Les Syriens Meshleen Nassar, Hussam Ateia et leur fils Wadie sont impressionnés par l’hospitalité et la générosité des Matanais.

Matane accueille sa première famille de réfugiés syriens

MATANE — «Il y avait des tirs de roquette sans arrêt. On avait peur. Une nuit, on a entendu un bombardement. On ne savait pas où c’était tombé. On entendait des gens rentrer dans la maison. Notre fils ne dormait plus la nuit. Ce n’était plus vivable. C’était la terreur.» Tel est le récit poignant de Hussam Ateia et de Meshleen Nassar. Avec leur fils Wadie, ils ont fui la Syrie. C’est à Matane qu’ils ont enfin pu se réfugier et où ils pourront refaire leur vie loin du chaos engendré par la guerre.

Leur vie à Homs, parfois appelée la «capitale de la révolution» par les opposants au régime, était un véritable enfer. Il y a deux ans, les membres de la famille Nassar-Ateia ont donc décidé de migrer vers le Liban, le pays d’origine de la mère de Meshleen. S’ils ont trouvé la paix à Jdita, ils y ont aussi rencontré la misère. «C’était difficile de trouver du travail et ce n’était pas payant, se souvient Hussam, dont les propos en arabe sont traduits par Reine Hagemoussa, une Libanaise domiciliée à Matane. On devait payer une maison et c’était très cher.» «Au Liban, ce n’était pas stable», ajoute sa femme Meshleen.

Pendant sa vie au Liban, le couple rêvait d’immigrer au Canada. Simultanément, le Comité de parrainage Syrie-Matanie se formait. En deux ans et demi, le comité a amassé 43 000 $. Le lien entre la famille Nassar-Ateia a pu être tissé grâce à un père jésuite de Montréal, pour qui la tante de Mme Nassar travaille.

Les démarches n’ont pas été simples. «Je trouvais ça long, admet Mme Nassar. On se décourageait parfois. Mais, chaque fois qu’on parlait par Skype avec les gens du comité de parrainage, on retrouvait de l’énergie.»

Hussam, Meshleen et Wadie sont débarqués à Montréal le 27 avril. Le lendemain, ils sont arrivés à Matane. Le Comité de parrainage leur fournit une maison. Une dame qui quittait la région leur a fait don de tous ses meubles, tandis que les uns et les autres leur ont offert une télé, des vêtements et tout le matériel nécessaire à la vie quotidienne, y compris des jouets pour le garçon de 8 ans. «On est tellement reconnaissants, répète souvent la femme de 36 ans. On est tellement bien reçus. On se sent en sécurité. On sent l’amour de tout le monde.»

Wadie est en deuxième année à l’école Victor-Côté de Matane. «Son enseignante est tellement merveilleuse et les élèves sont gentils avec lui», souligne sa mère. Le garçon a appris le français au Liban.

Trouver un emploi

Pour atteindre le vrai bonheur, il ne reste plus maintenant qu’à Hussam et Meshleen à se trouver un emploi. Hussam, 39 ans, est soudeur artisan et forgeron. Sa femme Meshleen est traductrice de l’arabe à l’anglais et a complété une formation d’éducatrice en services de garde. Ils sont vraiment motivés à travailler. Le couple est sans revenu. Comme la famille est parrainée par un comité privé, elle n’est pas admissible à l’aide sociale. Mais avant de pouvoir travailler, l’homme et la femme devront suivre un cours de francisation, ce qui ne peut leur être offert rapidement, selon Marie-Josée Fradette du Comité de parrainage.

S’ils ont maintenant une belle qualité de vie, une tristesse se lit tout de même dans leurs yeux : ils sont inquiets de leurs proches qui sont restés en Syrie. «On ressent une forme de culpabilité parce que nous, on est bien et notre famille est dans la guerre, laisse tomber la dame. On veut les sortir de là.»