LGBTQ2, l'acronyme qui grandit

On parlait naguère de la communauté gaie, de la communauté gaie et lesbienne puis de la communauté LGBT. Plusieurs ont découvert cette semaine que le gouvernement canadien privilégiait maintenant l’acronyme LGBTQ2. Par souci d’inclusion, d’autres organismes étirent même l’acronyme jusqu’à 11 caractères avec l’extralong LGBTQQIP2SAA. Même dans la communauté, les avis divergent sur la formule à utiliser.

Quelque part au milieu des années 80 aux États-Unis, le «B» de bisexuel a été ajouté au nom de la communauté gaie et lesbienne pour former l’acronyme LGB. Quelques années plus tard, des groupes d’activistes ont décidé d’y ajouter le «T» pour inclure la communauté trans.

C’est en 1996, et surtout chez les anglophones, que la lettre «Q» a commencé à être ajoutée à l’acronyme dans certains cercles. Elle représente «queer», un terme privilégié surtout chez les jeunes pour caractériser toute minorité sexuelle ou de genre. En 2016, la Gay and Lesbian Alliance Against Defamation (GLAAD), un organisme américain de veille médiatique, a d’ailleurs déterminé que LGBTQ était la formule à privilégier.

Malgré tout, l’acronyme a carrément explosé ces dernières années, parfois par l’ajout d’un second «Q» signifiant «questioning» pour les personnes s’interrogeant sur leur identité sexuelle ou de genre, d’un «I» pour intersexe, les personnes ayant à la fois des caractéristiques biologiques masculines et féminines, et d’un «P» pour pansexuel, une personne dont l’attirance sexuelle est sans distinction de sexe ou d’identité sexuelle.

Le «2S» ou seulement le chiffre 2, représente le terme «Two-Spirited» utilisé chez les autochtones pour décrire les personnes partageant deux genres ou deux identités sexuelles alors que les deux «A» identifient les asexuels, qui n’ont d’attirance sexuelle envers personne, et les alliés, qui ne font pas partie de la communauté, mais appuient tout de même leurs revendications.

Écoles de pensée

Louis-Filip Tremblay, directeur général de l’Alliance Arc-en-ciel de Québec, avoue qu’il y a plusieurs écoles de pensée sur le sujet. «Même les gens de la communauté ne s’entendent pas tous. Nous, on utilise le terme LGBT+, qui est plus court et plus amusant pour l’œil, mais on croit que la meilleure appellation est la diversité sexuelle et de genre (DSG), qui est encore plus inclusive», affirme-t-il.

M. Tremblay ajoute qu’en anglais, le terme «queer» utilisé seul s’impose de plus en plus dans la littérature. «Il y a tout de même des débats, car des gens, souvent des hommes gais, trouvent que l’acronyme est devenu tellement long! Cependant, les luttes sociales ont souvent réuni des gens qui autrement n’auraient pas été réunis, alors LGBTQIA2 ou d’autres variantes ne sont pas nécessairement mauvaises, car elles permettent d’identifier chaque partie», poursuit-il.

Il souligne d’ailleurs que l’organisme Gai Écoute est récemment devenu Interligne pour des raisons similaires. «Il y a encore des gens qui pensaient que ça s’adressait seulement aux hommes gais ou qui se demandaient si le service était aussi pour les femmes en raison de son nom, d’où l’importance d’être inclusif» explique M. Tremblay. Son organisme, autrefois appelé GLBT Québec, est d’ailleurs devenu l’Alliance Arc-en-ciel pour la même raison.

Inclusion

Coordonnatrice de la chaire de recherche sur l’homophobie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Marie Geoffroy indique pour sa part qu’elle essaie aussi d’utiliser le terme «diversité sexuelle et pluralité des genres». «Ce terme est d’ailleurs encore plus englobant que l’acronyme», plaide celle qui est préoccupée par la possibilité d’exclure des catégories de personnes.

La chaire utilise malgré tout le terme LGBTQ dans un projet de recherche. «Ce que permet l’acronyme, c’est de donner de la visibilité et de se sentir inclus. C’est particulièrement important dans le développement de l’identité, d’avoir des mots pour le décrire, encore davantage pour les jeunes. Dans ce sens, c’est important de laisser l’acronyme grandir», explique Mme Geoffroy.

Ce qui peut rendre l’acronyme difficile à comprendre ou compliqué à utiliser dans les communications permettrait ainsi, d’un autre côté, de comprendre que le vécu des gens n’est pas limité et d’éduquer aux différentes réalités.

L’alphabet LGBTQ

Marie-Pierre Boisvert, directrice générale du Conseil québécois LGBT, souligne de son côté que le Conseil utilise dorénavant le terme LGBTQ+ dans ses communications. «Et c’est important, car les gens s’identifient aux lettres. Avant 2013, nous étions le Conseil québécois des gais et lesbiennes et, en tant que bisexuelle, je ne suis pas sûre que j’aurais postulé si ça avait été encore ça!» fait-elle remarquer au sujet de l’ajout du «B» et du «T».

Mme Boisvert fait aussi remarquer que les gens qui subissent le plus de discrimination sont souvent «les lettres qu’on ne nomme pas». Par exemple les personnes intersexes, les «queer» ou celles en questionnement sur leur genre ou leur orientation.

«Nous sommes un mouvement d’inclusion et, pour donner un exemple, sans l’ajout de ‘‘2S’’, on oublierait les autochtones qui étaient beaucoup plus inclusifs et ont subi les effets de la colonisation», poursuit-elle, avouant cependant qu’on n’avait pas encore déniché un acronyme qui fasse l’unanimité.

«Malgré tout, cet alphabet LGBTQ demeure important, car les gens s’identifient aux lettres. Il nous permet d’expliquer ces lettres et pourquoi chacune a son importance», termine-t-elle.