Question de sécurité, Véli-Express conseille à ses livreurs d'occuper le tiers d'une route ou d'une voie.

Livreurs à vélo: en sécurité... et dans le trafic

En cette ère de débat sur la sécurité à vélo au centre-ville de Québec, un groupe d'irréductibles cyclistes a déjà pris sa place sur la chaussée :les vélicoursiers. Livreurs à vélo, ils ont appris à se faufiler à travers la circulation dense, parfois au guidon d'une bicyclette-cargo... de 100 livres.
L'entreprise Véli-Express, seule à offrir un service de livraison à vélo dans la capitale, n'existe que depuis trois ans. Mais à coup d'une trentaine de livraisons par jour en parcourant les différents quartiers centraux et de Sainte-Foy, été comme hiver, le métier rentre, comme on dit.
La sécurité occupe une place importante au sein de l'organisation. D'une part les vélicoursiers doivent adopter un comportement exemplaire et suivre le Code de la sécurité routière; de l'autre, ils n'ont pas le choix de se faire justice pour être respectés par les automobilistes. «Ce qu'on conseille, c'est de prendre un tiers de la route [ou d'une voie]», affirme Christophe Navel, cofondateur de Véli-Express.
Pour eux, pas question de prendre les pistes cyclables récréatives. Il faut aller droit au but. Certaines livraisons doivent se faire en moins d'une heure pour des clients plus pressés... et plus payants.
Il leur faut donc emprunter les artères principales, comme le boulevard Charest, le boulevard René-Lévesque ou la Grande Allée, des endroits souvent sans réseau cyclable. Selon M. Navel, tant que Québec sera «dans une mentalité de chars» et qu'il n'y aura pas d'aménagement pour les vélos, les mêmes conseils [de sécurité] continueront de faire partie de la culture d'entreprise. «C'est une habitude qu'on a prise.»
Dans le meilleur des mondes, tout le réseau serait aménagé. «C'est simplement politique. À partir du moment où les politiciens disent "c'est terminé, on fait des voies cyclables"...», lance-t-il. M. Navel suivra donc avec attention le plan directeur du réseau cyclable qui devrait être revu à l'automne par la Ville de Québec.
Pour se sentir à l'aise, Louis Prévost, livreur depuis deux ans et responsable de la formation, roule à quelques pieds du trottoir, pour être bien visible. «Pas nécessairement au centre», mais il ne longe surtout pas les trottoirs. Les automobilistes n'ont ainsi «pas le choix» de respecter la distance de 1,5 mètre en cas de dépassement, distance suggérée par la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ).
Avec un vélo dit «cargo», qui, chargé, peut peser jusqu'à 100 livres, de la place, un vélicoursier doit en prendre. «Avec le vélo de colis [qui peut peser jusqu'à 100 livres], c'est assez facile, je ne peux pas me coller sur le trottoir.»
Prendre sa place
Avec un vélo standard, il doit continuer d'avoir la même approche. Plus un cycliste donne de l'espace à une automobile, plus elle en prendra, et plus elle aura tendance à rouler près de lui, soutient M. Prévost. «Quand on ne prend pas notre place, on est plus hésitants et en se collant plus sur le bord du chemin, on s'expose à des voitures qui vont prendre cet espace-là.»
Si tout semble facile pour les vélicoursiers - ils sont un groupe marginal d'une dizaine d'individus -, M. Prévost convient que ce n'est pas donné à tout le monde de s'affirmer sur la route. Pour preuve, un apprenti vélicoursier sur deux ne complétera pas la formation pour différentes raisons, dont celle du sentiment de sécurité. «Ce n'est pas évident de prendre le gros vélo», ajoute M. Prévost.
Véli-Express ne compte aucun accident de la route avec une voiture depuis sa fondation. Ironiquement, le seul accident de son histoire impliquant un vélicoursier est survenu... avec un autre vélo.