Manifestations antagonistes à Québec

Des membres du groupe de droite La Meute, qui dit s'opposer à l'islam «envahissant, politique et radical», ont manifesté dans le Vieux-Québec et sur la colline Parlementaire samedi après-midi, accompagnés de contre-manifestants affiliés au Mouvement étudiant révolutionnaire (MER) venus passer un message opposé. Le tout sous une présence policière marquée afin d'éviter les débordements.
La manifestation s'est généralement déroulée dans le calme, alors que les deux groupes antagonistes marchaient l'un devant l'autre en suivant le même itinéraire. Une ligne de policiers séparait les deux clans de manifestants.
Seul moment d'agitation lorsqu'un petit nombre de membres du groupe extrémiste Atalante Québec se sont présentés devant les contre-manifestants. De brèves altercations verbales ont suivi, mais les autorités ont rapidement tenu à distance les deux groupes. 
Personne n'a été arrêté, d'après le bilan du Service de police de Québec. 
La «Marche pour la liberté, la paix et la justice» de samedi était organisée par le regroupement Canadian Coalition of Concerned Citizens (CCCC). C'est en réaction à cette manifestation qu'une contre-manifestation a été organisée. Au total, moins d'une centaine de personnes ont marché du côté des membres de La Meute, alors qu'ils étaient environ une trentaine à contre-manifester. D'autres rassemblements semblables étaient prévus partout au pays, notamment à Montréal et Saguenay. 
«On manifeste contre la motion 103. On pense que les motifs de la motion 103, c'est basé sur n'importe quoi. [...] Le racisme systémique au Canada, on va être franc, ça n'existe pas. Le Canada, c'est le pays le moins raciste au monde», a indiqué un membre du conseil de La Meute, Sylvain Brouillette. Cette motion, qui vise à dénoncer l'islamophobie, a été présentée par la députée libérale Iqra Khalid en février à la Chambre des communes. 
Sur les réseaux sociaux, un représentant de la section Québec du groupe La Meute a écrit vouloir contester cette motion, la jugeant menaçante «pour notre liberté chèrement acquise dans le domaine de la laïcité et de l'égalité des sexes en tentant de limiter notre liberté d'expression en faveur de groupes religieux invasifs et contrôlants.»
«Discours racistes»
Louis-Antoine, un représentant du MER, a expliqué qu'une contre-manifestation avait été organisée «pour dénoncer le faux discours derrière la manifestation. Ils [les membres du groupe La Meute] viennent ici en disant "liberté, paix", mais en réalité, ce sont des discours anti-immigration, des discours racistes.»
À la question d'une journaliste qui a demandé en quoi l'islam radical présent dans certains pays brime les droits des Québécois, M. Brouillette a répondu que «ça commence comme ça. L'islam radical s'infiltre lentement dans les sociétés», citant le cas de l'Iran où la charia a été instaurée. 
Il craint que la charia prenne sa place à Québec et dans la province. «On ne peut pas parler d'un envahissement de l'islam au Québec. Nous, ce qu'on fait, c'est de la prévention. On enseigne aux gens sur les dangers de l'islam radical.»
De l'avis de Maxime Fiset, agent de prévention au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, le fait que cette manifestation se soit passée sans heurt témoigne de la «santé démocratique» du Québec. «S'il n'y avait pas cette santé-là, ce serait impossible que deux groupes diamétralement opposés puissent manifester en même temps, au même endroit, avec des messages opposés sans que ça clash», a-t-il défendu.
Atmosphère plus tendue à Montréal
Environ 300 personnes ont manifesté devant l'hôtel de ville de Montréal sous forte présence policière.
L'ambiance était tendue dans le Vieux-Montréal samedi midi, alors que plus de 200 manifestants de différentes factions se sont réunis au même endroit pour contester - ou appuyer - la motion 103 du gouvernement libéral.
«Nous aussi, on haït les racistes», scandaient les manifestants opposés la motion libérale, alors que les contre-manifestants leur répondaient: «Tout le monde déteste les racistes.»
«C'est une entrave à la liberté d'expression. Ça n'a pas sa place ici, cette [motion]-là», a soutenu Sébastien Poirier de PÉGIDA Québec, un mouvement anti-immigration, qui a qualifié ses opposants «d'anarchistes».
«Je suis ici contre le fascisme et le suprémacisme blanc. On ne veut pas qu'il y ait des gens dans nos quartiers qui soient activement violents envers des immigrants, des personnes de couleur», a affirmé une contre-manifestante, Lauren, qui étudie à l'université Concordia. L'établissement universitaire a d'ailleurs reçu des menaces d'attentat à la bombe contre des étudiants musulmans.
Vers 11h30, les manifestants des deux camps étaient réunis devant l'hôtel de ville, mais le rassemblement a rapidement dégénéré. Des bombes fumigènes ont été lancées, et une bataille a même éclaté entre deux militants. Les policiers, qui étaient très nombreux sur place, sont alors intervenus pour séparer les deux groupes, qui sont restés l'un devant l'autre pendant une trentaine de minutes.
Les centaines de militants se sont ensuite déplacés dans des rues parallèles vers le Quartier latin, où des activistes ont finalement brûlé des pancartes des opposants à la motion M-103. En après-midi, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) disait n'avoir procédé à aucune arrestation, et ne faisait état d'aucun blessé.
«Si on laisse cette motion-là entrer en vigueur, il y a plusieurs lois qui vont suivre, dont l'islam radical. C'est incompatible avec nos valeurs judéo-chrétiennes, et ça va à l'encontre de la démocratie», a martelé Stéphane Roch, du groupe anti-islamiste La Meute, dont les membres ont plusieurs fois scandé le slogan: «liberté».
Les manifestants de La Meute, qui étaient très présents avec leurs drapeaux de pattes de loups, se sont défendus d'être un groupe raciste ou fasciste.
«La Meute n'est pas de l'extrême droite, n'est pas raciste, n'est pas fasciste. La Meute, c'est une organisation citoyenne. Qui est la Meute? C'est tous les gens qui disent non à la radicalisation», a ajouté M. Roch.
L'un des contre-manifestants a toutefois remis en doute cette affirmation.
«Leur discours repose sur la construction d'un ennemi. Il y a une inflation verbale; on se crée un adversaire, qu'il faudrait en fin de compte expulser. Ils ont beau dire qu'ils sont pacifistes, il y a quand même dans leur rhétorique quelque chose de profondément violent dans le fait de dire qu'il y a une population au Québec qui pose problème», a souligné un étudiant de 23 ans qui ne voulait pas être nommé dans cet article parce qu'il craignait pour sa sécurité.
«Même s'ils disent que [sur le plan] des moyens, ils sont pacifistes, qu'ils ne veulent pas avoir recours à la violence, leur discours laisse quand même entendre que ce n'est pas tout le monde qui est bienvenu ici», a-t-il ajouté.
Des rassemblements de la CCCC se déroulaient en parallèle dans plusieurs villes canadiennes, de Vancouver, à Calgary, en passant par Toronto.  Avec La Presse canadienne