Le ministre Jean-François Roberge ne s’est pas montré réceptif à suspendre l’étude du projet de loi 40, portant sur l’organisation et la gouvernance scolaires, même si tous les partis d’opposition ont réclamé une suspension sur-le-champ.

Manque d’enseignants: Roberge se défend de «négliger la pénurie»

Si le plus gros défi en éducation au Québec est le manque de profs, comme le ministre le dit lui-même, pourquoi passer tout son temps sur un autre sujet?

C’est la question à 100 $ posée par la députée de Québec solidaire Christine Labrie, mercredi après-midi, dans le cadre de la commission parlementaire sur l’étude détaillée du projet de loi 40, qui se penche sur l’organisation et la gouvernance scolaires. Le projet de loi abolit les commissions scolaires, entre autres.

Le gouvernement de François Legault venait de renoncer à rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans, promesse de longue date de la Coalition avenir Québec (CAQ). La loi maintient l’âge à 16 ans.

Le matin même, le ministre Jean-François Roberge avait amendé la composition et le mode d’élection des conseils d’administration des futurs centres de services qui chapeauteront les écoles, établissant une représentation paritaire entre parents (5), membres de la communauté (5) et membres du personnel des écoles (5).

Le ratio initial proposait des C.A. formés à moitié de parents, avec huit représentants, quatre personnes issues de la communauté et quatre des écoles. Modification qui démontre son écoute à l’endroit des partenaires du réseau, souligne le ministre.

Mais dès mardi, lors d’une mêlée de presse à l’amorce des travaux sur le projet de loi 40, M. Roberge avait allumé la mèche en constatant lui-même que la pénurie d’enseignants constituait son plus grand défi pour l’année 2020 et au-delà.

Il n’en fallait pas plus pour que la solidaire Labrie, appuyée par les deux autres oppositions, Partis libéral et québécois, réclame la suspension sur-le-champ de l’étude du projet de loi 40.

Ne retenez pas votre souffle : avec la CAQ majoritaire aussi en commission, la motion d’ajournement des travaux a été rejetée.

Faire tout à la fois

«Ça n’a aucun sens dans le contexte de pénurie de main-d’œuvre dans le milieu de l’éducation reconnue par tout le monde, reconnue par le milieu, par tous les partis politiques, par le ministre lui-même. Tout le monde partage cette préoccupation-là et reconnaît que c’est le principal défi», a affirmé Mme Labrie, dans une conférence de presse tenue avant le dépôt de sa motion.

«Là, en ce moment, lui, il consacre son énergie à réfléchir sur qui devrait être sur un conseil d’administration de commission scolaire ou de centre de services. En aucun temps, ces débats-là ne nous aident à contrer la pénurie dans le réseau et à offrir de meilleurs services aux élèves», a tranché la députée de Sherbrooke.

Le ministre ne s’est pas montré réceptif à suspendre l’étude de son projet de loi. «Un pas de recul, un pas de côté, un moratoire, une suspension, y’a rien de mieux mon vieux si tu veux rien faire!» a-t-il rétorqué aux médias, sur un air connu du groupe Mes Aïeux.

«Si je n’étudiais pas le projet de loi ici ce matin, je ne serais pas dans la rue [en ce moment] à passer des tracts pour recruter des enseignants. On peut faire les deux choses en même temps», poursuit M. Roberge.

«Il y a plein de problèmes dans le réseau scolaire. Si on répare les écoles, ils vont dire : “Ouin, mais avez-vous pensé aux professionnels?” On embauche des professionnels? “Mmmm, il y a une pénurie d’enseignants.” On s’occupe des enseignants? “Pensez-vous qu’il y an un problème de gouvernance?”

«On est en train de faire tout ça à la fois. On n’est pas en train de négliger la pénurie de main-d’œuvre parce qu’on s’occupe d’une bonne gouvernance, c’est ridicule! Si on ne faisait qu’une seule chose, on se ferait dire, probablement par Québec solidaire, qu’on néglige d’autres priorités», a-t-il conclu.

Pas de bâillon à l’horizon

Il faut dire que le temps presse. Le projet de loi parle d’adopter les 312 articles au plus tard le 29 février, dans six semaines. Le spectre d’un quatrième bâillon de la part du gouvernement Legault pour le faire adopter a été évoqué.

Le ministre Roberge s’est par contre dit doté d’une «légère flexibilité» sur la question et qu’«il est possible qu’on doive changer cette date du 29 février». «C’est possible que ce soit un des amendements apportés. Le bâillon, ce n’est pas notre intention», a-t-il révélé.

«Les travaux sur la maternelle quatre ans se sont étirés, ce qui a fait qu’on a commencé à travailler notre projet de loi 40 plus tard que prévu. Mais on ne peut pas repousser ça des mois et des mois. La transition vers les nouveaux conseils d’administration doit se faire pour le 1er juillet», a-t-il indiqué, sans préciser combien de temps cette passation des pouvoirs prendra.