Une quinzaine de manifestants ont exprimé leur désaccord avec le déménagement des activités du centre communautaire Durocher à un kilomètre vers l'ouest.

Manifestation pour sauver le Centre Durocher de la démolition

Le centre communautaire Durocher, qui trône au coeur du quartier Saint-Sauveur, sera démoli. La décision est prise. Le déménagement des dernières activités aura lieu dans quelques semaines. Malgré tout, un groupe de manifestants tente encore de renverser la vapeur, de sauver ce legs des pères Oblats.
Pierre Morin est directeur général du Centre Durocher. Il est très clair lorsqu'il discute de l'avenir du bâtiment de la rue Carillon, adossé à la rue Saint-Vallier : «On déménage nos services. À partir de juin, on va être à plein temps au centre Mgr-Bouffard.» Les usagers devront donc parcourir environ un kilomètre vers l'ouest pour se rendre dans cet autre immeuble, une propriété de la Ville.
La délocalisation n'était toutefois pas l'option privilégiée. «Ça nous fait de la peine.» En fait, l'organisme sans but lucratif a essayé d'obtenir les fonds nécessaires afin de rénover l'édifice construit par les religieux en 1950. La Ville n'aurait pas voulu débourser entre 23 millions $ et 30 millions $. Et cette facture était trop lourde pour que le Centre Durocher l'assume seul : «On n'avait pas les reins assez solides.»
Vrai qu'il n'y aura pas de restaurant ni de salle de quilles dans la nouvelle maison de l'organisme, convient M. Morin. Une perte. Mais les locaux y sont plus modernes et permettraient d'accueillir plus de résidents.
Et puis, ajoute-t-il, si la Ville accepte leur projet, le Centre Durocher sera remplacé par 64 logements, dont la moitié pourraient être subventionnés. On rêve également d'y installer un centre de la petite enfance de 60 places.
Lise Beaupré a l'impression de se faire jeter de la poudre aux yeux. Mardi, elle menait un groupe d'une quinzaine de manifestants, dont la candidate de Québec solidaire dans la circonscription de Taschereau, Marie-Ève Duchesne.
«Déjà, on a perdu la caisse populaire et le comptoir postal, déplore Mme Beaupré. Le Centre Durocher, c'est le coeur du quartier depuis 64 ans. Pour loger 50 personnes, on va priver 16 000 personnes du quartier de leur centre communautaire.»
À la tête du Comité de sauvegarde du Centre Durocher, Lise Beaupré espère encore rescaper l'institution. Le bâtiment construit par les Oblats devrait être préservé, la Ville devrait investir les sommes nécessaires à sa réfection, demande-t-elle.
«C'est un deuil à faire. Ce n'est pas réversible», répond toutefois la conseillère municipale du district Saint-Roch-Saint-Sauveur, Chantal Gilbert. Depuis des mois, elle maintient que la restauration du Centre Durocher «n'avait pas de bon sens».
En décembre dernier, l'élue avait déjà déclaré au Soleil que la logique financière forçait le déménagement des activités vers le centre communautaire municipal Mgr-Bouffard, planté à l'intersection des rues Marie-de-l'Incarnation et Raoul-Jobin. «On a un centre à quelques coins de rue de là qui est extrêmement bien entretenu et, en plus, il est sous-utilisé. On a un équipement de la Ville qui est sous-utilisé, bien entretenu, et un Centre Durocher qui est fini», avait-elle plaidé.
«Un bon compromis»
Le directeur de la Société de développement commercial du quartier Saint-Sauveur, Mario Bédard, juge aussi que la démolition s'impose. «C'est évident que le Centre Durocher est une institution dans le quartier. Par contre, la bâtisse ne répond plus aux normes.»
Puisque la Ville de Québec a décidé de ne pas injecter les millions de dollars nécessaires à la rénovation, le transfert des activités communautaires vers un autre centre du secteur serait «un bon compromis». D'autant plus que des logements pourraient être construits sur le site du Centre Durocher. Voilà qui ajoutera des consommateurs pour les commerces, espère-t-il. «Oui, c'est triste de ne plus l'avoir sur Saint-Vallier Ouest. Mais nous pensons que la population va y gagner.»
Quant à l'administration municipale, elle se dégage de toute responsabilité. L'organisme sans but lucratif Centre Durocher inc. est propriétaire de l'édifice, souligne un porte-parole, Jacques Perron. «C'est un bâtiment privé, ça n'appartient pas à la Ville. On n'a rien à faire avec ça.»
La municipalité conservera cependant le parc coincé entre le Centre Durocher et la rue Saint-Vallier Ouest. Il sera toujours accessible aux citoyens.
Selon le dernier rapport d'évaluation municipale, le Centre Durocher vaut autour de 2 225 000 $.