L'incinérateur à déchets de Québec

L’incinérateur est là pour rester, avertit Labeaume

Le maire sortant de Québec, Régis Labeaume, convient que les rejets toxiques de l’incinérateur à déchets municipal excèdent les taux acceptables, mais avertit que cet équipement industriel est là pour rester. La Ville injectera cependant des millions de dollars chaque année pour améliorer sa performance.

«Oui, on dépasse les normes de temps à autre, mais on va y arriver […] on va être capable d’arriver dans les normes», a soutenu M. Labeaume en entrevue matinale avec l’animateur de Radio-Canada, Claude Bernatchez. Pas question, donc, de fermer les fours à poubelles; l’incinérateur serait essentiel: «Il faut investir des millions chaque année, on n’a pas le choix. […] Il va falloir qu’on vive avec.»

«Si on pouvait le faire disparaître, ce serait extraordinaire», a-t-il ajouté un peu plus tard en mêlée de presse. «Mais ce n’est pas comme ça que ça se passe dans la vraie vie; ce serait mentir à la population. Ce qui est important, c’est d’arriver à une situation parfaite en terme d’émissions. Et c’est pour ça qu’on a repris le contrôle [de la gestion de l’incinérateur] puis qu’on met beaucoup de millions à chaque année.»

Résidents inquiets

L’élu en campagne répondait ainsi à un groupe de citoyens de Limoilou qui dénoncent la pollution chimique émise par l’incinérateur. Ceux-ci voudraient que l’administration municipale réduise le recours à cette source de contamination, pour finalement s’en débarrasser.

Ces voisins ont récemment écrit à la directrice générale du Centre hospitalier universitaire de Québec. Ils lui demandent de refuser l’achat de la vapeur de l’incinérateur municipal pour combler les besoins d’énergie de son futur mégahôpital qui poussera sur le site de l’Enfant-Jésus. Un projet moussé par la mairie qui escompte des revenus importants grâce à la vente de cette ressource «verte».

Les contestataires évaluent plutôt qu’un établissement de soins ne peut financer un pollueur au détriment de la santé des habitants du coin. Des préoccupations partagées par la direction du CHU de Québec qui a mandaté la Santé publique pour avoir l’heure juste. «On veut s’assurer que l’incinérateur répond aux normes», note une porte-parole, Geneviève Dupuis. «Le projet n’ira pas de l’avant si on n’a pas une réponse positive.»

Régis Labeaume se voulait rassurant jeudi matin. Et vantait les vertus écologiques du projet de vente de vapeur au centre hospitalier.

L’incinérateur produit déjà beaucoup de vapeur d’eau, plus qu’elle en vend, plaide-t-il. Celle-ci est rejetée dans l’atmosphère. Il ne serait donc pas nécessaire de brûler plus de déchets pour en envoyer vers le futur mégahôpital. Celui-ci pourrait ainsi remplacer une partie du combustible fossile utilisé actuellement par cette nouvelle source énergétique.

M. Labeaume résume: «Alors on prend ce qui s’en va dans l’atmosphère puis on l’envoie là-bas. Eux autres diminuent leurs coûts, diminuent leur empreinte écologique.»

Le magistrat ajoute que la Ville entend néanmoins réduire progressivement l’utilisation de l’incinérateur lorsque son projet de centre de biométhanisation verra le jour.

Et même avec des investissements nécessaires de 15 millions $ pour acheminer la vapeur vers l’hôpital, Régis Labeaume assure que des profits seront réalisés par la Ville. «Il y a des bénéfices au bout de ça pour nous autres.»