ouvrir davantage à la concurrence, selon la vérificatrice générale du Québec.

Ce n’est pas la première fois que le Vérificateur général critique les choix de gestion immobilière du gouvernement, responsable, à titre de propriétaire ou locataire, d’environ un millier d’édifices où loger ses employés à travers le Québec.

Un premier rapport avait été déposé en novembre, exposant les failles dans la vente de certains immeubles orchestrée par la Société québécoise des infrastructures (SQI), le bras immobilier du gouvernement.

Cette fois, dans un rapport déposé mercredi à l’Assemblée nationale, la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, revient à la charge pour conclure que le gouvernement ne sollicite pas suffisamment la concurrence avant de conclure ou de renouveler un bail avec un propriétaire.

La vérificatrice déplore aussi un certain laxisme quand vient le temps d’aménager les locaux destinés aux fonctionnaires. Parfois, la SQI se contente d’une seule soumission pour exécuter les travaux, n’ayant donc aucune assurance d’avoir obtenu le meilleur prix.

De plus, dans au moins trois cas, l’autorisation normalement requise du conseil d’administration de la SQI pour signer des baux n’a pas été obtenue.  La Presse canadienne