La commission scolaire Prairie Valley, près de Regina, a créé des toilettes communes dans tous ses établissements. Elle a passé un an à créer sa politique sur la diversité. Aucune plainte pour atteinte aux droits de la personne ne l'a poussée à agir.

Les toilettes non «genrées» en hausse

Une petite image d'une toilette noire sur un fond blanc, au-dessus du mot «toilettes», est devenue un signe important d'inclusion pour une commission scolaire rurale de la Saskatchewan.
La commission scolaire Prairie Valley, près de Regina, a créé des toilettes communes dans tous ses établissements, incluant les écoles primaires.
Le directeur des services éducatifs, Ben Grebinski, explique qu'il était important d'inclure les écoles primaires, parce que les enfants transgenres de tous âges ont besoin de l'appui du personnel enseignant.
«Vous ne pouvez traiter différemment un enfant de cinq ans et un autre de 17 ans. Lorsque vous devenez familiers avec leurs préférences, que vous en êtes conscients, vous devez pouvoir les accommoder», estime-t-il.
La commission scolaire a passé un an à créer sa politique sur la diversité. Aucune plainte pour atteinte aux droits de la personne ne l'a poussée à agir. Les parents ont été consultés.
«Nous avons fait face à un peu d'opposition dans certaines circonstances, parce que les gens étaient un peu mal à l'aise avec cette idée», a admis M. Grebinski.
«Et nous nous sommes aperçus que dès que les gens réalisaient notre objectif et le fait que notre intention était tout simplement d'offrir un peu d'humanité, une occasion de s'exprimer et d'être véritablement qui ils sont sans aucune aliénation, les gens ont été très prêts à l'accepter, donc franchement, nous n'avons pas eu de défis ou d'obstacles.»
Le Dr Kristopher Wells, professeur à l'Institut d'études sur les minorités sexuelles de l'Université de l'Alberta, croit que les écoles primaires deviennent les premières lignes pour les parents qui cherchent du soutien pour leurs enfants en transition.
«Il n'est plus rare de travailler pour appuyer des enfants transgenres aussi jeunes que six ou sept ans, a-t-il souligné. Ultimement, c'est une question de sécurité et d'inclusion dans les écoles, et si les élèves ne se sentent pas en sécurité et qu'ils ne se sentent pas inclus, ils ne pourront pas apprendre.»
Le Dr Wells, en collaboration avec deux professeurs transgenres, a produit un guide à l'intention de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants sur la façon d'appuyer les enfants transgenres.
Leurs recommandations incluent la création d'une politique scolaire pour s'assurer que tous les élèves transgenres puissent utiliser une toilette correspondant à leur identité de genre. Si les élèves ne sont pas à l'aise d'utiliser ces toilettes, le guide suggère aux écoles de fournir l'accès à une toilette privée ou à celle réservée au personnel.
«Vous commencez avec l'enfant et vous allez vers l'extérieur, illustre M. Wells. La décision leur appartient, à eux et à personne d'autre. C'est pourquoi nous avons des problèmes lorsque nous leur disons : «Vous ne pouvez utiliser que cette toilette.»»
Il donne en exemple l'histoire d'une famille d'Edmonton qui a déposé une plainte contre une commission scolaire après que leur fille transgenre de sept ans s'est vu refuser l'accès à une toilette pour filles. L'élève ne souhaitait pas utiliser une toilette non «genrée».
Directives provinciales en Alberta
Les commissions scolaires de l'Alberta ont depuis reçu des directives indiquant que les élèves avaient le droit d'utiliser les toilettes et les vestiaires correspondant à leur identité de genre. Les directives précisent que les écoles devraient prévoir une toilette simple et non «genrée» pouvant être utilisée par tout élève pour n'importe quelle raison, mais notent également que les élèves ne devraient pas être forcés de l'utiliser à moins qu'ils ne le souhaitent.
Le Dr Wells croit que des commissions scolaires de tous les territoires et pro vinces ont sans doute reçu des plaintes pour non-respect des droits de la personne liées à l'identité de genre. Il précise cependant que ces plaintes se rendent rarement jusqu'au juge parce que les deux parties arrivent généralement à s'entendre grâce à la médiation.
Il pense qu'un cas se rendra sans doute un jour jusqu'en Cour suprême et que l'identité de genre sera protégée comme l'est l'orientation sexuelle.
«C'est écrit dans le ciel que c'est la direction dans laquelle va la société canadienne, a-t-il avancé. Je devrais peut-être plutôt dire que c'est clairement écrit sur les murs des toilettes.»
Ou, comme l'indique une affiche sur la porte d'une toilette non «genrée» d'une école secondaire de la Colombie-Britannique : «Peu importe. Assure-toi seulement de te laver les mains.»