Construite en 1909-1910, la maison Pollack est une des plus flamboyantes constructions de la Grande Allée, témoignant de l'opulence des familles fortunées du début du siècle dernier.

Maison Pollack: un mauvais entretien qui mène en cour

Le propriétaire de la maison Pollack, plantée au numéro 1 de la Grande Allée Est, se retrouvera devant la Cour municipale lundi matin, a constaté Le Soleil. La Ville de Québec l'accuse de ne pas avoir entretenu adéquatement le bâtiment patrimonial mal en point.
La poursuite allègue que l'entreprise montréalaise détentrice de l'immeuble n'a pas «maintenu en bon état les parties constituantes d'un bâtiment afin qu'elles puissent remplir les fonctions pour lesquelles elles ont été conçues», nous a-t-on indiqué au greffe de la Cour municipale. Voici un nouveau face-à-face au tribunal entre la mairie et le propriétaire; ils se chamaillent depuis des années, les avis d'infraction émis par la cité étant contestés.
Lorsque ce type de dossier aboutit au tribunal, «c'est parce qu'il y a un peu de négligence de la part du propriétaire», explique l'attaché de presse du maire, Paul-Christian Nolin.
«C'est une bonne nouvelle», se réjouit le consultant en patrimoine au sein de la firme Patri-Arch Martin Dubois. «C'est quand même assez rare que ça se rende en cour.» Il rappelle que la maison Pollack a une «grande valeur patrimoniale». Il s'agit d'une des dernières maisons bourgeoises encore debout.
«Maison d'exception»
Dans le cadre d'un récent dossier du Soleil sur les joyaux menacés de la capitale, M. Dubois soulignait que «c'est vraiment une maison d'exception. Elle est unique par son histoire, par son architecture. C'est une des plus flamboyantes de la Grande Allée.» Construite en 1909-1910, puis rapidement achetée par le riche commerçant Maurice Pollack, elle témoigne de l'opulence des familles fortunées du début du XXe siècle.
Nous avons joint le propriétaire de la maison Pollack afin de discuter de ses projets pour la demeure centenaire. «Nous ne sommes pas prêts pour en parler», a-t-il répondu par courriel.
Nous avons ensuite insisté. Nous lui avons demandé s'il envisageait des travaux de rénovation d'envergure, s'il voulait aménager des condos ou des logements, s'il entend profiter des travaux pour retaper l'extérieur. Nous aurions aussi aimé savoir s'il envisage la destruction de la maison Pollack, amochée, pour construire en neuf. Pas de réponse.
Le propriétaire vient toutefois de s'entendre avec des locataires des logements aménagés dans la bâtisse. Selon l'accord entériné par la Régie du logement du Québec, deux locataires contestaient la reprise de leur petit logis. Elles ont finalement accepté de quitter d'ici le 1er novembre après versement d'une indemnité et le remboursement du déménagement. La maison Pollack serait alors vide.
Permis de construction valide jusqu'en juin
Soulignons que le propriétaire a toujours en main un permis de construction émis par la Ville de Québec. Selon le document que nous avons consulté, il projette le «réaménagement complet des logements afin de passer de 16 à 10 logements». Le projet de métamorphose intérieure est évalué à 600000 $. On indique que les travaux sont classés dans la catégorie «démolition». Le permis expire en juin prochain.
D'après l'évaluation municipale fondée sur le marché de 2011, la maison Pollack vaut tout près d'un million de dollars. Les deux tiers de la valeur sont attribués au seul terrain. L'emplacement, à deux pas des plaines d'Abraham et de l'avenue Cartier, est convoité.
La maison Pollack a été construite par un riche industriel. Le commerçant Maurice Pollack, immigrant juif, l'a acquise rapidement.
La vie de Maurice Pollack n'a pas toujours été facile à Québec. Durant la crise des années 30, un vent d'antisémitisme souffle sur la capitale, rappelle l'historien Réjean Lemoine, dans une capsule diffusée sur le site Web de la Ville. «L'Église catholique va lancer une campagne de boycott contre Maurice Pollack et son magasin. L'archevêché de Québec et plus de 90 curés [...] vont aller en chaire pour lancer une campagne de boycott contre Maurice Pollack. Les curés disent : "L'argent que vous dépenserez chez Maurice Pollack servira au communisme pour combattre le christianisme. Unissons-nous et achetons seulement chez les chrétiens."» Son grand magasin survivra néanmoins. Il prendra même de l'expansion. Il créera ensuite une fondation afin de redistribuer ses richesses.
Après M. Pollack, la résidence de la Grande Allée a hébergé la Gendarmerie Royale du Canada, tel que nous l'a rappelé un lecteur qui s'y était rendu pour s'enrôler. Elle a plus tard été transformée en immeuble de petits appartements.