L'Isle-Verte a rendu un hommage sobre mais senti, samedi, aux 32 victimes de l'incendie de la Résidence du Havre, survenu la semaine dernière. Des photos des défunts ont été affichées dans l'église.

L'Isle-Verte: 32 vies racontées

Ils ont trimé dur à leur ferme, au magasin général du village ou au restaurant du coin. Ils ont eu des enfants, des petits-enfants et des arrière-petits-enfants. Le terrible incendie à la Résidence du Havre à L'Isle-Verte a fauché la vie de 32 de ses résidents. Trente-deux vies bien remplies qu'une équipe de journalistes du Soleil et de La Presse vous résume en quelques mots, d'après les témoignages récoltés auprès de leurs proches.
Gérard et Gisèle Ouellet
Gisèle et Gérard Ouellet devaient bientôt célébrer leur 69e anniversaire de mariage. Après avoir longuement hésité à quitter sa maison du village, le couple venait à peine d'emménager à la Résidence du Havre. À 90 ans passés, les tâches ménagères étaient devenues un fardeau. Ils ont eu une vie dure et souhaitaient se reposer un peu. Lui était cultivateur, elle a donné naissance à 14 enfants, dont 13 sont toujours vivants. Ils ont passé toute leur vie dans la région, d'abord dans l'île Verte, à quelques kilomètres de la côte du Saint-Laurent, qui a donné son nom au village d'en face, puis sur la «terre ferme». «Ils ont travaillé tellement fort», dit leur belle-fille Marie-Claire. Ils connaissaient tout le monde, tout le monde les connaissait. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Lionel Thériault
La famille de Lionel Thériault a fondé la célèbre Filature de L'Isle-Verte, une entreprise qui a pris de l'expansion au cours de la Seconde Guerre mondiale en confectionnant des couvertures de laine pour la Défense nationale. Mais plutôt que d'en prendre la relève, Lionel Thériault a préféré le monde de l'éducation, dans lequel il a travaillé comme enseignant d'anglais au secondaire, puis bibliothécaire. Son décès dans l'incendie de la Résidence du Havre est un rappel lugubre de celui de sa fille, qui avait elle aussi péri dans les flammes de son logement de Rivière-du-Loup. Lionel Thériault avait 91 ans. Annie Mathieu
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Denise Drouin
Denise Drouin n'aimait pas les vacances. «Quand elle allait dans le Sud avec son mari, elle voulait revenir dès qu'elle était arrivée. Elle trouvait le temps long», raconte sa nièce. C'est que la femme, morte à 86 ans, était particulièrement active dans sa communauté. Après avoir pris sa retraite de son travail à la caisse populaire, la mère de famille, grand-mère cinq fois et arrière-grand-mère trois fois, s'est lancée dans le bénévolat. Elle était à la chambre de commerce, au service des loisirs, au club de l'âge d'or... «C'était une femme très impliquée.» En 2011, plus de 10 ans après la mort de son mari, elle s'est résolue à vendre sa maison de L'Isle-Verte. «Elle commençait à faire de l'angoisse d'être toute seule.» Elle a choisi la Résidence du Havre. Elle adorait. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Noëlla Pettigrew
À 87 ans, Noëlla Pettigrew veillait toujours sur son clan. Native de Saint-Éloi, elle a habité le deuxième rang de L'Isle-Verte avec son mari cultivateur, Aimé Côté, et leurs sept enfants. Celle «qui travaillait la terre» était très près des membres de sa famille. Une famille tricotée serré, qui comptait de nombreux petits-enfants. «Elle avait le coeur sur la main», témoignent des proches, qui évoquent sa grande capacité de donner aux autres. «Nous ne l'avons jamais vue autrement que souriante», renchérissent les employées de la Résidence du Havre. Annie Mathieu
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Marie-Lauréat Dubé
