Les sorciers de Saint-Jean de l’île d’Orléans et leurs lanternes

L’été, ça grouille de monde à Saint-Jean de l’île d’Orléans, mais pendant l’hiver, le village s’endort. Le chemin pour le traverser est sombre, les maisons sont plongées dans un noir glacial. Depuis quatre ans, les citoyens y ont redonné un peu de lumière avec un unique concept de calendrier de l’avent géant.

Chaque jour, depuis le 1er décembre, une nouvelle grosse lanterne rouge s’allume à l’entrée d’une des maisons du village. Et le jeu se répète jusqu’au 24 décembre, où toutes les lanternes restent allumées jusqu’au 6 janvier. Avec cette lanterne toute significative s’ajoutent d’autres sortes de décorations lumineuses de Noël sur chacune des maisons. Et les foyers qui ne représentent pas un jour de calendrier accrochent de plus petites lanternes, pour participer elles aussi à enjoliver l’hiver.

Ce concept est l’initiative de quelques citoyens, ils souhaitaient transformer le mois le plus sombre de l’année par un mois plus brillant, plus festif. 

«Des initiatives comme celle-là, c’est ce qui rend notre village beau, c’est ce qui l’empêche de mourir», exprime Pierre Lahoud, citoyen de Saint-Jean depuis plus de 40 ans. 

M. Lahoud trouvait qu’une certaine «grisaille» s’installait au village lorsque la moitié de ses habitants pliaient bagage au même moment que les dernières journées chaudes de l’automne. Il trouvait la situation dommage, étant donné qu’il considère Saint-Jean comme l’un des plus beaux villages du Québec.

Maintenant, lorsque l’on visite l’île d’Orléans, et qu’on traverse le village de Saint-Jean, c’est toute une série de lumières et de lanternes qui se trouvent sur notre passage. 

Des lanternes pour les sorciers

Pourquoi des lanternes pour allumer le calendrier de l’avent? M. Lahoud et le groupe de citoyens cherchaient quelque chose de significatif. «On ne peut pas prendre les lutins de Saint-Élie-de-Caxton et les amener dans notre village, il faut trouver quelque chose qui nous représente», donne-t-il à titre d’exemple.

En fait, un tel calendrier de l’avent géant existe aussi en Suisse, et Saint-Jean voulait s’en inspirer, sans copier complètement le concept. L’historien de formation a donc pensé à cette vieille histoire qui concerne les habitants de l’île, celle qui disait qu’ils étaient tous des sorciers. 

«Depuis le 18e siècle, on surnomme les habitants de l’île d’Orléans les sorciers. Le soir, lorsqu’ils allaient chercher les poissons dans les pièges, ils y allaient avec une lanterne. Et les lanternes bougeaient pendant les travaux. Puis les gens de la Rive-Sud voyaient les lanternes bouger et c’était la panique à bord, ce sont des sorciers! On a repris cette thématique-là», raconte M. Lahoud.

Toutes ces lanternes sont fabriquées à la main, les grosses comme les plus petites. 

Une communauté

Pour se procurer une lanterne, il faut absolument venir participer à sa création lors des ateliers. La municipalité finance d’ailleurs l’activité ainsi que l’éclairage spécial de l’église et du cimetière. Plus de 200 villageois et leurs amis ont pris part à ces ateliers, pour avoir une petite lanterne juste à eux. 

«C’est ça qui est beau! Les citoyens ont pu se rapprocher et échanger lors des ateliers. On a tous participé ensemble au projet, pour rendre plus vivant et plus beau notre village», se réjouit M. Lahoud.

Le projet ne s’est pas arrêté là. Chaque samedi, une chorale se promène dans le village, de maison en maison, pour chanter les ballades de Noël. Puis le dernier samedi avant Noël, la chorale se déplace à l’église de Saint-Jean pour son spectacle, et l’endroit se remplit rapidement. 

«Quand on fait les chants à l’extérieur, tout le village est dans la rue. On sert du chocolat chaud et les gens se parlent, il y a un esprit communautaire qui est en train de se créer. Les gens restés au village durant l’hiver tissent des liens, une communauté s’est installée. C’est magique.»

M. Lahoud espère maintenant que ce concept unique voyage, le village de Saint-François pourrait avoir sa propre couleur de lanternes. Même chose pour le reste de l’île, ou pour d’autres villages dans la province. «C’est une façon de s’approprier l’hiver.»