Lévis mise sur des voies réservées pour les bus

Pour remplacer le service rapide par bus (SRB), la Ville de Lévis mise sur l'ajout de voies réservées pour les autobus aux points de congestion du boulevard Guillaume-Couture, la réfection de la route des Rivières et la priorité aux bus aux feux de circulation. Il est aussi question d'électrifier la flotte, sans toutefois l'augmenter. Les gros travaux pourraient débuter en 2019.
Chose promise, chose due. Le maire Gilles Lehouillier a dévoilé jeudi, avant les vacances, les fondations du nouveau réseau de transport en commun qu'il veut mettre en place à Lévis.
«Notre rapport est axé sur une mobilité durable, efficace et sur mesure. J'insiste : sur mesure, qui respecte le besoin des usagers et la capacité de payer des contribuables», a martelé M. Lehouillier, deux mois après s'être retiré du projet de SRB qu'il jugeait démesuré et trop cher.
Son administration veut sortir les autobus de la Société de transport de Lévis (STLévis) de la congestion, qui nuit à leur rapidité et à leur attractivité. Pour cela, il est suggéré d'ajouter des voies réservées au transport en commun sur Guillaume-Couture (132) près du siège social de Desjardins, entre la route du Président-Kennedy et la route Monseigneur-Bourget, un projet discuté depuis des années. Celles qui existent dans le secteur Saint-Romuald seraient étirées de la rue du Sault jusqu'à la rue de Mercure.
Pour la route des Rivières (116), à Saint-Nicolas, M. Lehouillier interpelle le ministère des Transports du Québec (MTQ) afin qu'il réalise le boulevard urbain présenté à la population en 2011. L'axe gagnerait une voie pour les automobiles et des trottoirs. Les voies réservées et la piste cyclable seraient confirmées. Il y a aussi de la densification au programme.
Pour l'ensemble du territoire, cela représente 7,4 kilomètres de voies réservées, en incluant les 3,3 kilomètres qui existent déjà sur la route des Rivières, mais ne répondent pas aux normes d'aménagement actuelles du MTQ. L'intention est d'y permettre le covoiturage dès qu'il y a deux personnes à bord.
Image tirée du rapport «Une mobilité durable, efficace et sur mesure pour Lévis»
Lévis hésite entre des voies réservées latérales dont le coût est estimé à 55 millions $, ou au centre de la chaussée, pour 79 millions $. Le gouvernement provincial est invité à contribuer - habituellement les subventions au transport en commun tournent autour de 75 % - en vue d'une première pelletée de terre en 2019. Québec ramasserait également la facture estimée à 80 millions $ du réaménagement de la route des Rivières, une route provinciale, a précisé le maire Lehouillier.
La municipalité prévoit également donner la priorité aux autobus aux feux de circulation, ce qui implique de les synchroniser d'abord et de doter les véhicules de GPS. La localisation des stations serait revue et leur confort, augmenté. Le service serait offert avec 88 bus, comme maintenant, mais ceux-ci seraient électrifiés à partir de 2023. Le réseau de la Société de transport de Lévis (STLévis) serait également revu pour rabattre les usagers des quartiers résidentiels vers les axes principaux où circulent les autobus lévisiens, le pendant des Métrobus à Québec.
Ces mesures qualifiées de «complémentaires» seront financées à même le programme triennal d'immobilisations de la Ville de Lévis, a indiqué le maire, incapable de les chiffrer.
La première étape est toutefois de financer les études en vue de la préparation des plans et devis. Après quoi une consultation sera menée auprès de la population, possiblement cet automne ou cet hiver.
Pas d'interconnexion
Le rapport présenté jeudi ne dit pas un mot de «l'interconnexion» avec le réseau de transport collectif de Québec, même si Gilles Lehouillier dit toujours la souhaiter. Pour l'heure, il est prévu que les autobus express, appelés «parlementaires», continuent d'aller porter des usagers sur la rive nord.
Le directeur général d'Accès transports viables, Étienne Grandmont, était à Lévis pour l'annonce. Il croit que les usagers du transport collectif pourraient être gagnants si les autobus n'ont plus à subir le trafic. Il craint toutefois que l'ajout d'une voie pour les automobiles ainsi que le covoiturage à deux nuisent à l'attrait du transport en commun. «Il faut s'assurer d'une bonne connexion entre le service de transport en commun qui va être offert à Lévis et celui de Québec», prévient-il également.
Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l'environnement (CRE) de la Capitale-Nationale, n'a pas caché sa déception. «Comme toutes les banlieues, Lévis, c'est une ville de resquilleurs qui veut continuer à développer la mobilité à des coûts raisonnables pour la population de Lévis. Ça veut dire qu'on va demander au gouvernement du Québec de payer pour nos choix, payer pour nous», a-t-il accusé.
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Le ministre intéressé
Le ministre des Transports, Laurent Lessard, a reçu «avec beaucoup d'intérêt» le nouveau plan de transport en commun de Lévis.
C'est ce qu'a fait savoir jeudi l'attaché de presse Mathieu Gaudreault. «On a dit qu'on allait aider les villes de Québec et de Lévis avec leurs projets de transport en commun. On a encore une volonté forte de les aider, mais il faut analyser pour voir si ça répond à nos programmes et si ça ne répond pas, comment faire pour les appuyer.»
M. Gaudreault affirme que les projets du boulevard Guillaume-Couture et de la route des Rivières seront étudiés «d'un seul bloc». Il ne peut toutefois dire si cela aura pour effet de soumettre le plan à la directive sur les grands projets de plus de 100 millions $, ce qui peut entraîner des délais dans l'analyse. Les fonctionnaires trancheront.
Le maire de Québec Régis Labeaume a pour sa part «pris la décision de ne pas commenter», a fait savoir son attaché de presse Paul-Christian Nolin.