À 82 ans, Marie-Lauréat Dubé était encore reconnue pour ses talents d'artisane. Elle fabriquait de petits objets qu'elle donnait à des employés de la résidence. Plus jeune, la mère de famille vendait des tissages qu'elle faisait au métier à tisser. «Elle arrivait à les vendre à des prix de fou, rigole une amie. C'était une habile commerçante.» Mariée à un cultivateur, elle faisait la cuisine à la cabane à sucre familiale. Dans le village, on se souvient d'elle comme d'un vrai cordon-bleu, mais aussi comme d'une femme impliquée et d'une amatrice de bingo. Elle est déménagée au Havre il y a plusieurs années parce que son mari était malade. Il est mort rapidement; elle a choisi de rester. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Rita Plourde Bérubé
Originaire de Saint-Simon, Rita Plourde Bérubé y possédait une ferme avec son mari. Elle a tout vendu lorsque ce dernier est décédé. Elle s'est installée à L'Isle-Verte pour écouler ses jours. «Elle était merveilleuse», relate la préposée aux bénéficiaires de la Résidence du Havre, Pascale Lavoie. Âgée de 18 ans, cette dernière avait une relation particulière avec la dame. «Elle me disait que j'étais comme sa petite fille», raconte-t-elle. Sa collègue Nicole Bélanger emploie les mêmes mots lorsque le nom de Mme Plourde Bérubé est évoqué. «C'était fin cette madame-là», s'exclame-t-elle, ajoutant que ses enfants venaient régulièrement la visiter. Elle avait plus de 90 ans. Annie Mathieu
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Marie-Jeanne Saindon
Marie-Jeanne Saindon souhaitait vivre jusqu'à 100 ans. Elle était à trois mois d'y parvenir, lorsque la tragédie a frappé. Son fils et son petit-fils pleurent sa disparition, depuis le garage de Cacouna qui appartient à leur famille depuis trois générations. La femme était extrêmement fière de l'entreprise familiale, fondée par son mari dans les années 50. «Ma grand-mère, quand elle voyait quelqu'un, elle disait : «C'est lui qui a le garage. C'est lui qui a le garage», se souvient son petit fils Claude. Mme Saindon était l'une des deux doyennes de la Résidence du Havre. Elle y avait retrouvé un de ses vieux amis d'enfance, avec qui elle jouait aux cartes en l'honneur du bon vieux temps. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Adrienne Dubé
Andrienne Dubé était des plus coquettes. Malgré sa cécité, celle qui aurait eu 100 ans au printemps réussissait toujours à agencer ses boucles d'oreille avec ses colliers, au grand étonnement des préposées aux bénéficiaires de la Résidence du Havre. Toujours en pleine forme selon ses proches, elle s'habillait et préparait seule ses petitsdéjeuners. Pas question pour elle de déménager dans une aile de la résidence qui lui aurait fourni plus de commodités : elle savait où était ses affaires dans sa chambre du troisième étage. «Les vieux singes vivent longtemps», avait-elle l'habitude de dire à son entourage. Elle laisse dans le deuil neuf enfants et un nombre impressionnant de petits-enfants et d'arrière-petits-enfants. Annie Mathieu
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Louis-Philippe Roy
Originaire de Cacouna, Louis-Phillipe Roy était établi à L'Isle-Verte depuis un peu plus de deux ans. «Il a pris la chambre de ma mère à la Résidence du Havre après le décès de ma mère», se rappelle Marcel Côté. Grand joueur de cartes, M. Roy se rendait fréquemment à Saint-Jean-de-Dieu pour participer à des tournois de 500, un de ses jeux favoris. L'homme de 89 ans a gagné sa vie comme commerçant de machinerie agricole. «Je l'ai vu il y a une semaine, je faisais son rapport d'impôt chaque année depuis son arrivée à L'Isle-Verte. Un homme sans problème», raconte Jean-Guy Lapointe, président du club de l'âge d'or. Carl Marchand (La Presse)
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Paul-Étienne Michaud
