En août dernier, le premier ministre François Legault s'était vu remettre un masque avec une visière transparente au niveau de la bouche des mains de Rosalie Taillefer-Simard.
En août dernier, le premier ministre François Legault s'était vu remettre un masque avec une visière transparente au niveau de la bouche des mains de Rosalie Taillefer-Simard.

Masque obligatoire au secondaire: un obstacle de plus pour les jeunes sourds

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
L’annonce du masque obligatoire en tout temps pour les élèves du secondaire sonne comme une catastrophe pour les adolescents sourds.

La tristesse s’entendait facilement au téléphone dans la voix de Caroll-Ann Després-Dubé, directrice générale de l’Association québécoise pour enfants avec problèmes auditifs (AQEPA) - Québec métro.

«Ça devient vraiment difficile pour eux, fait valoir Mme Després-Dubé. Et avec leurs amis qui portent le masque, on coupe leurs contacts sociaux. Je ne sais ce qui va leur rester comme motivation...»

Même avec des implants ou des appareils auditifs, environ trois enfants sourds sur quatre ont besoin de lire sur les lèvres pour comprendre ce qu’ils entendent.

Depuis le début de la pandémie, l’AQEPA, comme d’autres organismes, a vendu au prix coûtant plusieurs masques avec une visière pour la bouche. Mais l’association sait bien qu’il y en a encore très peu qui sont portés par les enseignants et les élèves du secondaire. «Il faudrait qu’il y en ait au moins dans les classes où il y a un jeune sourd», soumet Mme Després-Dubé.

Le masque ne devient pas obligatoire en classe pour les enseignants, tant qu'ils peuvent conserver le deux mètres de distance. Mais plusieurs centres de services scolaires encourageaient déjà le port constant du masque en classe pour les enseignants, fait remarquer la porte-parole de l'AQEPA. Jusqu'à maintenant, les professeurs avaient fait preuve d'une certaine flexibilité lorsqu'ils devaient enseigner à un élève sourd. "Je ne crois pas que les enseignants auront cette même flexibilité en devant obligatoirement porter le masque dans les autres lieux de l'école", craint Mme Després-Dubé.

L’école à distance, qui sera le lot des secondaires 4 et 5 une journée sur deux, est loin d’être une panacée pour les jeunes avec des problèmes d’audition, ajoute-t-elle. Le son est parfois de piètre qualité durant les cours en ligne et il est le plus souvent difficile de lire sur les lèvres de l’enseignant.

Retard dans les services

Avant même l’annonce du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, les jeunes sourds vivaient déjà une rentrée difficile, explique la porte-parole de l’AQEPA - Québec-métro. Les écoles peinent à rédiger ou mettre à jour les plans d’intervention qui encadrent les services requis par chaque élève, comme ceux d’une interprète en langage des signes. «Des parents se sont fait dire que s’ils étaient chanceux, ils l’auraient pour Noël, relate Mme Després-Dubé. Pour un jeune qui commençait des une nouvelle école et qui n’a pas de plan d’intervention, ça veut dire qu’il attend toujours les services.»