Au Manoir Sacré-Coeur, l'infirmière Michelle Hébert a profité de l'heure du dîner des résidents pour rappeler toutes les mesures de sécurité déjà en place.

L'Isle-Verte: réconfort pour les aînés de Québec

L'heure est au réconfort, aux discours sécuritaires et aux rappels des plans de prévention des incendies dans plusieurs résidences pour personnes âgées de la région de Québec.
Au lendemain du drame qui a secoué L'Isle-Verte et une partie de la province, les questions et les inquiétudes se faisaient sentir hier dans les résidences de personnes âgées de la capitale.
Au Manoir Sacré-Coeur, les dirigeants de la résidence ont pris les devants. Dès l'heure du midi, une infirmière a profité du dîner des résidents pour rappeler toutes les mesures de sécurité déjà en place, discuter de l'incendie terrible de L'Isle-Verte et de la prévention d'un tel drame. Pas de vague de panique ou d'inquiétude. Mais un rappel était inévitable.
«C'est certain que ça ébranle le personnel, la direction, les résidents et les familles des résidents. Ça a un impact sur une communauté, une province», confie la responsable de la résidence, Josée Gagnon. «Personne ne peut être indifférent à un événement comme ça.»
Son manoir - qui loge 39 résidents - est en règle, et répond à tous les critères de sécurité en place. «La plupart des résidences, on fait tout pour se conformer», soutient Josée Gagnon. «Mais en même temps, il y a des événements qui sont difficiles à contrôler. Juste la cigarette dans les résidences, c'est un fléau majeur.»
Le tragique incendie du Bas-Saint-Laurent force néanmoins la responsable Josée Gagnon à revoir, une fois de plus, ses procédures pour minimiser les risques. «Ça nous requestionne sur la formation de notre personnel, la mise à jour. Ça bouge tellement dans une résidence! Même si on a fait le plus beau des scénarios, ça ne se passe jamais de la façon qu'on a planifiée. On essaie de faire le maximum.»
Donner confiance
Aux résidences de la Seigneurie Salaberry, on assure que toutes les mesures imaginables pour renforcer la sécurité en cas d'incendie sont déjà en place. «On a tous les systèmes de sécurité possibles et impossibles. On a le personnel, il est formé en conséquence», avance le propriétaire Luc Bergeron.
Mais vendredi matin, il devait avant tout donner confiance à ses 141 résidents. «On a rassuré nos gens par rapport à tous les systèmes de sécurité qu'on a.»
Même si sa résidence est bien équipée pour faire face à un brasier, Luc Bergeron estime qu'il y a encore un travail important pour éviter tout drame. Car le nerf de la guerre demeure de convaincre les aînés de participer à tous les plans de prévention incendie.
«Sans être méchant, on veut se servir de cette catastrophe pour les sensibiliser aux besoins qu'on a de leur part de participer à toutes les pratiques et activités de prévention», propose-t-il.
La tragédie de L'Isle-Verte convaincra peut-être les récalcitrants à sortir rapidement dehors, quand la fausse alarme retentit dans les couloirs de la résidence. «Quand on fait des pratiques, c'est pour leur santé, leur sécurité, leur bien-être. On fait pas ça pour leur plaisir. C'est important. Ça peut être désagréable pour eux, évidemment. Certains trouvent ça bruyant. On parle d'une centaine de décibels quand les cloches sonnent.»
À la résidence Hostellerie Parc des Braves, le responsable Maxime Rouleau entend lui aussi mettre encore plus l'accent sur les pratiques d'évacuation en cas d'incendie. «On l'a déjà fait, mais on va en faire une deuxième! C'est la meilleure façon de les sécuriser. Ce sont des rappels», indique-t-il. «C'est jamais mauvais de le faire deux ou trois fois. On va laisser passer les grands froids, mais rapidement, on va effectuer une pratique. On devait en faire une à l'été, mais avec ce qui vient d'arriver, on va en effectuer une deuxième.»
La multiplication de ces exercices sera bénéfique pour les résidents, mais aussi pour leurs familles, croit Maxime Rouleau. «C'est pas seulement les résidents qui sont inquiets. Ce sont les familles aussi. Et on comprend bien ça.»
Pour les gestionnaires et les propriétaires de résidences pour personnes âgées, la question de la sécurité est inévitable, conclut Maxime Rouleau. «On a le souci de garder nos résidences sécuritaires. C'est ça qu'on vend, nous, de la sécurité. Si on ne se penche pas un peu plus là-dessus, on ne fait pas notre travail.»
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Des locataires «en sécurité»
DONNACONA - S'ils se disent profondément attristés par la tragédie survenue à L'Isle-Verte, les locataires de la résidence pour aînés Château Bellevue, à Donnacona, ne croient pas que leur sécurité soit menacée par un éventuel incendie de leur immeuble.
Il n'en demeure pas moins que depuis jeudi, le sujet est sur toutes les lèvres. Rassurés par la présence de nombreux gicleurs et par la structure du bâtiment faite d'acier et de béton, plusieurs des 123 occupants autonomes et semi-autonomes posent néanmoins des questions.
«On parle juste de ça!» confirme le directeur général de Château Bellevue, Guy Dussault qui, hier midi, a tenu à sécuriser les résidents des 116 logements répartis sur six étages inaugurés en juillet dernier. «Les gens valident ce qu'ils doivent faire en cas de feu.»
Charlotte Julien n'hésite pas à affirmer qu'elle se sent mieux protégée dans la résidence pour aînés que lorsqu'elle habitait sa propre maison. «J'ai très bien dormi la nuit dernière et je me sens en sécurité. À plusieurs reprises, on nous a expliqué comment évacuer», insiste-t-elle.
«Il y a tellement de gicleurs ici!» intervient Ghislaine Sauvageau, qui ne peut s'empêcher d'avoir une pensée pour l'homme qui a tenté de sauver sa mère à l'aide d'une échelle dans l'incendie de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte. «C'est tellement triste cette histoire, ça prend au coeur!»
Howard Burns évoque, pour sa part, l'exercice d'incendie auquel ont été soumis tous les résidents en octobre et émet malgré tout un doute. «On sait quoi faire, mais s'il y a un vrai feu, peut-être qu'on va paniquer nous aussi! C'est quand même un peu inquiétant.»
Johanne Martin (collaboration spéciale)