Mauvais traitements dans les CHSLD: une «guerre sociale» contre les aînés

Louis Plamondon n'y va pas par quatre chemins pour expliquer la série de mauvais traitements dans les CHSLD. Selon le président de l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), les gouvernements sont peu intéressés à augmenter les budgets pour les personnes inactives, voire inutiles.
«Pourquoi les problèmes dans les CHSLD ne sont pas réglés? Notre compréhension est qu'il y a un virage depuis une dizaine d'années sur l'allocation des ressources des gouvernements aux inactifs. Il y a une guerre sociale qui est déclarée contre tout ce qui est la population inactive et inutile», a-t-il affirmé au Soleil. M. Plamondon a fait ces commentaires avant de présenter un mémoire à la commission parlementaire sur les conditions de vie dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée.
Il ajoute que les gens les plus visés sont ceux souffrant de problèmes de santé mentale, les personnes handicapées et les personnes âgées. «On a décidé de couper 300 postes d'infirmières dans les CHSLD alors qu'il en manque dans les grands hôpitaux. Certains se disent pourquoi on investirait plus de ressources pour des gens qui vont mourir. C'est cynique? Non, c'est la pure vérité», a soutenu le juriste et sociologue.
M. Plamondon ne croit pas toutefois que cette position gouvernementale sur les services aux aînés vulnérables soit partagée par la population. «Ce sont des choix politiques. C'est imposé. C'est catastrophique et c'est injuste. Ce n'est pas un problème juste au Québec. C'est partout en Occident», a-t-il avancé.
À son avis, pour faire entendre leur voix, les organismes qui représentent des personnes âgées n'auront d'autre choix que d'élever le ton. «Il faut une radicalisation politique des groupes de défense des aînés. La FADOQ a commencé à le faire pour la condition des aînés vulnérables. On a la chance d'avoir au Québec sept, huit organismes de défense des droits des aînés», a dit le président de l'AQDR.
Solidarités nouvelles
«Les aînés sont plus scolarisés, plus organisés. En plus, on a nos enfants qui sont proches de la retraite. Le dialogue intergénérationnel est commencé. Il y a des solidarités nouvelles que les aînés vont pouvoir prendre pour avoir une influence plus grande», a-t-il ajouté.
Il ne croit pas que la bataille soit perdue d'avance. «Non, pas du tout. C'est une bataille à livrer mais il faut faire face à la vérité. La vérité est que c'est une catastrophe, que les décisions que l'on prend ne sont pas cohérentes, que les gouvernements ne prennent pas leurs responsabilités face aux aînés. Ils font beaucoup de discours. En termes de moyens d'action, ils ne sont pas mis en oeuvre.»
D'autre part, selon M. Plamondon, le report de l'âge de la retraite par le gouvernement fédéral s'inscrit dans la logique de ne pas trop en donner aux aînés. «Harper a décidé de reporter la retraite à 67 ans alors qu'il n'y a pas de travail pour des gens de 60 ans. On va mettre des gens dans l'indigence», a-t-il dénoncé.