Sur la rue Cyrille-Duquet se trouve un grand lot en friche, où doit passer une piste cyclable, mais une entente de gré à gré avec le propriétaire n’a pas été possible, même si la Ville ne veut utiliser qu’une mince bande le long du boulevard.

Litige pour un bout d’une future piste cyclable

La Ville de Québec ne badine pas avec les pistes cyclables. Pressée de réaliser son plan d’expansion du réseau, elle a entamé une procédure d’expropriation pour accaparer une parcelle privée en friche. Un bout de gazon qui bloque à lui seul un trajet qui mènera les vélos depuis la basse-ville jusqu’à l’Université Laval puis vers l’extrême ouest de la capitale.

Priorité pour l’imminente saison des travaux routiers, voici que ce nouveau tracé devient tributaire des procédures judiciaires. «Des discussions ont été entreprises avec le représentant du propriétaire du lot […] sans toutefois être concluantes à ce jour, et nous croyons qu’une entente à court terme n’est pas envisageable», déplorent les autorités municipales dans un document soumis aux élus. «Compte tenu de la volonté de réaliser ce projet en 2018, il y aurait lieu d’autoriser le Service des affaires juridiques à entreprendre les procédures d’acquisition, de gré à gré ou par expropriation.» 

Faute d’avoir pu s’entendre à l’amiable, la Ville sort l’artillerie. 

Prenons ici une pause afin de bien nous situer. Vous voyez l’intersection Charest/avenue Saint-Sacrement? C’est au début de l’autoroute 40. Juste après ce coin, en direction ouest, il y a d’autres feux de circulation qui permettent notamment de tourner sur Frank-Carrel et Cyrille-Duquet. C’est là, sur Cyrille-Duquet, à côté d’un restaurant-café populaire que se trouve un grand lot en friche.

Ce terrain a une façade sur la rue d’environ 80 mètres de large. Voilà où doit passer la fameuse piste cyclable… Mais la Ville et le possesseur ne sont pas d’accord.

Vers l’expropriation

Porte-parole municipal, David O’Brien donne des détails : «Il y a toujours une bande où la ville installe un trottoir le long d’une rue. […] Dans ce cas-ci, on a besoin d’un peu plus large pour installer la piste cyclable. Normalement, souvent, on procède de gré à gré avec les propriétaires. Mais dans ce cas-ci malheureusement on doit y aller par expropriation.»

La cause étant judiciarisée, M. O’Brien ne s’épanchera pas plus.

Il insiste néanmoins sur un point : la Ville veut mettre la main sur 748,7 mètres carrés, en bordure de route. Pas sur le reste des quelque 14 000 mètres carrés du lot.

Nous avons contacté le propriétaire des lieux, Commercial Properties Limited, à Saint John au Nouveau-Brunswick. La réceptionniste nous a dirigés vers le vice-président Paul Moore. Au moment d’écrire ces lignes, celui-ci n’a pas répondu à notre message téléphonique ni à notre courriel.

Nous aurions voulu connaître le fondement de son refus. Peut-être est-il réticent à céder toute la bande de terrain qui lui donne un accès direct à la rue Cyrille-Duquet? 

Le différend n’est pas là, assure cependant David O’Brien, de la Ville. «Depuis plusieurs années, il y a un servitude de non-accès à la rue pour la bande de terrain au nom du ministère des Transports.» Traduction : puisque le lot fait face directement aux feux de circulation menant à l’autoroute Charest et à la rue Frank-Carrel, le gouvernement exige que l’accès au terrain passe par l’entrée des entreprises voisines, le restaurant et un commerce d’articles de bureau.

Mais peu importe les motivations qui sous-tendent le conflit, un projet cycliste d’une envergure certaine est bloqué. À l’est, le tracé sera connecté aux pistes cyclables partant, d’un côté, vers la rive du fleuve et de l’autre, vers Limoilou et Beauport. Au centre, il passera par le quartier Saint-Sauveur, par deux parcs industriels et l’Université Laval. À l’ouest, il se branchera notamment à la piste du boulevard du Versant-Nord qui permettra aux jambes les plus musclées de filer au loin vers Cap-Rouge et Saint-Augustin-de-Desmaures.

Le budget pour ces travaux doit être proportionnel à l’ambition? M. O’Brien ne dévoilera pas l’estimation préparée par la Ville, disant vouloir éviter de fausser le futur appel d’offres.

La valeur du lot complet au cœur du conflit, établie au rôle d’évaluation municipal en date du 1er juillet 2014, est de 1,7 million $. En divisant, nous pouvons estimer que la superficie convoitée par la mairie valait à cette époque autour de 100 000 $.