«On essaie d’établir un profil, une signature inflammatoire induite par le coronavirus quand il affecte les cellules épithéliales des poumons et les macrophages pulmonaires», explique Louis Flamand.
«On essaie d’établir un profil, une signature inflammatoire induite par le coronavirus quand il affecte les cellules épithéliales des poumons et les macrophages pulmonaires», explique Louis Flamand.

Louis Flamand: un virologue à la rescousse

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Nouveau dans le monde de la virologie, le SARS-CoV-2 représente un terreau fertile pour la recherche scientifique. Voyant l’expertise qu’il pouvait apporter à la recherche et les opportunités de financement pour son équipe, Louis Flamand n’a fait ni une ni deux avant de proposer son projet, approuvé début mars. «Le coronavirus cause des problèmes respiratoires dus à une inflammation exacerbée. Notre équipe avait étudié, dans le cadre de la pandémie d’influenza de 2009, ce type de problèmes. On a donc repris l’expertise qu’on avait développée dans le modèle influenza pour la transposer dans le modèle COVID-19», explique M. Flamand.

Parmi les centaines de molécules qui peuvent causer l’inflammation, le virologue tente de trouver celles qui causent précisément des symptômes inflammatoires dans les poumons. «On essaie d’établir un profil, une signature inflammatoire induite par le coronavirus quand il affecte les cellules épithéliales des poumons et les macrophages pulmonaires. Ça nous permettra ensuite de proposer une thérapie ciblée et efficace», ajoute-t-il. Le chercheur vient tout juste de soumettre une demande pour la phase deux de son projet qui lui permettra de passer de «l’in vitro à l’in vivo», c’est-à-dire que les recherches qui se basaient sur des études en cultures cellulaires pourront maintenant avoir lieu sur des souris vivantes.

Il n’est pas étonnant que Louis Flamand se soit lancé rapidement sur le coronavirus. Depuis le début de sa carrière, le chercheur travaille constamment sur des virus dont la recherche est naissante. M. Flamand, à ses tout débuts en virologie, a étudié le VIH, virus sur lequel «il y avait beaucoup de travail à faire à l’époque». Des années stimulantes et productives l’ont amené à travailler sur l’herpès, son «cheval de bataille» qu’il étudie depuis plus de 30 ans et pour lequel il est le plus reconnu. C’est le désir de contribuer à des avancées scientifiques et à une recherche dynamique qui a poussé M. Flamand à faire quelques apartés dans sa carrière en travaillant notamment sur l’influenza et, aujourd’hui, sur le SARS-CoV-2.

Parce que la COVID-19ne chôme pas…

Le dynamisme et la nouveauté qu’incarne la recherche scientifique stimulent énormément le professeur titulaire et directeur du département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de l’Université Laval. M. Flamand souligne d’ailleurs l’aspect stratégique de ce poste qui lui permet «d’être dans l’action, de participer au processus décisionnel de la faculté de médecine et d’être au fait de ce qui se passe» dans l’actualité médicale.

«La COVID-19, c’est stimulant aussi parce qu’on travaille sur un sujet d’actualité. Notre projet est donc très concret et sur un court laps de temps aussi parce qu’il y aura une date de fin à toute cette histoire-là», rappelle M. Flamand, impressionné par la rapidité et l’importance des travaux publiés mondialement.

«C’est difficile aujourd’hui de faire des publications qui ont un impact majeur parce que nos études prennent souvent des années à faire et nécessitent énormément de données. Dans le cadre d’une pandémie comme celle-ci, on peut faire de plus petites études qui apportent une contribution importante même si les résultats ne sont pas si impressionnants», fait remarquer le chercheur. Si la pression est forte et les résultats attendus, M. Flamand ne concède d’aucune manière l’obligation de «faire de la bonne science de façon intègre».

Quand on questionne M. Flamand sur l’impact de la COVID-19 sur son quotidien, le chercheur s’anime. «J’ai été chanceux parce que je ne suis pas de ceux qui ont arrêté de travailler. Mais avec toutes les annonces qu’il y a eu, les initiatives [scientifiques], ça nous pousse à réfléchir constamment à de nouveaux projets. C’est sûr que mon quotidien est différent. C’est intense, mais c’est le fun. C’est ça qui nous allume», lance-t-il en souriant.