Certaines maisons d'hébergement signalent de plus en plus de femmes dont le statut d'immigration est précaire, notamment celles qui sont victimes de la traite de personnes ou aux prises avec un mariage arrangé ou forcé. 

Maisons d'hébergement: plus d'immigrantes... et moins de services

Une étude de l'Institut de recherche et d'information socio-économique (IRIS) révèle qu'au moment où le nombre de femmes immigrantes explose dans les maisons d'hébergement, le budget de celles-ci est à la baisse en raison des politiques gouvernementales d'austérité.
Selon la recherche effectuée par Francis Fortier et Jennie-Laure Sully, les maisons d'hébergement, en plus d'être sous-financées, voient une plus grande partie de leur travail être effectué auprès des femmes immigrantes. Celles-ci représentaient en 2007 13 % de la clientèle, un pourcentage qui a augmenté à 21,6 % en 2014 et qui devrait atteindre plus de 35 % en 2025. Il s'agit d'une hausse d'environ 1,5 point de pourcentage par année.
Certaines maisons signalent également de plus en plus de femmes dont le statut d'immigration est précaire, notamment celles qui sont victimes de la traite de personnes ou aux prises avec un mariage arrangé ou forcé. Le statistiques révèlent aussi que 28,3 % des femmes parrainées par un membre de leur famille ne connaissent ni l'anglais, ni le français.
De plus, selon le Barreau du Québec, des 6000 à 7000 dossiers de violence conjugale faisant l'objet d'une plainte à la cour municipale et à la Cour du Québec à Montréal, les personnes concernées sont issues des communautés ethnoculturelles dans 40 % des cas et sont d'immigration récentes, depuis moins de sept ans.
Manque de temps et de ressources
Malheureusement, les maisons d'hébergement ne disposent pas des moyens pour faire face à cette nouvelle clientèle qui nécessite davantage de temps et de ressources. Aucun financement n'est en effet rattaché à l'intervention auprès de cette clientèle. Les maisons d'hébergement dépensent 5,3 millions $ par an pour offrir des services adaptés aux immigrantes alors que des services adéquats et complets coûteraient 7,2 millions $ de plus, soit 12,3 millions $.
Ce manque de ressources et de services s'étend aussi aux femmes autochtones, qui selon les données de l'Enquête sociale générale de 2014, sont deux fois plus susceptibles d'être victimes de violence conjugale que les non-autochtones, soit 9 % contre 4 %.
«Les maisons d'hébergement qui ne sont pas spécialisées auprès des femmes autochtones ont un besoin de financement de 1,6 million $ par année pour offrir un suivi adéquat à ces femmes. Alors que les travail effectué auprès des femmes des Premières nations nécessite environ quatre heures supplémentaires, une intervention idéale se situerait davantage autour de 20 heures de plus», affirme Francis Fortier.
Mme Sully ajoute que les immigrantes et les autochtones subissent de multiples discriminations systémiques qui contribuent à leur marginalisation et à leur isolement. «C'est pour cette raison que des enveloppes budgétaires dédiées à celles-ci en maison d'hébergement sont nécessaires, d'autant plus que les maisons ont déjà à composer avec un sous-financement chronique depuis plusieurs années», conclut-elle.