La participation du fédéral sera limitée à 40 % pour les nouveaux projets de construction et d'élargissement du transport en commun comme le SRB.

Manque à gagner d'au moins 100 M$ pour le SRB

Le gouvernement du Canada plafonne à 40 % sa contribution pour les nouveaux projets de transport en commun alors que les villes de Québec et Lévis comptaient sur un partage de la facture moitié-moitié avec le gouvernement du Québec. Au minimum, cela représente un manque à gagner d'une centaine de millions $ pour le projet de service rapide par bus (SRB) Québec-Lévis.
Le gouvernement Trudeau a fait son lit en matière de financement du transport en commun dans le budget déposé mercredi. Une somme de 20,1 milliards $ est réservée pour les 11 prochaines années. Les fonds seront alloués en fonction de l'achalandage (70 %) et de la population (30 %), après conclusion d'accords bilatéraux avec les provinces.
Les balises de l'accord à intervenir avec le Québec, comme avec les autres provinces d'ailleurs, sont déjà fixées. Le gouvernement du Canada est prêt à couvrir jusqu'à 50 % des coûts admissibles pour les projets de remise en état de réseaux existants, au lieu des 15 % financés actuellement. Par contre, la participation du fédéral sera limitée à 40 % pour les nouveaux projets de construction et d'élargissement du transport en commun. 
À l'automne, le maire de Lévis s'était inquiété publiquement de la possibilité que sa ville et sa voisine Québec soient appelées à assumer entre 10 et 25 % des investissements requis pour le SRB. Gilles Lehouillier, en vacances cette semaine, avait prévenu qu'il était incapable de fournir pareil effort : «On n'embarquera pas dans un SRB qui va devenir quelque chose qu'on ne peut pas se payer.» 
Construire 43 kilomètres de corridors réservés pour bus articulés pourrait coûter entre 1 et 1,4 milliard $ selon le type de plateforme et d'autobus. Récemment, le ministre des Transports du Québec, Laurent Lessard, a évoqué l'option la plus chère avant de se rétracter. Même en prenant pour acquis que le provincial en financerait la moitié, les 10 % manquants représentent donc entre 100 et 140 millions $. 
Le premier ministre du Québec a toujours poussé pour un financement 50-50 du SRB, mais il ne s'est jamais engagé à occuper l'espace laissé vacant par le fédéral. 
«Nous, notre requête, ça va être que ce soit 50-50. Il y a des règles du gouvernement fédéral qui peuvent s'appliquer et qui font en sorte que ce soit moins de 50 %. On verra. À ce moment-là, il faudra certainement que d'autres payeurs, d'autres bailleurs de fonds interviennent, notamment les municipalités concernées. Mais on veut présenter ce projet-là d'emblée comme un projet important, stratégique», avait déclaré Philippe Couillard en réaction au cri d'alarme du maire de Lévis. 
Habituellement prompt à monter aux barricades, le maire de Québec s'était déclaré satisfait et confiant. Mercredi, quelques heures avant le dépôt du budget, Régis Labeaume s'est d'ailleurs employé à réduire les attentes. «Ce qu'on attend du fédéral, c'est des argents, des gros investissements. Ce qui nous importe, nous autres, c'est l'appui du gouvernement du Québec», a-t-il déclaré. En soirée, il est demeuré coi. 
En réaction au budget fédéral, vers 18 h, le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, a toutefois prévenu qu'il y aurait dans son propre budget un cadre financier pour le Réseau électrique métropolitain (REM), mais «on ne sera pas aussi explicite» pour le SRB et la ligne bleue du métro de Montréal. Le président du Conseil du Trésor, Pierre Moreau, a justifié cet écart par l'état d'avancement des projets, l'un est en phase de réalisation et les deux autres toujours à l'étude. 
«Alors qu'on attendait une relance économique par les infrastructures, il n'y a pas de signal fort», s'est pour sa part désolé le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, Alain Aubut, particulièrement déçu que le SRB ne fasse pas l'objet d'un appui formel. Il s'est montré intéressé à la nouvelle Banque de l'infrastructure du Canada, qui pourrait peut-être compléter le financement du projet. Il a toutefois admis que «s'il y a une lueur au bout du tunnel, elle n'est pas forte».
Avec Valérie Gaudreau
Rien pour le TGF
Le budget fédéral ne souffle mot du projet de train à grande fréquence (TGF) Québec-Windsor moussé par VIA Rail. La société de la Couronne est à la recherche de financement pour son projet de 4 milliards $, lequel permettrait de réduire le temps de parcours entre Québec et Montréal et ainsi tripler le nombre de départs et l'achalandage des trains. Mince consolation : Ottawa accorde au transporteur ferroviaire 867,3 millions $ sur trois ans pour ses opérations. Il n'y a pas de gain en dollars, mais à tout le moins le financement est assuré pour trois ans au lieu d'être renouvelé annuellement. «Nous allons continuer de travailler avec le gouvernement» pour le TGF, a commenté mercredi Mariam Diaby, porte-parole de VIA Rail. Annie Morin
300 millions $ pour les villes intelligentes
Infrastructure Canada reçoit 300 millions $ sur 11 ans pour lancer le défi des villes intelligentes. Conçu comme un concours, ce programme permettra à des villes de financer des initiatives pour améliorer la qualité de vie des citoyens «à l'aide d'une meilleure planification urbaine et par la mise en oeuvre de technologies propres et numériquement reliées». Il pourrait s'agir par exemple de bâtiments écologiques, de feux de circulation synchronisés ou de systèmes énergétiques intelligents. Les subventions seront attribuées au mérite, précisent les documents du budget. Au Québec, c'est inhabituel puisque les relations entre les municipalités et le fédéral ont l'habitude de passer par le filtre du provincial. Annie Morin
La TPS sur le covoiturage commercial
À partir du 1er juillet, les entreprises de covoiturage commercial comme Uber ou Lyft devront payer la taxe sur les produits et services (TPS) tout comme les taxis. Jusqu'à maintenant, les nouveaux services de transport rémunéré de personnes n'y étaient pas astreints, car ils ne répondaient pas à la définition classique d'entreprise de taxi. Celle-ci est donc modifiée pour inclure tous ceux qui transportent des passagers en échange d'argent, du moment que le transport est organisé ou coordonné grâce à une plateforme ou un système électronique. Seuls les transports à l'intérieur d'«une municipalité et ses environs» sont visés, épargnant du coup les transports interurbains comme ceux facilités par Amigo Express. Annie Morin