Paul-Étienne Michaud vient d'une longue lignée d'agriculteurs. Son père cultivait la terre, son grand-père et son arrière-grand-père aussi. Son fils Jean-André, qui a repris la ferme familiale, est la sixième génération. «Papa était un travaillant», dit ce dernier. D'ailleurs, lorsque son fils a pris la ferme du deuxième rang en main, Paul-Étienne Michaud s'est trouvé un emploi de mécanicien au lieu de prendre sa retraite. L'homme qui allait fêter ses 97 ans bientôt, avait en une période difficile récemment. Il avait perdu son permis de conduire, mais conduisait quand même en cachette. Jean-André a été forcé d'enlever les roues de sur sa voiture. «Mais il était encore très lucide», précise son garçon. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Madeleine Fraser
Madeleine Fraser a eu une vie d'aventure. Durant presque 30 ans, elle a suivi son mari dans les coins les plus reculés de la province. Il était gardien de phare. Un métier qui n'existe plus. Elle faisait la cuisine. Ils ont vécu à Anticosti, à Pointe-au-Père et sur la petite île qui a donné son nom au village de L'Isle-Verte. Il est arrivé que le plus proche voisin soit à plus de 100 kilomètres de distance. Il y a sept ans, lorsque son mari est décédé, elle a déménagé à la Résidence du Havre. «Madeleine n'a pas eu d'enfants, alors c'était un peu moi, son p'tit gars», raconte son frère Charles-Hector. Dans la famille, ils étaient douze. Mais Charles-Hector étant retourné dans sa région natale après avoir aussi passé sa vie dans les phares, c'est lui qui s'en occupait. Sa soeur était devenue un peu sourde. «Mais à part ça, elle était en pleine forme.» Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Odette Dubé
Odette Dubé aimait chanter. Beaucoup. Tellement en fait que malgré la maladie, elle a chanté dans la chorale de L'Isle-Verte jusqu'à ce qu'elle n'en soit littéralement plus capable. Elle a arrêté il y a six mois après 25 ans de musique. «Mme Odette, elle était tellement fine», se souvient la directrice de la chorale, Jocelyne Michaud. Il y a quelques années, la femme, qui a travaillé plusieurs années dans une manufacture de Montréal, a fait une vilaine chute. Depuis, son état se dégradait lentement. «Ce n'était plus la même», confie une amie. Malgré cela, on ne l'entendait jamais se plaindre. «Tout était toujours bon avec elle», dit une employée du foyer, Nicole Bélanger. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Jeannot Gagné
«Un beau grand monsieur». Les femmes de L'Isle-Verte sont unanimes lorsqu'il est question de Jeannot Gagné, cet ancien infirmier originaire de Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup. Bien qu'il avait des problèmes de mémoire, il se rappelait toujours le nom de Thérèse Rioux, au grand plaisir de l'employée de la Friperie du Nordet qu'il visitait régulièrement à pied. Avant d'emménager à la résidence du Havre, M. Gagné s'est fait connaître comme bénévole à Rivière-du-Loup, où il donnait de son temps à trois organismes. «C'était une personne dévouée et généreuse», confie Monique Roy, avec qui il a oeuvré. Annie Mathieu et Johanne Fournier
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Joe Malenfant
À la résidence, on l'appelait «Monsieur bonbons». «Dès qu'il croisait quelqu'un dans le couloir, il sortait un bonbon de sa poche de chemise», raconte une employée, Nicole Bélanger. Des friandises à saveur de menthe et chocolat, le plus souvent. «Il nous disait: "C'est les moins bons."» Son neveu le décrit comme un homme «Espiègle et bon vivant.» Il aimait jouer des tours. Originaire de L'Isle-Verte, l'homme a bossé fort sur la ferme familiale, route 132 tout près du village. Quand il a pris sa retraite, sa fille a transformé l'endroit en gîte. Joe Malenfant vivait au Havre depuis quelques années. Il était veuf et devenait sourd. «Il n'a sûrement pas entendu l'alarme de feu», croit Nicole Bélanger. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Jeanne Raymond
