Les organisateurs de la manifestation, Marcel Deschamps et Jacques Mimeault, en compagnie d’un manifestant, Alain Rioux
Les organisateurs de la manifestation, Marcel Deschamps et Jacques Mimeault, en compagnie d’un manifestant, Alain Rioux

Manifestation en voiture contre la levée du barrage de La Pocatière

MATANE – Une manifestation formée par un cortège d’une trentaine de voitures circulant à 50 km/h sur la route 132 a eu lieu lundi sur une distance de 90 km entre Sainte-Anne-des-Monts et Matane. Cette mobilisation populaire, organisée en moins de 48 heures sous escorte policière, visait à faire connaître son opposition à la levée du point de contrôle routier de La Pocatière, qui limitait l’accès à l’entrée ouest du Bas-Saint-Laurent.

Selon l’un des organisateurs de la «manifestation sanitaire», cette décision du gouvernement Legault va à l’encontre de l’avis médical du directeur de la santé publique de la Gaspésie, le DYv Bonnier-Viger. Jacques Mimeault ajoute aussi que le démantèlement du barrage ne tient pas compte de la position du conseil d’administration du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Gaspésie, qui a exprimé des inquiétudes sur la capacité d’accueil des hôpitaux de la région et sur une main-d’oeuvre suffisante en santé. M. Mimeault allègue aussi que cette décision fait fi des avis des élus municipaux de la Gaspésie. «Sur le plan politique, nos dirigeants et nos responsables de la santé sont absents du débat. On ne se préoccupe pas de ce qu’ils ont à dire!»

Peur des Montréalais?

Jacques Mimeault se défend bien de dire que ce mouvement de protestation n’a rien à voir avec la peur que la population de la Gaspésie ne soit contaminée par les Montréalais, qui sont beaucoup plus durement touchés par la pandémie de COVID-19. Cependant, il soutient que les habitants de l’Est-du-Québec auraient souhaité avoir un peu plus de temps, d’autant plus que la saison touristique n’est pas débutée. «On veut accueillir ces gens, mais on veut bien les accueillir, être prêts, précise M. Mimeault. Présentement, la ministre du Tourisme et l’industrie touristique n’ont pas d’indices à savoir quand, où et comment on va ouvrir la saison. On veut accueillir nos familles qui sont à Montréal, mais ça prend un point de contrôle.» Il se demande d’ailleurs pourquoi la Côte-Nord a obtenu un délai de deux semaines supplémentaires avant d’enlever les barrages et pas le Bas-Saint-Laurent.

L’un des manifestants pourfend lui aussi l’idée que les Gaspésiens s’opposent à la venue des Montréalais. «Bien au contraire, plaide Alain Rioux. Les Gaspésiens ont toujours été des gens accueillants et ce n’est pas à cause de la pandémie qu’ils vont changer! Ce qu’on demande, c’est l’ouverture d’un canal de communication entre l’État et les élus régionaux pour faire une gestion mieux appropriée de cette crise-là.» Pour ce citoyen, une gestion mieux appropriée pourrait signifier que la région puisse contrôler l’afflux entrant et sortant des personnes sur son territoire. «On pourrait donner priorité aux gens qui ont de la famille en Gaspésie», souhaite-t-il. 

Alain Rioux considère que Québec n’entend pas la voix des élus régionaux et qu’il gère la crise sanitaire d’une manière centralisée. «C’est déplorable que Québec fasse la sourde oreille aux propositions qui ont été mises sur la table par nos élus régionaux. C’est clair qu’on a, en région, des réalités qui sont différentes du milieu citadin. Ça a toujours été! Les lois s’appliquent mur-à-mur dans l’ensemble du Québec, alors qu’il y a des lois qui sont souvent inapplicables dans nos régions à certains points de vue. Il faut qu’il y ait plus de collaboration entre les régions et Québec.»

Pour la levée du contrôle à l’est

En contrepartie, les manifestants ont fait connaître leur joie relative à la suppression du cordon sanitaire situé aux Méchins, qui interdisait aux gens arrivant de la Gaspésie d’accéder au Bas-Saint-Laurent. «Je suis très content de voir que la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent peuvent recommencer à vivre ensemble», a lancé M. Mimeault. Selon lui, les habitants de la Haute-Gaspésie étaient privés de services situés à Matane.

Maintenant que le point de contrôle de La Pocatière est levé, Jacques Mimeault, qui a organisé l’activité avec Marcel Deschamps, souhaite que tout aille bien, mais que le gouvernement offre une garantie que «si ça dérape, qu’il reconfine à nouveau et qu’il remette les frontières». «En attendant, la société civile va faire son devoir et va veiller au grain», prévient-il.