Maintes fois primé, l’Almatois adore oeuvrer sur des plateaux de séries ou de films qui nécessitent un important travail de recherche.

Martin Lapointe, coiffeur de plateau

Il y a 30 ans, Martin Lapointe faisait son entrée dans l’univers télévisuel québécois comme coiffeur de plateau. C’était à l’époque de la première mouture de l’émission Coup de foudre. Trois décennies plus tard, l’Almatois est devenu un artiste de talent, primé et prisé de nombreux réalisateurs, tant au petit qu’au grand écran.

Lors du gala du cinéma québécois en 2016 (anciennement les Jutra), Martin Lapointe a gagné le trophée Iris de la meilleure coiffure pour son travail sur le plateau de La Passion d’Augustine. Il était aussi en nomination dans la même catégorie pour deux autres productions : Corbo et Ville-Marie. Cette année, il a à nouveau remporté la palme pour Nelly, en plus d’être en nomination aux Gémeaux pour Les pays d’en haut. Ces honneurs sont bien mérités, puisque le spécialiste de la coiffure roule sa bosse au Québec et au Canada anglais, en passant par les États-Unis et l’Europe, depuis qu’il a quitté le salon d’un ami sur la rue Crescent, à Montréal, dans les années 80. Passionné par son métier, jamais le Bleuet ne voudrait revenir en arrière. L’adrénaline que lui procure l’ambiance d’un tournage, le travail d’équipe, le travail de recherche et le flair nécessaire à l’élaboration de coiffures fidèles aux époques représentées dans chaque film lui procurent des défis sans cesse renouvelés.

«Après Coup de foudre, ç’a été le théâtre. C’est mon ami et collègue Réjean Goderre, lui aussi originaire d’Alma, qui m’a ouvert les portes du cinéma. J’ai eu la chance de pouvoir y entrer et je n’en suis jamais ressorti», raconte Martin Lapointe, qui a adoré faire partie de l’équipe de Nelly, réalisé par Anne Émond. Coiffer une comédienne qui évolue à travers des époques distinctes s’est avéré un véritable tour de force professionnel pour Lapointe, un exploit qu’il a réalisé de main de maître.  

Les productions télévisuelles et cinématographiques auxquelles Martin Lapointe a collaboré comme coiffeur sont nombreuses et variées. Citons notamment Louis Cyr (lauréat, meilleure coiffure, Jutra 2014) Maurice Richard, Laurence Anyways (lauréat, meilleure coiffure, Jutra 2013) et, plus récemment, Lâcher prise, Pieds nus dans l’aube et La Bolduc. À propos du film relatant le parcours singulier de Mary Travers, considérée comme la première chansonnière du Québec, Martin Lapointe explique comment il a contribué à la transformation physique de l’actrice Debbie Lynch-White, titulaire du rôle-titre.

«Il a fallu changer sa couleur de cheveux en brun pour le rôle. Après, on a dû la remettre en blonde pour qu’elle puisse aller tourner Unité 9. Au Québec, c’est un petit milieu. Les comédiens font beaucoup de choses en même temps. Ils font du cinéma, de la télé, du théâtre, des publicités. Il faut respecter les contraintes qu’ils ont. Il faut aussi se plier aux exigences des réalisateurs. Ça tourne souvent très vite et il faut que ça marche parce que les retards peuvent coûter très cher», met en relief le coiffeur chevronné, qui bénéficie de l’appui d’une équipe lorsque plusieurs comédiens et figurants doivent se soumettre à une transformation capillaire pour les besoins d’un tournage.  

Recherche  

Derrière le métier de coiffeur de plateau se trouve un travail de recherche important. Pour les productions historiques, par exemple, Martin Lapointe plonge dans des livres et des films d’époque pour s’inspirer. 

«Je décide des ‘‘looks’’ et je parle avec les producteurs. Il y a tout un travail de création qui se fait aussi avec l’équipe du maquillage. Souvent, on va faire des tests à la caméra pour s’assurer qu’on a fait les bons choix», raconte celui qui compte parmi la trentaine de coiffeurs membres du syndicat de l’Association québécoise des techniciens de l’image et du son (AQTIS).