Jeanne Raymond connaissait son métier. Infirmière à domicile, elle travaillait particulièrement avec les nouvelles mamans de la région. Elle a d'ailleurs prêté main-forte à la préposée aux bénéficiaires de la Résidence du Havre, Nicole Bélanger, après l'accouchement de ses deux enfants à Saint-Paul-de-la-Croix. «Elle m'avait dit que je leur donnais les mauvaises céréales», se rappelle la préposée en riant. Depuis plusieurs années, les rôles étaient inversés. Mme Bélanger aimait s'occuper de Mme Raymond, une femme «très gentille». Plutôt discrète, la célibataire aimait cependant se rendre au salon de la Résidence du Havre pour papoter avec les autres pensionnaires. Annie Mathieu
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Jacqueline Bélanger
On parle d'elle comme d'une femme douce qui aimait parler aux gens. Native du Bas-Saint-Laurent, Jocelyne Bélanger a passé plusieurs années à Montréal, ou a travaillé son mari après avoir perdu son emploi dans la région. «C'est une femme qui était fière», raconte une de ses amies. Fière, et impliquée, elle était du club de l'âge d'or et du Cercle des fermières. Elle adorait le bingo. Récemment, elle avait dû être opérée à la hanche deux fois. La guérison avait été difficile. Elle marchait depuis avec une marchette. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Vivianne Dumont
Couturière hors pair, Vivianne Dumont n'a jamais cessé de faire travailler ses doigts agiles. À la Résidence du Havre, les préposés mettaient de côté les cintres en broche qu'elle transformait en véritables oeuvres d'art tricotées. Native de Saint-Épiphane, Mme Dumont est déménagée avec son mari cultivateur à une ferme de L'Isle-Verte pour y élever sa famille. Impliquée dans la communauté, elle faisait partie du Cercle des fermières lorsqu'elle était plus jeune. La résidente âgée de 92 ans est décrite comme une femme ricaneuse. Elle avait aussi la dent sucrée et affectionnait particulièrement les bonbons. Annie Mathieu
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Jacqueline Caron
Jaqueline Caron ne s'est jamais mariée. Célibataire, elle a vécu avec son père et son frère presque toute sa vie. Le paternel était le postillon du village de Saint-Paul-de-la-Croix. Il était chargé d'aller chercher le courrier à L'Isle-Verte et de l'amener au bureau de poste de son patelin. À sa mort, Jacqueline et son frère, célibataire lui aussi, ont pris la relève. Selon ce dont se souviennent ses amies, la vieille femme aimait danser. Surtout des danses en ligne, qu'elle connaissait par coeur. Elle était presque toujours de la partie lors des soirées dansantes tenues chaque troisième dimanche du mois. «Elle était tellement coquette. Toujours bien mise. Elle ne sortait pas sans ses colliers», dit une amie. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Rose-Aimée Saint-Pierre
Avec son coloré franc-parler, Rose-Aimée Saint-Pierre savait capter l'attention de son auditoire. Très sociable, même à 94 ans, elle aimait aider les nouveaux pensionnaires de la Résidence du Havre à y faire leur nid, nous explique sa fille Raymonde. Dévouée préposée à l'entretien à l'hôpital de Rivière-du-Loup, ville où elle a longtemps habité, Mme Saint-Pierre était la mère de trois garçons et d'autant de filles qui ont poursuivi la lignée avec 12 arrière-petits-enfants et 15 petits-enfants. Taquineuse et ricaneuse, Rose-Aimée Saint-Pierre laisse le souvenir d'une femme particulièrement allumée et inspirante pour son entourage. Annie Mathieu
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Simone Thériault
