«Arrête de ne pas fermer la porte et ouvre-la!»: s’impatiente la libérale Marwah Rizqy devant les tergiversations du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.
«Arrête de ne pas fermer la porte et ouvre-la!»: s’impatiente la libérale Marwah Rizqy devant les tergiversations du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Marwah Rizqy: mettre fin aux tergiversations dans les écoles

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
LA POLITIQUE EN QUESTIONS / Chaque samedi, nous braquons les projecteurs sur des sujets politiques chauds passés sous la loupe d’acteurs du milieu ou d’observateurs avisés.

Avec plus d’une école québécoise sur cinq comptant au moins un cas de COVID-19 actif parmi ses élèves ou son personnel, la tension monte surtout dans les établissements scolaires situés en zone rouge. Critique féroce et chevronnée en matière d’éducation, la députée libérale Marwah Rizqy talonne le ministre Jean-François Roberge sans relâche depuis la rentrée, et même bien avant.

Q Comment évaluez-vous la situation dans les écoles et craignez-vous une nouvelle fermeture généralisée?

R Dans les zones rouges, la situation commence à être critique. Je n’ai pas envie de revivre le scénario de fermeture des écoles.

On est quand même déjà rendus à 20 % des écoles qui ont un cas de COVID confirmé, on a des milliers d’élèves qui sont déjà privés de l’enseignement en classe. Quand je compare à l’Ontario, leur taux de cas de COVID confirmés dans les écoles est de 5 %. On est quatre fois plus élevés.

J’espère que le ministre va prendre nos suggestions, la plupart de celles que j’ai faites sont basées sur le plan ontarien. Eux, le corridor sanitaire scolaire, ils l’ont appliqué. La clinique de dépistage mobile, une équipe de la santé dédiée au réseau scolaire. Ils ont vraiment priorisé le réseau de l’éducation et sont allés plus loin dans leurs mesures pour mieux équiper les écoles.

Q Sans recommandation de la Santé publique à cet effet, le gouvernement Legault n’oblige pas les élèves à porter le masque en classe, alors que ça se fait ailleurs. Quelle est votre position?

R Non seulement l’Ontario l’exige (à partir de la 4e année), mais aussi l’Alberta et le Manitoba, et ce, sans code de couleurs des régions. J’ai demandé à plusieurs reprises de comprendre pourquoi, dans les milieux d’éclosions en zone rouge, la Santé publique ne le demande pas. Je n’ai toujours pas de réponse.

Au mois d’août, quand j’avais demandé le port du masque à l’école quand on circule dans les corridors, Jean-François Roberge et le Dr (Horacio) Arruda (directeur national de santé publique) avaient dit que ce n’était pas indiqué. Quand j’avais soulevé la contradiction qu’on le demandait aux enfants de 12 ans et plus dans les lieux publics fermés, mais pas à l’école, quelques jours plus tard, Christian Dubé (ministre de la Santé) et le Dr Arruda avaient rectifié le tir.

À ce stade-ci, il me semble que la Santé publique devrait nous expliquer pourquoi d’autres directions de santé publique sont allées aussi loin et que nous, alors qu’on a le pire bilan du Canada et que nos écoles sont signe numéro un en matière d’infection, on n’a pas mis de mesures aussi importantes pour nos écoles, notamment en zone rouge et en cas d’éclosion.

Q Le Dr Arruda évoque des problèmes de transmission du virus à l’extérieur des classes, à cause de rassemblements d’élèves le midi ou après l’école. Serait-il avisé d’imposer d’autres mesures restrictives liées aux écoles et, si oui, lesquelles?

R Ils ont donné suite à notre demande d’améliorer la ventilation, mieux vaut tard que jamais.

Quand je regarde les images, le masque n’est pas souvent porté par les élèves à l’extérieur même si les 2 m ne sont pas respectés. Si les rassemblements extérieurs sont problématiques, c’est de s’assurer que le masque est porté à ce stade-là et de s’assurer d’en fournir si jamais il y a un problème de distribution de masques.

Et surtout, les enseignants, le personnel scolaire, sont tous débordés. Ça prend plus de monde dans nos écoles juste pour la désinfection. C’est quelque chose qu’on n’arrête pas de demander, du support pour nettoyer nos écoles. On n’y arrivera pas avec un concierge par école. Demander aux enseignants et aux orthophonistes d’être prêtés à la désinfection? Non.

Q La pénurie d’enseignants existait avant la pandémie. Le gouvernement espère pallier ce manque de personnel en sollicitant les retraités et étudie l’idée d’un appel généralisé au volontariat du genre «Je contribue». Est-ce suffisant?

R Ce serait un très bon début, mais il faut qu’ils arrêtent de tergiverser! Nous avons fait plusieurs suggestions. Je dis “nous”, parce que je parle du trio éducation des trois partis d’opposition (avec Christine Labrie de Québec solidaire et Véronique Hivon du Parti québécois).

En avril et mai, on a demandé de faire des groupes en alternance et des camps pédagogiques. Le ministre a finalement dit oui, mais cinq semaines plus tard dans les Maritimes. Il a dit oui, mais il était trop tard et les directions d’écoles ne peuvent pas se virer sur un dix cennes! Ç’a pris trop de temps avant qu’il dise oui.

Là, Je contribue, c’est une super bonne idée! Tout le monde est d’accord. Les directions d’écoles sont d’accord, les enseignants sont d’accord, même le ministre dit que c’est une bonne idée, «je ne ferme pas la porte». Arrête de ne pas fermer la porte et ouvre-la!

J’irais même plus loin. On devrait avoir une équipe dédiée pour l’enseignement en ligne. Les retraités, généralement dans la soixantaine, c’est la population plus à risque. Je les inviterais à être en support. On a vu Alloprof submergé de questions d’élèves et de parents pendant la première vague. Ceux qui ont plus peur de revenir en classe à cause de la COVID-19, leur demander de faire du support en ligne et au téléphone. Parce qu’on a du rattrapage scolaire et des jeunes qui ont besoin d’aide après l’école pour répondre aux questions de leurs devoirs.

Q Vous avez été la seule des 28 élus libéraux à appuyer un autre candidat que Dominique Anglade dans la course à la direction du PLQ. Depuis sa nomination, Mme Anglade vous a confirmée dans vos responsabilités en matière d’enseignement, en plus d’ajouter le Conseil du trésor à vos dossiers. Avez-vous fait la paix ou Mme Anglade préfère garder ses ennemis encore plus près que ses amis?

R Pour nous deux, la course est plus que terminée et nos relations vont très bien. C’est vrai que dans d’autres courses à la chefferie, ça peut continuer après la fin de la course. Mais pas chez nous. Je suis assez franche et je peux vous assurer que c’est terminé. Je bénéficie aussi d’une très grande confiance (de la cheffe) dans mes dossiers, personne ne me surveille ou ne joue au chaperon avec moi.

Q Qu’en est-il de vos propres aspirations d’un jour devenir cheffe?

R Dominique est là pour un bon moment, alors on verra plus tard.