Maxime Fiset, lors d'une conférence à propos de la radicalisation sur Internet, le 31 octobre 2016.

Les tentatives d'infiltration politique de l'extrême droite

Option nationale s’est tout récemment allié avec le parti de gauche Québec solidaire. Cinq ans plus tôt, des militants d’extrême droite du Québec avaient tenté d’infiltrer le jeune parti politique, une tentative qui n’avait cependant pas été couronnée de succès.

L’ex-skinhead néonazi Maxime Fiset, maintenant chargé de projet au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, se souvient très bien de cette tentative ratée et d’une autre, partiellement réussie, pour infiltrer le Parti indépendantiste. Il avait en effet été directement impliqué dans ces manœuvres politiques.

«Au Québec, il y a deux façons de s’engager en politique: tu crées ton parti ou tu en joins un autre. L’avantage, quand un parti est déjà créé et qu’il est très petit, c’est qu’il devient facile à hijacker même quand tu es un groupe d’une quarantaine de personnes», explique M. Fiset en entrevue avec Le Soleil.

«Quand il y a 35 personnes dans la salle et que 25 disent la même chose, ça peut faire pencher la balance très rapidement», souligne celui qui a autrefois fait partie du gang néonazi Sainte-Foy Krew et qui a fondé la Fédération des Québécois de souche.

C’est ce qui s’était passé lors de l’infiltration du Parti indépendantiste à la fin de 2009. «Des gens de Sainte-Foy Krew et d’autres groupes d’extrême droite du Québec comme la Fédération des Québécois de souche et Légion nationale allaient voir leur monde et leur disaient de donner 5 $ chacun pour une carte de membre du Parti indépendantiste. Quand tu arrives avec 40 nouveaux membres, tu demandes une place sur l’exécutif national et tu l’obtiens», explique Maxime Fiset.

Noyautage du Parti indépendantiste

Ainsi, les groupes d’extrême droite ont pu noyauter le jeune parti qui avait été fondé en février 2008 et y faire circuler son message d’opposition à l’immigration.

Les groupes d’extrême droite avaient également réussi à placer certains de leurs membres dans certains exécutifs régionaux et même dans les hautes instances du parti. Sébastien Moreau, un suprémaciste blanc de Québec qui était membre du Sainte-Foy Krew, avait même réussi à devenir président du comité exécutif dans Louis-Hébert et responsable des communications internes du parti.

«Quand nous sommes arrivés là, il y avait beaucoup de membres âgés dans le Parti indépendantiste. Nous n’avions pas seulement le nombre, mais des membres actifs qui contribuaient financièrement. L’aventure a pris fin quand Le Soleil a révélé que des militants d’extrême droite avaient joint le parti. Il devenait alors difficile pour le Parti indépendantiste de justifier la présence de néonazis notoires dans ses rangs», poursuit Maxime Fiset.

Nouveau coup en 2012

L’extrême droite a tenté le coup une nouvelle fois en 2012, cette fois avec un parti qui n’était vieux que de quelques mois, Option nationale. «Nous avions un recruteur de Charlesbourg qui était membre de groupes d’extrême droite et qui était alors mon meilleur ami. Il vendait beaucoup de cartes d’Option nationale dans notre milieu. L’idée était que le parti était souverainiste, mais, au départ, ni à droite, ni à gauche. Alors on se disait qu’on pourrait le faire pencher à droite en l’infiltrant.»

Cette fois, c’est le Printemps érable qui a fait basculer la tentative d’infiltration, raconte Maxime Fiset. «À cause du Printemps érable, Option nationale s’est mis à recruter énormément de nouveaux membres qui étaient plutôt à gauche. On a vite constaté que ça ne fonctionnerait pas, qu’on ne pourrait pas prendre le contrôle de ce parti qui a finalement grandi très vite.»

Selon Maxime Fiset, des tentatives d’infiltration comme celles-là pourraient de nouveau être tentées à l’avenir, mais actuellement les mouvements d’extrême droite semblent plutôt intéressés à créer de toutes pièces leurs propres partis politiques.

«On le voit avec le Mouvement traditionaliste du Québec et le Parti action, qui tentent tous les deux d’être reconnus par le Directeur général des élections», explique M. Fiset. Le Mouvement traditionaliste a été fondé par un ex-membre du groupe d’extrême droite Pegida Québec, Sébastien Poirier, alors que le Parti action a été créé par le fondateur et ancien chef de La Meute, Éric Venne.

«Pour un groupe d’extrême droite, un parti politique est une façon de se payer une campagne de relations publiques. Si tu présentes quelques candidats, les médias finiront par parler de toi et ça amène de l’eau au moulin», conclut-il.