L'Isle-Verte, entre joie et tristesse: une femme perd son père, sa soeur est sauvée

Diane Malenfant vacille entre la douleur et le soulagement. Elle a perdu son père dans l'incendie de la Résidence du Havre, alors que sa soeur handicapée a été sauvée in extremis des flammes.
<p>Joe Malenfant, 92 ans, a péri dans l'incendie.</p>
0h50, jeudi. Diane Malenfant se précipite en catastrophe à la résidence où se trouvent depuis une dizaine d'années sa soeur Lucie, 53 ans, et son père Joe, 92 ans.
«J'ai encore la vision de la résidence en flammes. Je regardais où était la chambre de mon père. La baie vitrée était déjà éclatée. Je ne savais pas qu'il était parti à ce moment-là», raconte-t-elle en s'imaginant la scène, les yeux dans le néant.
Un voisin de la résidence lui dira plus tard que «les flammes sont parties du deuxième étage». Voyant l'intensité du brasier, Mme Malenfant comprend que son père de 92 ans a eu peu de chances de s'en sortir.
Restait l'espoir de retrouver sa soeur Lucie, placée dans la résidence pour personnes âgées en raison de son handicap, en même temps que leurs parents en 2003.
Diane Malenfant a finalement retrouvé sa soeur cadette à l'école primaire où les survivants ont été déplacés dans la nuit du sinistre. «C'est comme si le Bon Dieu lui apparaissait», se rappelle-t-elle avec émotion.
Un «miracle»
Mme Malenfant voit comme un «miracle» le fait que sa soeur Lucie ait pu être sortie dans son fauteuil roulant, sans être incommodée. Elle salue le dévouement de la copropriétaire, Irène Plante, qui vivait sur place, et du personnel venu l'aider à évacuer cette nuit-là.
Comme son père était sourd, Diane Malenfant croit que «tout ce qui peut l'avoir réveillé, c'est la fumée ou la chaleur. Moi, j'ai l'impression qu'il s'est écrasé ou qu'il ne s'est même pas réveillé. C'est ce que je souhaite».
«Il y a plein de questions qui vont demeurer sans réponse», exprime Mme Malenfant, alors qu'elle s'affaire à coudre des vêtements pour sa soeur.
Ses yeux s'emplissent d'eau. «Aujourd'hui [samedi], j'ai eu une belle nouvelle», dit-elle. Le CLSC l'a jointe un peu plus tôt pour lui confirmer que sa soeur a obtenu une place dans une résidence publique de Rimouski. «Ç'a été le plus beau cadeau depuis des jours», lance Diane Malenfant dans un sourire.
«Cet endroit-là, elle le connaît, elle l'a déjà fréquenté, et je sais qu'elle va être contente de le savoir. Ça va la sécuriser. Nous aussi, ça va nous sécuriser. J'avais peur qu'ils l'envoient plus loin.»
C'est donc en étant constamment partagée entre la joie et la tristesse que Mme Malenfant entreprend chaque nouvelle journée depuis le drame.
«Je vais commencer mon deuil quand le coroner va venir nous dire qu'on a identifié l'ADN de papa. À ce moment-là, ça va être une paix intérieure qui va s'installer. En attendant, on est en période de souffrance et d'incertitude. Ça fait mal.»
Elle ne se fait d'ailleurs pas d'illusion sur les recherches menées actuellement dans les décombres. «Je ne suis pas sûre qu'ils vont arriver à trouver mon père, étant donné que le feu était à côté de lui», glisse-t-elle.
N'empêche, Diane Malenfant se console à l'idée qu'elle a vu «Joe», comme elle l'appelle affectueusement, dans la soirée ayant précédé l'incendie. «Il était toujours content que j'arrête le voir. Il me disait toujours: "Tu reviendras." Je n'ai pas de souvenir qu'il me l'ait dit cette journée-là.»