Les services secrets américains ont informé le bureau de Washington du FBI qu’ils avaient intercepté au centre de tri de la Maison-Blanche une lettre en provenance du Canada et destinée au président Trump qui contenait une substance blanche et poudreuse.
Les services secrets américains ont informé le bureau de Washington du FBI qu’ils avaient intercepté au centre de tri de la Maison-Blanche une lettre en provenance du Canada et destinée au président Trump qui contenait une substance blanche et poudreuse.

Lettres empoisonnées envoyées à Trump: Pascale Ferrier conteste les accusations

Ugo Giguère
La Presse Canadienne
Michel Saba
La Presse Canadienne
Pascale Ferrier, cette Québécoise soupçonnée d’être l’auteure de lettres empoisonnées envoyées aux forces de l’ordre américaines ainsi qu’à la Maison-Blanche, a été officiellement accusée de menaces envers le président des États-Unis. Elle conteste cependant être la véritable personne visée par les accusations.

Lors de sa première comparution devant la Cour fédérale du Western District of New York, mardi après-midi, le juge H. Kenneth Schroeder Jr. lui a assigné une avocate du service public, Fonda Dawn Kubiak. Il a également accepté d’enregistrer un plaidoyer de non-culpabilité en son nom, bien que cela n’était pas nécessaire à cette étape.

La prévenue et son avocate ont ensuite réclamé la tenue d’une enquête préliminaire ainsi que d’une enquête sur son identité. Ce qui laisse croire qu’elle entend contester être la véritable personne visée par le mandat d’arrestation et les accusations déposées à son endroit.

«Elle est présumée innocente et n’a renoncé à aucun de ses droits», a écrit Me Kubiak dans un courriel en réponse à une demande de précision.

La poursuite et la défense se sont entendues pour suspendre l’audience jusqu’au lundi 28 septembre. Le juge Schroeder entend alors procéder avec les requêtes d’authentification de l’identité de l’accusée, l’enquête préliminaire ainsi que la demande de la poursuite afin que l’accusée demeure détenue.

Le procureur Timothy Lynch réclame le maintien en détention de l’accusée en raison de la nature grave du crime reproché ainsi que du risque considéré élevé qu’elle quitte les États-Unis.

Le procureur Lynch a également annoncé que l’agent de la police fédérale responsable de l’enquête sera présent à l’audience afin d’identifier formellement l’accusée.

«Retirez votre candidature»

«Abandonnez et retirez votre candidature», peut-on lire dans la lettre envoyée au président américain Donald Trump et dont Pascale Ferrier serait l’auteure selon une déclaration sous serment rédigée par l’agent Jonathan Preston de la police fédérale américaine (FBI).

La lettre menaçante expédiée à la Maison-Blanche contenait également de la ricine.

Des tests ont révélé qu’il s’agit de ricine, une protéine de plante extrêmement toxique pouvant causer la mort et qui n’a pas d’antidote connu.

«J’ai donc préparé un “cadeau spécial” pour que vous preniez cette décision. Ce cadeau est dans cette enveloppe. Si ça ne fonctionne pas, je trouverai une meilleure recette pour un autre poison, ou je pourrais utiliser mon arme quand je pourrai venir», continue-t-elle.

L’agent du FBI dit croire que la Québécoise âgée de 53 ans a «sciemment et délibérément» menacé de tuer le président des États-Unis et de lui infliger des blessures.

L’agent Preston raconte que vendredi, vers 9h, les services secrets américains ont informé le bureau de Washington du FBI qu’ils avaient intercepté au centre de tri de la Maison-Blanche une lettre en provenance du Canada et destinée au président Trump qui contenait une substance blanche et poudreuse.

Six autres lettres similaires ont été interceptées au Texas le mardi 15 et le mercredi 16 septembre, a précisé l’agent Preston. Elles provenaient également du Canada et étaient destinées à des personnes travaillant dans des pénitenciers de l’État.

Le vocabulaire employé dans ces autres lettres était similaire à celui contenu dans celle envoyée au président Trump. Elles étaient destinées «à des personnes affiliées à des établissements dans lesquels l’accusée avait été hébergée pendant son incarcération au Texas en 2019».

Dans sa déclaration, l’agent Preston indique que les policiers ont relevé les empreintes digitales de Pascale Ferrier sur plusieurs lettres et que la femme a utilisé le mot-clic #KillTrump (Tuer Trump) sur les réseaux sociaux.

Lorsqu’elle a tenté d’entrer aux États-Unis par le poste frontalier de Buffalo, dans l’État de New York, dimanche, la femme aurait déclaré aux douaniers qu’elle était recherchée par le FBI pour des lettres contenant de la ricine.

Elle était en possession d’une arme à feu chargée dans sa ceinture, ainsi que d’un couteau.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a mené lundi une opération majeure à la demande du FBI pour perquisitionner un immeuble à logements de l’arrondissement Saint-Hubert, à Longueuil.

L’équipe d’intervention en cas d’incident chimique, biologique, radiologique, nucléaire et explosif, une unité spécialisée composée des Forces armées canadiennes et de la GRC, a été mise à contribution, avec le soutien des policiers et des pompiers de Longueuil.

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CE QUE L'ON SAIT SUR PASCALE FERRIER

Pascale Ferrier

Une femme «agréable», «polie», «très très gentille», «dévouée», «tout ce qui a de plus normale». C’est ainsi que des gens qui ont croisé le chemin de Pascale Ferrier décrivent la femme soupçonnée d’être l’auteure de lettres empoisonnées envoyées aux forces de l’ordre américaines ainsi qu’à la Maison-Blanche.

