Même s’il est blanchi, Martin Noël renonce à reprendre son poste de directeur général de la TÉLUQ. La compensation de 260 000 $, payée par l’Université du Québec, fait en sorte qu’il ne pourra pas s’adresser aux tribunaux.

L'ex-dg de l’Université TÉLUQ Martin Noël blanchi et dédommagé

EXCLUSIF / L’enquête sur l’ex-dg de l’Université TÉLUQ Martin Noël a fait chou blanc. M. Noël réintégrera la TÉLUQ comme professeur et recevra un dédommagement de 260 000 $ pour le tort causé à sa carrière.

Le Soleil a appris qu’une entente à l’amiable a été signée le 30 mai entre M. Noël et l’Université du Québec, le réseau public dont fait partie la TÉLUQ. Cette entente met un point final à l’enquête qui avait été déclenchée l’été dernier par l’ex-ministre de l’Enseignement supérieur Hélène David sur la gestion de cette université à distance.

Aucune accusation criminelle n’a été déposée contre l’ex-directeur général et aucune sanction administrative n’a été imposée à la TÉLUQ. 

En août et en septembre 2018, M. Noël a envoyé deux mises en demeure au ministère de l’Éducation parce qu’il estimait que les raisons pour lesquelles il a été relevé de ses fonctions étaient diffamatoires, portaient atteinte à sa réputation, lui causaient du stress, de l’isolement social et avaient un impact irrémédiable sur sa carrière. 

Même s’il est blanchi, M. Noël renonce à reprendre son poste de directeur général de la TÉLUQ. La compensation de 260 000 $, payée par l’Université du Québec, fait en sorte qu’il ne pourra pas s’adresser aux tribunaux. 

«M. Noël a décidé de retourner à l’enseignement et, par le fait même, a démissionné de son poste de directeur général. Il n’est donc plus suspendu. La vérification, quant à elle, est terminée», confirme au Soleil Esther Chouinard, responsable des relations de presse au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. 

Dans une communication transmise à l’interne vendredi, le directeur général par intérim de la TÉLUQ, André G. Roy, se disait «heureux» du retour de M. Noël au sein de l’établissement. 

Flou

Nancy Turgeon, présidente du Syndicat des tuteurs et tutrices de la TÉLUQ, demeure quant à elle sur sa faim et réclame plus de transparence. «On reste un peu dans le flou et on se demande si cet enjeu-là a été pris au sérieux. Les pratiques de gouvernance doivent changer, au-delà de la personne qui est à la tête de l’université», a-t-elle réagi lundi. 

Rappelons qu’en juillet 2018, l’ex-ministre libérale Hélène David a relevé temporairement M. Noël de ses fonctions parce qu’elle était troublée par de «sérieuses anomalies» dans la gestion des contrats de l’Université TÉLUQ. C’est un rapport d’enquête interne portant sur le contrat qui liait cette université à l’Institut MATCI de Montréal qui lui a mis la puce à l’oreille. Ce rapport n’a jamais été rendu public. 

Une source indique au Soleil qu’il y avait bel et bien des irrégularités «mineures» à la TÉLUQ, notamment en ce qui a trait à l’aide financière aux études, mais rien qui ne justifie la suspension de M. Noël. La TÉLUQ n’a plus de contrat avec l’Institut MATCI depuis l’automne dernier. 

Eaux troubles

Cette université, qui offre des cours à distance à des milliers d’étudiants partout au Québec, navigue en eaux troubles depuis plusieurs mois. Ses 200 tuteurs ont déclenché une grève générale illimitée qui dure depuis maintenant quatre mois, parce qu’ils craignent de perdre leurs emplois au profit de sous-traitants. 

Cette grève fait en sorte que des travaux ne sont pas corrigés et que des examens sont reportés. Pour la session d’été, l’université a ouvert seulement la moitié des cours qui sont normalement offerts. L’université reconnaît que les inscriptions ont fondu et que cette grève a des impacts sérieux sur ses étudiants, surtout ceux qui étudient au baccalauréat. 

La semaine dernière, les députés Gabriel Nadeau-Dubois (Québec solidaire) et Marwah Rizqy (Parti libéral du Québec) ont fait une sortie en compagnie de représentants syndicaux parce qu’ils s’inquiètent pour le futur de cette université à distance. M. Nadeau-Dubois a réclamé que le ministre de l’Enseignement supérieur Jean-François Roberge annonce «ses intentions quant à l’avenir de la TÉLUQ et au modèle de la TÉLUQ».