Lits vacants dans les CHSLD: le CIUSSS la cible de critiques

Monique Tremblay n’en croyait pas ses yeux lorsqu’elle a lu dans Le Soleil jeudi que les lits vacants au CHSLD de l’Hôpital de Sainte-Anne-de-Beaupré l’étaient parce que personne n’en voulait. «On a demandé que mon oncle reste là, mais il n’a pas pu!» dénonce la résidente de Beauport. La CSN, elle, se dit «surprise» de l’explication du CIUSSS de la Capitale-Nationale voulant que la centaine de lits vacants dans les CHSLD de la région soit attribuable à l’augmentation des soins à domicile.

Le Soleil rapportait jeudi qu’une centaine de lits sont actuellement vacants dans cinq CHSLD de la Capitale-Nationale, dont celui de l’Hôpital de Sainte-Anne-de-Beaupré. Depuis quelques semaines, le CIUSSS ne comble plus ces places après un décès. Quelque 350 personnes sont pourtant en attente d’un lit en CHSLD dans la région, selon les données du CIUSSS.

Lire: 100 lits vacants dans cinq CHSLD de la Capitale-Nationale

En entrevue au Soleil, le président-directeur général adjoint de l’établissement, Guy Thibodeau, affirmait qu’il n’y avait personne en attente pour une place dans ces cinq CHSLD. «On essaie toujours de respecter la volonté des personnes d’être hébergées dans le CHSLD qu’elles désirent. Pour ces cinq établissements, on n’a pas de demande actuellement», disait M. Thibodeau. 

Le numéro 2 du CIUSSS attribuait les places vacantes à l’intensification des soins à domicile. «Ça permet de limiter le nombre de transitions» entre le domicile et le centre d’hébergement souhaité, disait-il. 

M. Thibodeau convenait que la situation «enlevait de la pression» sur le personnel des CHSLD, insuffisant et surchargé. «On n’est pas dans un processus de fermeture de lits. Ce n’est pas pour faire des économies. Les sommes qu’on récupère avec les lits inoccupés sont réinvesties dans les soins à domicile», assurait-il par ailleurs.

L’oncle de Monique Tremblay a séjourné à l’Hôpital de Sainte-Anne-de-Beaupré pendant deux mois, entre janvier et mars. Après évaluation, il a été convenu que l’homme de 90 ans ne pouvait plus retourner dans sa résidence pour personnes semi-autonomes. 

«Comme il était déjà à l’Hôpital de Sainte-Anne-de-Beaupré, on a demandé qu’il soit hébergé dans la partie CHSLD. Il connaissait l’endroit, on aimait les lieux, et ça lui aurait évité un autre déplacement» explique Monique Tremblay. 

Même si des lits étaient vacants — il y en avait alors au moins cinq, selon ce qu’il a été possible d’apprendre —, la demande aurait été refusée par le CIUSSS, affirme Mme Tremblay. «J’étais déçue, mais je me disais que notre demande était peut-être pas assez haut sur la liste, qu’il y avait peut-être des gens avant nous.» Le 20 mars, l’oncle de Mme Tremblay a été transféré dans un CHSLD de Saint-Augustin-de Desmaures. 

«Maintenant qu’il est là et qu’il y est bien, on ne veut plus qu’il change d’endroit. Ça devait être un milieu de transition, mais on a fait une demande pour qu’il reste là, qu’il ne déménage plus», précise Mme Tremblay. 

Au CIUSSS, on affirme que même s’il y a des lits disponibles dans un CHSLD, «il se peut que d’autres milieux soient proposés à la famille si la personne a des besoins particuliers, en soins palliatifs ou pour des problèmes d’errance, par exemple». «Mais la famille est toujours libre d’accepter ou non», assure la porte-parole Annie Ouellet.

Le syndicat «surpris et inquiet»

Dans un communiqué publié en réaction à notre reportage, le président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Richard Boissinot, dit s’expliquer mal la disparition des listes d’attentes dans les CHSLD Saint-Antoine, Saint-Augustin et Notre-Dame-de-Lourdes de même que dans les centres d’hébergement de l’Hôpital Général et de l’Hôpital de Sainte-Anne-de-Beaupré. «Il y a trois ans, lorsque l’information était disponible centre par centre, [...] les listes d’attente variaient de six mois à deux ans dans ces institutions», fait-il remarquer.

M. Boissinot doute également que l’intensification des soins à domicile puisse expliquer la disponibilité des lits puisqu’il n’y a pas eu, selon lui, de changement significatif du côté des auxiliaires de santé et de services sociaux qui dispensent ces soins, «que ce soit en termes de création de postes ou d’heures supplémentaires». 

Quant à l’affirmation voulant que les lits vacants permettent de diminuer la pression sur le personnel des CHSLD, le président du syndicat souligne que «concrètement, sur le terrain, ça ne change rien puisque la direction en profite pour mettre fin à des remplacements».

La présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches, Ann Gingras, se demande pour sa part s’il n’y a pas un lien à faire entre la contribution des usagers dans les CHSLD et la disparition des listes d’attente, alors que Radio-Canada rapportait mercredi que le nombre de personnes admissibles à une subvention pour aider à couvrir les frais d’hébergement avait diminué de 30 % depuis 10 ans.

«Si effectivement les listes d’attente ont disparu, est-ce parce que les gens n’ont tout simplement plus les moyens de s’inscrire dans des centres d’hébergement?» demande Ann Gingras.