Tous les voyageurs qui se rendaient à Témiscouata-sur-le-Lac connaissaient le restaurant Le Louvois, qui a appartenu pendant près de 15 ans à Simone Thériault et à son mari, décédé il y a quelques années. «Elle avait toujours du monde», témoigne sa soeur Béatrice, qui évoque «une grande travaillante» et une dame qui avait de l'entregent. «Elle avait une personnalité bien charmante», poursuit celle qui lui rendait très souvent visite. Simone Thériault est née à Saint-Épiphane et demeurait à la Résidence du Havre depuis plus d'une dizaine d'années. Âgée de 84 ans, elle n'avait pas d'enfant. «C'était une grande dame», conclut avec tristesse sa soeur. Annie Mathieu
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Juliette Saindon
Mère 6 fois, grand-mère 21 fois et arrière-grand-mère 28 fois, Juliette Saindon vient d'une famille tissée serré. «Elle aimait nous recevoir et faire à manger. Elle était une très bonne cuisinière», raconte une de ses belles-filles. Femme d'agriculteur, elle a d'abord vécu sur une ferme. Puis, le couple a ouvert un foyer pour personnes âgées et handicapées. Il en a hébergé jusqu'à 10 à la fois. «C'était sa deuxième famille. Elle en prenait vraiment soin. Elle les amenait à la messe.» Récemment, la quinquagénaire a perdu sa seule fille. La famille a eu peur qu'elle déprime. Mais la vieille femme a surmonté l'épreuve avec une force et un courage surprenant. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Thérèse Jean-Jouvin
Originaire de L'Isle-Verte, Thérèse Jean-Jouvin a vécu à la ferme laitière familiale de son mari, décédé à Saint-Éloi. Mère de quatre enfants, elle habitait à la Résidence du Havre depuis six mois. «Je suis allée la voir samedi avant le drame. Elle était très lucide, mais elle commençait à avoir des petits problèmes de mobilité. Elle avait besoin d'une marchette», raconte sa soeur Madeleine Jean. «C'était une travaillante, pas une critiqueuse. Elle était toujours contente, se disait bien nourrie, bien traitée. Elle était satisfaite de la résidence. La dernière fois, elle m'a montré un album photo que sa fille avait fait pour Noël. C'était beau, elle était tellement contente», se remémore Mme Jean. David Santerre (La Presse)
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Lucienne Thériault
Lucienne Thériault ne manquait jamais une occasion d'écouter de la musique. À la résidence, elle était toujours au rendez-vous lors des activités «musique et chanson» du dimanche, lors desquels des groupes de la région donnaient des spectacles en tous genres. Dans sa chambre, le téléviseur était régulièrement allumé à un canal de musique en continu. Souvent de la musique country, se souviennent les employés. Déterminée, Mme Thériault avait dû réapprendre à marcher tard dans sa vie. Lorsqu'elle est arrivée au Havre, elle ne tenait pas sur ses jambes. Deux ans plus tard, elle arrivait à se déplacer, difficilement, mais toute seule. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Louis-Cyrice Martel
Les parents de Louis-Cyrice Martel sont décédés alors qu'il était tout jeune. Il a été recueilli par le presbytère de L'Isle-Verte, jusqu'à ce qu'une famille du coin l'adopte. Agriculteur âgé de 89 ans, il habitait à la Résidence du Havre avec sa femme Jacqueline Dumont depuis avril dernier. Ils ont eu huit enfants. «Ils avaient chacun leur chambre, l'une en face de l'autre. Mais ils passaient leurs journées ensemble. Le premier bonjour de la journée, c'est elle qui l'avait», se remémore leur fille Réjeanne Martel. Sa mère a pu être secourue sur le balcon de sa chambre, après avoir vainement tenté d'entrer dans la chambre de son mari pour le réveiller. «J'avais le meilleur papa du monde. C'était un homme bon dont le plus grand plaisir était de gâter ses 10 petits-enfants. Il les regardait aller et trouvait ça beau», se remémore sa fille. David Santerre (La Presse)
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Thérèse Turcotte