Martin Lapointe a aussi travaillé sur des productions américaines comme Aviator, The Fountain et X-Men, mais selon lui, il s’agissait de rôles de second plan. C’est ici, au Québec, qu’il a acquis la notoriété nécessaire pour se hisser au rang de chef coiffeur. C’est d’ailleurs chez lui, dans la Belle Province, qu’il souhaite continuer de faire sa marque et se dépasser au plan professionnel.


Après Coup de foudre, ç’a été le théâtre. C’est mon ami et collègue Réjean Goderre, lui aussi originaire d’Alma, qui m’a ouvert les portes du cinéma. J’ai eu la chance de pouvoir y entrer et je n’en suis jamais ressorti.
Martin Lapointe

Virtuose de la coiffure 

Pour réussir comme coiffeur dans le milieu de la télé et du cinéma, il faut être efficace, imaginatif, patient et rapide. Il faut aussi laisser son propre ego de côté. Les heures sont longues, les défis colossaux et les réalisateurs tous désireux d’obtenir des résultats fidèles aux personnages ou à l’époque représentés. 

Certains réalisateurs refusent catégoriquement l’utilisation de la perruque. Au-delà du fait que de tels accessoires sont coûteux, l’installation doit être réglée au cheveu près pour que le téléspectateur n’y voie que du feu. Ce résultat est difficile à atteindre, de l’avis de Martin Lapointe. 

Au fil du temps, l’Almatois a développé plusieurs trucs et astuces pour en arriver à ses fins. Par exemple, à force d’essais et erreurs, il a conclu que le meilleur moyen de donner aux cheveux de Séraphin Poudrier une apparence de saleté, rien n’est plus efficace que de la crème à main. Martin Lapointe s’est aussi rendu compte que le pudding de soya est un excellent moyen de rendre une chevelure brun-beige.

En 30 ans, le coiffeur a dompté les tignasses de centaines de stars évoluant dans l’univers de la télévision et du septième art. Parmi les personnalités avec qui Martin Lapointe a développé des affinités professionnelles se trouve la comédienne Céline Bonnier, qu’il a côtoyée sur plusieurs plateaux. 

« C’est une des bonnes personnes avec qui j’ai eu la chance de travailler. Quand on se croise, on est toujours contents de se voir. Ça a aussi très bien été avec Sylvie Léonard sur Lâcher prise », signale celui qui s’est exilé dans la métropole, mais qui conserve un attachement profond à sa région d’origine. Il a d’ailleurs eu beaucoup de plaisir à venir travailler en région pendant 40 jours en 2007, alors qu’il a coiffé la distribution du film français Le bonheur de Pierre, mettant en vedette Pierre Richard et Louise Portal, tourné à Sainte-Rose.

Projets

Le coiffeur des acteurs ne peut lever le voile sur ses prochains projets. Celui qui travaille intensivement environ huit mois par année est heureux de pouvoir poursuivre son engagement au sein de l’équipe de la série Les pays d’en haut. 

D’autant plus qu’il sera prochainement appelé à créer des coiffures qui devront s’agencer avec des vêtements et des paysages d’hiver. L’harmonie des cheveux et des chapeaux, tout comme la symbiose entre les vêtements et les coiffes, seront des facteurs de primauté pour un esthétisme réussi. 

Martin Lapointe voit le tout comme un beau défi, en attendant le prochain. Qui sait, peut-être un film d’époque ? Ceci comblerait le chef coiffeur de bonheur. Le principal intéressé confie d’ailleurs qu’il aimerait beaucoup travailler auprès de Sébastien Pilote, lui qui devrait porter à l’écran le célèbre roman de Louis Hémon, Maria Chapdelaine. 

Quelques projets

  • Coup de foudre
  • La Passion d’Augustin
  • Les pays d’en haut
  • Corbo
  • Ville-Marie
  • Louis Cyr (lauréat, meilleure coiffure, Jutra 2014) 
  • Maurice Richard
  • Laurence Anyways (lauréat, meilleure coiffure, Jutra 2013)
  • Lâcher prise
  • Pieds nus dans l’aube
  • La Bolduc