En 1995, plus de 20 000 personnes ont accueilli les centaines de marcheuses de la Marche Du pain et des roses qui avaient cheminé jusqu’au Parlement de Québec au bout de 10 jours de marche.
En 1995, plus de 20 000 personnes ont accueilli les centaines de marcheuses de la Marche Du pain et des roses qui avaient cheminé jusqu’au Parlement de Québec au bout de 10 jours de marche.

Manon Massé chantera pour le 25e de la Marche Du pain et des roses

Valérie Marcoux
Valérie Marcoux
Le Soleil
En 1995, plus de 20 000 personnes ont accueilli les centaines de marcheuses de la Marche Du pain et des roses qui avaient cheminé jusqu’au Parlement de Québec au bout de 10 jours de marche. «Toutes les marcheuses étaient devant le Parlement avec leur dossard et elles avaient une rose à la main», se rappelle avec émotion Manon Massé, porte-parole de Québec solidaire et députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques.

«Demain, je vais aller chanter Du pain et des roses, debout devant le Parlement du Québec, pour me rappeler les 25 dernières années», décide soudainement la politicienne au cours de son entrevue avec Le Soleil. «J’ai dont envie, comme le dit la chanson, de régler ces affaires-là pour qu’on se repose.»

Or, le repos n’est pas encore à l’agenda des femmes du Québec ou de la planète, reconnaît Mme Massé. Faute est de constater qu’un quart de siècle plus tard, les femmes demandent encore sensiblement les mêmes choses, soit les moyens de se sortir de la pauvreté et d’éradiquer les violences qu’elles subissent.

Dans une lettre ouverte cosignée avec Christine Labrie, députée solidaire de Sherbrooke, Mme Massé demande l’augmentation du salaire minimum et la création de logements sociaux, deux points qui faisaient également partie des demandes des marcheuses de 1995.

«En 1995, le mouvement des femmes, parce qu’il s’est uni, parce qu’il s’est solidarisé, parce qu’il a pris la rue, parce qu’il a marché main dans la main, coude à coude, pendant 10 jours, a obtenu un certain nombre de gains», explique Manon Massé qui s’occupait alors de la logistique derrière cette marche. Elle s’assurait que les marcheuses se rendent d’un endroit à l’autre en sécurité et qu’elles trouvent chaque soir un endroit pour dormir… et du pain.

«Il y a une des femmes qui est arrivée et qui vivait vraiment dans la pauvreté. Elle n’avait pas de bons souliers pour marcher, elle avait seulement des sandales, en fait, et ça n’a pas pris 48h pour que les marcheuses se cotisent et lui achètent une paire de souliers de marche», raconte Mme Massé qui a pu admirer la solidarité émanant de cette marche de 10 jours durant lesquels les féministes de différents horizons ont convergé vers le Parlement provincial où les roses les attendaient.

«Pour moi, l’arrivée du 4 juin est une occasion de se rappeler qu’être pauvre ce n’est pas facile. C’est très dur de vivre la pauvreté», soutient la porte-parole de Québec solidaire tout en rappelant que la pauvreté touche particulièrement les femmes et encore plus les femmes racisées et autochtones.


« En 1995, le mouvement des femmes, parce qu’il s’est uni, parce qu’il s’est solidarisé, parce qu’il a pris la rue, parce qu’il a marché main dans la main, coude à coude, pendant 10 jours, a obtenu un certain nombre de gains »
Manon Massé

Pour la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, il faut utiliser les anniversaires, comme ce 25anniversaire de la Marche Du pain et des roses, pour se rappeler celles qui ont marché avant nous et inspirer celles qui marcheront demain. «La marche des femmes pour leurs droits, c’est une marche qui est longue», admet Mme Massé.

Durant la Marche Du pain et des roses, et devant son succès, Manon Massé et ses collègues ont ensuite entrepris de rassembler les femmes du monde entier lors d’une grande marche mondiale en 2000 et qui se répète tous les cinq ans depuis. «Le patriarcat et le capitalisme, c’est mondial», affirme la politicienne qui soutient que ces deux idéologies ont leur part de responsabilité concernant la situation précaire des femmes sur la planète. «Il faut donc s’unir avec les femmes du monde pour réussir à faire des gains là-dessus», ajoute-t-elle.

En 2020, COVID-19 oblige, les féministes du Québec et d’ailleurs ne marcheront pas main dans la main, mais elles peuvent toujours chanter, comme Manon Massé, les paroles composées par Hélène Pedneault : Du pain et des roses, pour changer les choses. Du pain et des roses, pour qu’on se repose…