Thérèse Turcotte a passé sa vie à la ferme de son mari. Femme très pieuse, elle était membre d'un groupe d'étude de la parole de Dieu, le mouvement La vie montante. Elle en a même été la secrétaire. C'était aussi une assidue de la messe. L'octogénaire, mère de plusieurs enfants, était également membre du club de l'âge d'or de L'Isle-Verte. Bref, c'était une femme impliquée. «Son mari était un vrai cultivateur, raconte une amie. À sa retraite, il se sauvait de la maison pour aller travailler sur la ferme.» Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Angeline Guichard
Angeline Guichard est cette dame de 89 ans qui a appelé son fils Jean-Eudes Fraser, pour qu'il lui vienne en l'aide. Avec une échelle, il a tenté de se hisser jusqu'à son balcon au troisième étage. Mais il a dû se résigner à redescendre quand sa mère s'est effondrée. Mère de six garçons et six filles, elle a tenu une auberge, la Ferme du milieu, sur l'île Verte, pendant une bonne partie de sa vie. Quand son mari est décédé, elle a aménagé à la Résidence du Havre. Son fils Jacques se souvient de l'émerveillement de sa mère quand il lui apportait des éperlans frais pêchés entre l'île et la côte. David Santerre (La Presse)
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Fernand Ouellet
Célibataire endurci, Fernand Ouellet s'est occupé de sa mère durant plusieurs années. Lorsqu'elle est morte, à presque 100 ans, il a gardé la maison familiale du village de L'Isle-Verte. Son frère et sa belle-soeur s'y sont installés avec lui. Il était assez âgé lorsque son frère est décédé à son tour. Sa belle-soeur est restée pour s'occuper de lui. Ils s'entendaient bien. L'été, elle l'amenait même passer les vacances à L'Isle-aux-Grues. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Roméo Michaud
Fils de cultivateur, Roméo Michaud n'a jamais eu d'enfant. Durant de nombreuses années, il a travaillé sur des bateaux dans le fleuve Saint-Laurent. Des femmes, il n'en voyait pas beaucoup. Il a trouvé l'amour une fois à la retraite. Son amoureuse, Suzanne, était elle aussi assez âgée. Ils se sont mariés quand même. Elle est morte avant lui. «Il était devenu un peu sourd et il ne voyait plus trop clair, mais c'était un monsieur très attachant», raconte la préposée Nicole Bélanger. Roméo Michaud était sociable. Au Havre, il était de presque toutes les activités. C'était aussi un grand marcheur. Il fallait que le temps soit vraiment mauvais pour l'empêcher de sortir se promener, racontent ceux qui l'ont connu. Gabrielle Duchaine (La Presse)
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Jeanne-D'Arc Beaulieu
De nature plutôt discrète, Jeanne-D'Arc Beaulieu se plaisait beaucoup à la vie d'intérieur. Née à Saint-Épiphane, elle a été mariée à Maurice Dubé pendant 51 ans. Elle a vécu à Trois-Pistoles pendant une quarantaine d'années, où elle a élevé ses enfants : Normand, Nancy et Marco. «Elle était une excellente cuisinière et une très bonne couturière», se souvient sa fille, Nancy Dubé. «C'était aussi une femme extrêmement propre et très droite dans l'éducation qu'elle a donnée à ses enfants.» Veuve depuis bientôt 10 ans, la femme de 88 ans avait une seule petite-fille, Marie-Pier, qu'elle affectionnait beaucoup. Johanne Fournier (collaboration spéciale)
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Éva Saindon
Avec son mari Conrad Morin, Éva Saindon tenait le magasin général de Saint-Louis-du-Ha! Ha! «C'est du monde qui ont beaucoup trop travaillé. Ils faisaient des semaines de 70 heures», raconte avec émotion leur fils Jean-Yves Morin. Son père, qui habitait aussi la Résidence du Havre, a survécu. Mais il n'a pu sauver sa douce des flammes, malgré son passé de pompier. À 92 ans, Mme Saindon nécessitait beaucoup de soins que lui prodiguait son mari et les préposés aux bénéficiaires, qui la décrivent comme une dame douce, rieuse et qui aimait beaucoup se reposer. Le couple a également eu une fille. Annie Mathieu
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