Développeuse de logiciels de formation et originaire de France, Pascale Ferrier est devenue citoyenne canadienne en février 2015 selon sa page Facebook.

La mère de famille a travaillé comme responsable de la configuration de logiciels par le biais d’une agence de placement.

Dernièrement, elle avait confié à une connaissance qu’elle était devenue salariée.

«Rien ne me laissait croire qu’elle pouvait pratiquer des actions illégales, avoir des antécédents ou quoi que ce soit d’autre. Je suis honnêtement surprise et choquée par ces révélations» a indiqué à La Presse Canadienne cette personne qui préfère garder l’anonymat.

«La Pascale Ferrier que j’ai connue était tout ce qu’il y a de plus normale», a-t-elle ajouté.

Pascale Ferrier avait récemment emménagé sur la Rive-Sud de Montréal, mais des documents publics montrent qu’elle a également vécu à Laval, dans les dernières années. Ces documents indiquent qu’en 2018, elle avait accumulé un passif de 248 642 $ contre des actifs de 222 441 $, selon des montants autodéclarés.

Après un séjour de quelques mois aux États-Unis en 2019, elle a travaillé plusieurs mois dans une petite épicerie au sud de Montréal. Luc Gagnon, le propriétaire du magasin, a déclaré qu’elle n’avait jamais discuté de politique ni de son séjour aux États-Unis.

«C’était une employée dévouée, une travailleuse acharnée», a déclaré Luc Gagnon mardi.

Alors que Pascale Ferrier avait cessé de travailler au magasin en février dernier, Luc Gagnon a déclaré qu’il la voyait deux à trois fois par semaine à son magasin dans un quartier ouvrier de Longueuil.

Il a précisé qu’il avait vu Pascale Ferrier pour la dernière fois samedi, une journée avant son arrestation, et qu’elle était comme d’habitude, c’est à dire bavarde. «Tout semblait normal, comme d’habitude», a déclaré l’épicier.

«Samedi, elle a dit qu’elle allait faire des courses, sa routine quotidienne.»

L’homme s’est dit «choqué et surpris» d’apprendre qu’elle avait été arrêtée.

Un voyage aux États-Unis qui tourne mal

Selon des publications sur Facebook, Pascale Ferrier a quitté le Canada pour le Texas en octobre 2018 à bord d’une autocaravane avec l’intention de passer plusieurs mois à vivre dans cet État, où selon une connaissance, elle avait de la famille. En juin 2019, elle a écrit qu’elle rentrait au Canada, traversant la frontière du Manitoba sans problème.

Toutefois, elle a passé du temps en prison à Mission, au Texas, en mars 2019 pour un chef d’accusation de falsification de documents gouvernementaux et deux chefs d’accusation de possession illégale d’une arme.

La police de Mission avait arrêté Pascale Ferrier après l’avoir trouvée dans un parc, après les heures d’ouverture, dans son autocaravane. Selon son avocat commis d’office, Alberto Osorio, elle avait d’abord refusé de s’identifier.

La police avait ensuite effectué une fouille et avait trouvé un faux permis de conduire du Texas et deux armes à feu, selon la police et le procureur.

Le procureur du district Ricardo Rodriguez Jr. a déclaré que son bureau ne l’avait pas officiellement accusée de port illégal d’arme, car il ne pensait pas qu’il serait possible d’obtenir une condamnation.

L’accusation de falsification de documents gouvernementaux a été rejetée en mai 2019, en partie parce que Pascale Ferrier faisait face à l’expulsion par les services d’immigration et de douane des États-Unis, a déclaré Ricardo Rodriguez.

Selon lui, il n’y avait aucun signe que la femme de 53 ans posait un danger à l’époque. Elle a coopéré avec la police lorsqu’elle a été arrêtée et il n’y avait rien de suspect sur le fait qu’elle avait des armes à feu, a-t-il dit, ajoutant que les armes n’avaient pas été pointées sur la police lors de l’arrestation.

«J’aurais aimé que nous ayons une boule de cristal pour savoir ce qui se passerait», a-t-il déclaré.

Lundi, le shérif Eddie Guerra du comté d’Hidalgo, dans le sud du Texas, a confirmé que des lettres contenant de la ricine lui avaient été envoyées ainsi qu’à trois membres de son personnel de détention.

Une lettre, qui aurait contenu de la ricine, a également été reçue au siège de la police de Mission la semaine dernière, a déclaré l’enquêteur Art Flores, porte-parole du département. La police de Mission avait été avertie de la lettre et l’avait remise au FBI avant son ouverture, a-t-il indiqué.

L’avocat Alberto Osorio a déclaré qu’il était surpris d’entendre le nom de Pascale Ferrier mentionné dans le cadre de l’envoi postal contenant de la ricine.

«Mme Ferrier a toujours été très, très gentille, très agréable, très respectueuse envers moi et tout le monde autour de nous», a-t-il déclaré.

Lors de sa première comparution devant la Cour fédérale du Western District of New York, mardi après-midi, Pascale Ferrier portait une combinaison de prison beige, elle avait les mains liées à une chaîne autour de sa taille et portait un masque bleu qui couvrait une grande partie de son visage. (Jacob Serebrin, Sidhartha Banerjee et Stéphane Blais, La Presse Canadienne)