Jean-François Lisée, le chef du Parti québécois, ne présentera finalement pas de projet de loi musclé sur la laïcité d’ici Noël, comme il s’était engagé à le faire il y a à peine deux semaines.

Lisée largue son projet de loi musclé sur la laïcité

Jean-François Lisée a parlé trop vite. Le chef du Parti québécois ne présentera finalement pas de projet de loi musclé sur la laïcité d’ici Noël, comme il s’était engagé à le faire il y a à peine deux semaines.

Des députés du Parti québécois comme Alexandre Cloutier n’ont pas apprécié que leur chef s’avance publiquement de la sorte sans en avoir d’abord discuté à l’interne, avec l’ensemble des membres de l’aile parlementaire.

M. Lisée a fait amende honorable, mardi. «Je suis un gars qui est à l’écoute», a assuré le chef péquiste. Exit, donc, l’idée de présenter un tel projet de loi à court terme.

Jean-François Lisée a mis ce recul sur le compte de l’absence de consensus interne. Passe encore que le Parti québécois, s’il prend le pouvoir, confie à un comité le mandat de se pencher sur l’interdiction du port du voile intégral dans l’espace public, mais pas de là à inscrire cet élément dans un projet de loi en bonne et due forme sans avoir consulté le caucus. C’est ce qu’ont fait valoir les députés réfractaires à cette idée, comme M. Cloutier et Véronique Hivon.

«Il y a une question de fond et une question de forme», a expliqué Jean-François Lisée. La forme — le projet de loi — n’avait pas été débattue avant son point de presse d’il y a deux semaines. Le chef a pris par surprise la plupart de ses députés.

Le «fond», lui, a été arrêté il y a un an, a pris soin de rappeler et de préciser M. Lisée. Et ce fond consiste à étudier la possibilité d’interdire le port du voile intégral dans l’espace public — dans les rues et les parcs. Pas à promettre son interdiction.

«Ce qu’Alexandre vous dit et que tous les membres du caucus disent, c’est qu’ils se rangent à ce consensus» qui est d’étudier cette possibilité, sans plus pour l’instant, résume le chef du Parti québécois.

Attention: Jean-François Lisée a indiqué que cette idée de projet de loi sur la laïcité fera toutefois partie du programme électoral de sa formation politique au prochain scrutin général. Il sera déposé à l’Assemblée nationale si le PQ prend le pouvoir.

«Dur à suivre»

«Il est dur à suivre, Jean-François Lisée, a laissé tomber le caquiste François Legault. Il change de position tous les six mois.»

Gabriel Nadeau-Dubois a affirmé que M. Lisée cherche à faire la «chasse» au voile intégral, alors que ce n’est pas par des interdictions qu’on favorisera l’intégration des femmes concernées et le «vivre-ensemble».

«Il est temps qu’on parle d’autre chose au Québec que des 90 femmes qui portent le niqab», a dit le solidaire. Il venait tout juste de conclure un point de presse avec Alexandre Cloutier sur la mixité sociale dans les écoles.

Plusieurs péquistes sont d’avis que Jean-François Lisée devrait lever le pied sur les interdits en matière de laïcité.

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LA LÉGISLATION SUR LA NEUTRALITÉ RELIGIEUSE CONTESTÉE EN COUR

Plusieurs l’avaient prédit et c’est maintenant chose faite : la controversée loi québécoise sur la neutralité religieuse, auparavant connue sous le nom de projet de loi 62, fait l’objet d’une première contestation constitutionnelle devant les tribunaux.

La procédure déposée mardi vise à faire invalider l’article 10 de la loi qui prévoit que les services gouvernementaux doivent être livrés et reçus à visage découvert.

Même si elles ne sont pas nommées dans la loi, les femmes musulmanes se couvrant le visage sont principalement visées, est-il allégué dans la procédure. Cette loi est donc discriminatoire envers elles, en raison à la fois de leur religion et de leur sexe, fait-on valoir.

Et cela va même plus loin : «Le fait de cibler les femmes musulmanes de cette manière contribue à la création d’espaces publics qui leur sont collectivement hostiles», peut-on aussi y lire.

Le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) et une citoyenne québécoise musulmane portant le voile intégral, Marie-Michelle Lacoste, ont déposé mardi matin la contestation devant la Cour supérieure du Québec, à Montréal.

L’article 10 de la loi viole la Charte québécoise des droits et libertés de la personne ainsi que la Charte canadienne des droits et libertés, font-ils valoir. On y souligne les obstacles excessifs auxquels auront à faire face les musulmanes québécoises. La loi les force à faire un «choix» déplacé entre adhérer à leurs croyances religieuses et occuper certains emplois, utiliser le transport en commun et les services de garde ou encore emprunter des livres à la bibliothèque, explique-t-on.

Ils demandent aussi de suspendre l’application de l’article 10 en attendant qu’un juge se prononce sur sa validité, «afin d’empêcher des préjudices irréparables dans l’intervalle».

La loi avait été adoptée plus tôt cet automne, soit le 18 octobre

COUILLARD PAS SURPRIS

Le premier ministre Philippe Couillard ne semblait pas surpris mardi de cette attaque contre sa loi. «Y-a-t-il quelqu’un qui ne s’attendait pas à une contestation?», a-t-il laissé tomber. Mais il s’est dit confiant que sa loi va résister. «On a rédigé délibérément un projet de loi qui respecte les chartes et nous sommes très confiants».

Sa ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a promis de défendre la loi devant les tribunaux. Elle n’a toutefois pas voulu discuter de l’utilisation possible de la clause de dérogation pour contrer cette contestation légale. «L’utilisation de cette clause-là, pour le moment, n’est pas une solution, puisqu’elle [la loi] est respectueuse des droits et libertés.»

Alors que certains s’attendent ou espèrent que le gouvernement fédéral intervienne dans le débat judiciaire pour défendre les minorités visées par la Loi sur la neutralité religieuse, la ministre fédérale de la Justice s’est limitée à dire qu’elle étudiait la procédure, sans la commenter. 

Personne à la conférence de presse n’était en mesure de préciser combien de femmes portent le voile intégral au Québec. Dans le passé, les chiffres de 52 ou même de 100 personnes ont été évoqués.  La Presse canadienne