Dans son document de 130 pages, l'AIMTA recommande l'implantation d'une stratégie pancanadienne pour mieux coordonner les efforts du secteur.

L'industrie aérospatiale tire la «sonnette d'alarme» à l'aube des élections fédérales

Les travailleurs de l'industrie aérospatiale tirent la «sonnette d'alarme» afin d'obtenir des engagements concrets des partis fédéraux pour assurer l'avenir de leur secteur au Canada.

L'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale (AIMTA) dresse un constat alarmant «en l'absence d'une vision à long terme» dans sa plus récente publication, «Propulser le Québec vers de nouveaux sommets, pour un engagement renouvelé en aérospatiale», dévoilée aux médias lundi.

«En ce moment, l'écosystème aérospatial québécois semble en parfaite santé, peut-on y lire. L'activité y est abondante, la demande de travailleurs y est forte et les perspectives sont encourageantes. Cependant, lorsqu'on s'y attarde plus attentivement, nous constatons qu'une tempête sans précédent pourrait frapper l'industrie, et ce, très prochainement.»

Dans son document de 130 pages, l'AIMTA recommande l'implantation d'une stratégie pancanadienne pour mieux coordonner les efforts du secteur. «En somme, il est temps que nous prenions le destin de notre aérospatiale en main», élabore l'association.

«Alors qu'ailleurs dans le monde des États cherchent à faire naitre ou grandir leur secteur aérospatial par des actions concrètes, le Canada n'a toujours pas de plan d'ensemble pour aider les provinces et coordonner leurs efforts», déplore David Chartrand, le coordonnateur québécois du Syndicat des Machinistes.

C'est ce qui explique, ajoute-t-il, que «le Québec doit se battre seul pour assurer la survie de l'un de ses plus importants piliers économiques».

M. Chartrand pense qu'une stratégie à l'échelle pancanadienne doit donner au Québec — où l'on retrouve la moitié des activités du secteur aérospatial canadien — toute la place qui lui revient.

Une main-d'oeuvre à former

«En ce qui concerne le bassin de main-d'oeuvre disponible à l'échelle du pays, certaines difficultés pointent à l'horizon», indique l'AIMTA dans son document. Cette pénurie serait accentuée par la «mauvaise perception» qu'ont les Québécois du secteur de l'aérospatiale et les «préjugés» à l'égard des métiers manuels.

Une étude réalisée par le Conseil canadien de l'aviation et de l'aérospatiale (CCAA) en mars 2018 révèle que les salariés de l'industrie sont généralement plus âgés que le travailleur canadien moyen. Les travailleurs âgés de moins de 25 ans dans le domaine sont quant à eux deux fois moins nombreux que la moyenne.

Cette situation fait en sorte qu'un tiers de la population active du secteur aérospatial canadien aura pris sa retraite d'ici environ cinq ans. Il est estimé que les entreprises canadiennes de l'aérospatiale auront besoin de 55 000 nouveaux travailleurs d'ici 2025.

«Si nous n'arrivons pas à pourvoir ces postes, au moment où l'industrie est en pleine croissance, nous risquons de voir des entreprises forcées de revoir leur niveau d'activités en sol canadien faute de main-d'oeuvre disponible», prévient l'AIMTA.

Il est proposé, entre autres, aux provinces de permettre une meilleure coordination entre les établissements d'enseignement et les besoins en entreprise, et de concevoir des programmes de mentorat pour assurer le transfert des connaissances entre les différentes générations.

Pour les travailleurs qui sont déjà sur le marché du travail dans un domaine qui évolue rapidement, il est proposé d'implanter une «culture de la formation continue», afin d'éviter que les travailleurs se retrouvent devant rien lors de mises à pied massives.