En raison de la fusillade de dimanche à la mosquée de Sainte-Foy, les corps policiers auront davantage à l'oeil les groupes d'extrême droite.

L'extrême droite, aussi présente au Québec qu'il y a 28 ans

Près de 20 ans après la disparition de la Ligue antifasciste mondiale (L.A.M.) et 28 ans après sa naissance en 1989, l'extrême droite est encore aussi présente au Québec selon un ancien de cet organisme non gouvernemental.
«Vingt-huit ans plus tard, c'est encore la même chr... d'affaire. Le nom des groupes a changé, les écussons ont changé, on voit peut-être un peu moins de skinheads racistes aujourd'hui, mais il y a encore cette idéologie fast-food dans laquelle tu vas embarquer si tu n'as pas d'esprit critique», affirme, en entrevue téléphonique avec Le Soleil, Nicolas, un ancien de la L.A.M. Il préfère taire son nom de famille par peur de représailles et parce qu'il a cessé d'être un militant actif depuis plusieurs années.
«L'ennemi a changé également parce qu'on n'entend plus parler autant contre les juifs et les noirs et que les groupes et les personnes attirées par l'extrême droite s'en prennent davantage aux musulmans. Cependant, il n'y a pas vraiment de changement dans la façon de penser de ces groupes», poursuit-il.
De gang à OSBL
Née d'abord comme un gang de rue pour riposter à la violence de skinheads néonazis à Montréal, la L.A.M. était devenue dans les années 90 un organisme sans but lucratif en bonne et due forme. Elle avait des employés et recevait des subventions pour lutter contre le racisme, notamment en étudiant les groupes d'extrême droite et en donnant des conférences dans les écoles.
La L.A.M. est disparue d'elle-même vers la fin des années 90 quand la plupart de ses dirigeants ont terminé leurs études et sont allés travailler pour l'Organisation des Nations Unies (ONU), notamment en ex-Yougoslavie et au Rwanda.
Collaborant parfois avec la police et les services de renseignements, la L.A.M. faisait un travail d'enquête et de surveillance et avait aussi sa ligne téléphonique 1 800 INFOLAM, où les gens pouvaient dénoncer les activités des groupes d'extrême droite, en plus de publier un bulletin d'information. «On voulait faire de l'information, de l'éducation», affirme Nicolas.
Attentat déjoué
«Nous avions contribué à empêcher la tenue de plusieurs concerts néonazis et, en janvier 1992, nous avions aussi déjoué un attentat à la bombe incendiaire sur un immeuble de la rue Cuvillier, à Montréal, où résidaient des noirs», se souvient Nicolas. Deux leaders de la section montréalaise du Ku Klux Klan et une trentaine de jeunes skinheads néonazis avaient alors été arrêtés.
«À l'époque, il y avait vraiment un problème à Montréal avec des skinheads racistes bien identifiés qui se livraient à des actes de violence physique et d'intimidation dans certaines stations de métro et certains bars. Il fallait qu'on agisse et je pense qu'avec des interventions bien ciblées, notamment dans les médias, les mouvements d'extrême droite se sont essoufflés pendant un certain temps. Toutefois, c'est comme un pendule, ça va et ça vient», illustre-t-il.
Nicolas l'avoue, la L.A.M. aurait probablement eu beaucoup de difficulté à arrêter un attentat comme celui de la Grande Mosquée de Québec. «[L'auteur de la tuerie] n'était, semble-t-il, pas identifié à un groupe, il agissait davantage comme un loup solitaire. Quand ces gens travaillent seuls, il est beaucoup plus difficile d'enquêter sur eux. Est-ce que ça aurait été possible d'identifier un gars comme ça avant qu'il ne passe à l'acte? Je ne sais pas», concède-t-il.
Travail nécessaire
Cependant, cet ancien de la L.A.M. se réjouit de voir que le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence s'intéresse maintenant aussi aux groupes d'extrême droite. «Pour lutter contre l'extrême droite, on a besoin d'une certaine expertise indépendante, de gens qui font un travail de terrain. Ce n'est pas seulement un travail de sociologie. Il faut aussi savoir qui est avec qui, qui va où et ils font quoi pour bien comprendre ce qui se passe. Mais ça, ça demande des efforts, du temps et de l'argent.»
Il ajoute que les organismes culturels comme B'nai B'rith se préoccupent aussi d'extrême droite, mais que ce n'est pas leur première raison d'être ou leur objectif ultime. «Il faut un organisme qui puisse se consacrer à établir des bases d'information et à analyser ces groupes. C'est ce qui manquait à l'époque», poursuit Nicolas.
L'ancien de la L.A.M. croit que les mouvements d'extrême droite seront davantage ciblés par les policiers après l'attentat de Québec. «Je ne sais pas à quel point les gens de l'extrême droite étaient sur le radar de la police [avant l'attentat], mais c'est clair qu'ils vont maintenant y revenir.»