«Lutter pour un toit», de François Saillant, parle de 12 luttes sur le logement au Québec, dont deux d’entre elles se sont déroulées dans le quartier Saint-Jean-Baptiste.

«Lutter pour un toit»: un livre sur les luttes populaires

L’ancien coordonnateur du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPU) François Saillant a lancé, mardi, le livre, «Lutter pour un toit», qui parle de 12 luttes sur le logement au Québec, dont deux d’entre elles se sont déroulées dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. Un livre pour la mémoire collective sur des luttes qui ont marqué le développement immobilier des villes de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui.

Les deux luttes choisies par l’écrivain dans Saint-Jean-Baptiste témoignent de la volonté du quartier d’empêcher tout projet immobilier public ou privé au détriment de la population. «Ces deux luttes avaient retenu l’attention et elles se sont terminées par victoires et la création de coopératives d’habitation», explique François Saillant

L’une des deux luttes se déroule à la fin des années 70 et l’autre dans les années 2000. Le premier épisode se passe de 1976 à 1979. «L’aménagement dans les années 60 de la colline Parlementaire et la création de gros complexes immobiliers ont entraîné la démolition d’environ 1400 logements. Avec Saint-Gabriel, la population a dit : “C’est assez” et la lutte s’est organisée», relate-t-il. 

À l’époque, l’administration municipale de Gilles Lamontagne veut sacrifier la petite rue Saint-Gabriel et sa soixantaine de logements à bas loyer pour faire place à un boulevard visant à faciliter la circulation routière à partir de la colline Parlementaire. Les citoyens mécontents se regroupent. Le Mouvement Saint-Gabriel est né. Au bout de deux ans de pressions et de rebondissements de toutes sortes, la bataille permet non seulement de sauver les bâtiments, mais de les transformer en deux coopératives d’habitation qui sont encore en activité, près de quarante ans plus tard.

Le Mouvement Saint-Gabriel, devenu en 1982 le Comité populaire, a pris de l’assurance grâce à cette grosse victoire contre le maire Lamontagne. La seconde lutte dans le livre raconte le squat de 2002, au 920, rue de la Chevrotière, alors que sévit une sévère pénurie de logements locatifs et que l’embourgeoisement menace le quartier. 

«C’était à l’occasion d’une semaine d’action du FRAPU à l’échelle de Québec. Mais dans Saint-Jean-Baptiste, le squat a duré quatre mois. Et même s’il y a eu une éviction par la police et la démolition de l’édifice, le Comité populaire a poursuivi la bataille, cette fois contre un projet de condominiums porté sur l’îlot par le groupe Casot. Ça s’est soldé par une victoire en 2010 et la création de la coopérative de 80 logements, L’Escalier», raconte l’ancien porte-parole du FRAPU.

Victoires à ne pas oublier

François Saillant a écrit ce livre pour trois raisons : ne pas oublier les luttes et les personnes qui les ont menées, servir de motivation à ceux qui mènent la lutte aujourd’hui, et permettre aux lecteurs de voir de quelle manière les villes se sont développées, et comment les luttes citoyennes ont pu dans certains cas modifier le cours des évènements.

«Ça fait partie de l’histoire du Québec au même titre que d’autres évènements. Il y a des leçons à en tirer et quand tu as l’impression que tout est perdu, tu sais qu’il peut avoir des rebondissements insoupçonnés qui permettent même après des défaites d’enregistrer des victoires», fait-il valoir.

Les 10 autres batailles racontées dans Lutter pour un toit, qui a été édité par Écosociété, ont eu lieu à Montréal, Gatineau, Châteauguay et Val-David.