Les centres pour itinérants, notamment Lauberivière, sont débordés.

L'hébergement d'urgence pour itinérants en détresse

Les ressources d'hébergement d'urgence pour itinérants crient à l'aide. Depuis le début de l'année, le taux d'occupation frôle la pleine capacité, à telle enseigne que des lits de camp, une mesure d'exception pour pallier les débordements, sont utilisés presque une nuit sur deux.
Le directeur général de Lauberivière, Éric Boulay, avoue que «la situation n'a jamais été aussi critique» depuis son entrée en fonction, il y a plus de 18 ans. «Un soir, faute de place, il a fallu refuser 18 personnes. Les équipes de travail sont épuisées. Les employés se demandent si ça va finir un jour. Il faut faire quelque chose.»
M. Boulay et quelques intervenants locaux et provinciaux impliqués dans l'aide aux itinérants ont pris la parole, mardi, en conférence de presse, pour brosser un sombre portrait de la situation des centres d'hébergement d'urgence. Tous sont unanimes pour réclamer une aide financière gouvernementale afin d'endiguer le problème qui prend de l'ampleur depuis 2013. 
Thomas Fréchette, intervenant à l'Armée du Salut, dans le Vieux-Québec, explique que des lits de camps ont été utilisés à 375 reprises l'an dernier, une augmentation de 64% par rapport à 2015. «On manque de lits et de moyens pour accueillir les gens de façon digne et sécuritaire. Ça crée un profond malaise par rapport à nos valeurs.»
Chez les femmes itinérantes, la situation est «différente, mais tout aussi préoccupante». Depuis 2013, le taux d'occupation des centres d'hébergement a bondi de 18%, ce qui équivaut à 1940 nuitées supplémentaires.
«Vendredi soir, 11 femmes qui n'avaient pas d'endroit sécuritaire pour dormir se sont fait dire non par manque de place», dénonce Stéphanie Lampron, directrice des programmes sociaux de la YWCA Québec. Parmi ces femmes, une mère et ses trois enfants. «Nous avons ouvert une salle de réunion et installé quatre lits de camp. Cette situation qui se répète dans tous les organismes a assez duré.»
 «C'est inacceptable. Ça met énormément de pression sur les employés qui doivent expliquer qu'il n'y a plus de place disponible», ajoute Mme Lampron.
Seulement pour les deux premiers mois de l'année, les organismes d'aide aux itinérants de Québec ont compilé 230 refus par manque de place chez les hommes et 120 refus chez les femmes.
Situation alarmante
Pas seulement dans la capitale, mais à peu près partout en province, la situation ne cesse de se dégrader, constate Mathieu Frappier, du Réseau Solidarité Itinérance Québec. «La situation est alarmante dans l'ensemble du Québec. Ça va prendre une réponse forte pour éviter le pire.» Selon M. Frappier, le manque de ressources en régions contribue au phénomène de «l'exode vers les grands centres».
Au total, selon les chiffres fournis par le Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), la capitale dispose de 80 lits d'urgence pour accueillir les hommes (Lauberivière, Armée du Salut et Maison Revivre) et 26 pour les femmes (Lauberivière, YWCA et Projet L.U.N.E.).