Les autorités se disent en mode stratégie pour l’instant, et préfèrent évaluer les risques potentiels avant d’intervenir de manière plus concrète. La situation sera réévaluée d’heure en heure, sur place.

Les sinistrés de Duberger-Les-Saules figés dans l'attente

Les pelles mécaniques et l’équipement spécialisé avaient beau être déjà sur place, dimanche, le débit très élevé de la Saint-Charles empêchait les équipes de s’en servir pour défaire l’embâcle qui a inondé soudainement, samedi, deux rues du secteur Duberger-Les-Saules.

«Présentement, les débits sont vraiment trop élevés pour pouvoir commencer à travailler avec la machinerie, indiquait le porte-parole du Service de protection contre l'incendie de la Ville de Québec, Bill Noonan, en fin d’après-midi. Si on se met à défaire l’embâcle tout de suite, ça peut être dangereux pour l’opérateur de la pelle mécanique, et il peut y avoir des gros morceaux qui vont partir avec le courant et qui vont créer un autre embâcle plus loin. […] Mais une brèche a été faite proche du boulevard Père-Lelièvre, donc c’est stable.»

D’après des données du Centre d’expertise hydrique du Québec, il coulait environ 10 mètres cubes par seconde (m3/s) dans la Saint-Charles (à 800 m en amont de la Lorette) depuis le début du mois, soit quelques m3/s au-dessus de la normale. Mais le redoux et les 30 millimètres de pluie qui sont tombés la fin de la semaine dernière ont rapidement gonflé la rivière jusqu’à 50 m3/s en milieu de journée, samedi, après quoi l’embâcle et le refoulement ont empêché le débitmètre du CEHQ de bien fonctionner.

L’embâcle s’est formé sous le pont du boulevard du Père-Lelièvre et l’inondation qui s’est ensuivie fut si subite, samedi, que des témoins l’ont décrite comme «une vague de trois pieds». Ce sont les riverains des avenues St-Léandre et Grandbois qui ont été touchés.

Si frustrant que cela puisse être pour les résidents évacués, «il faut attendre que le débit descende pour intervenir. D’après ce qu’on a comme information pour l’instant, il pourrait y avoir une baisse demain [lundi]», explique M. Noonan.

Rappelons que 38 résidences où vivent une soixantaine de personnes ont dû être évacuées. Pour l’heure, indique le porte-parole de la police de Québec, Étienne Doyon, il est impossible de s’avancer sur une date de retour.

«Mon auto est dans la glace»

Hier après-midi, les grands froids de la fin de semaine avaient clairement commencé à faire geler l’eau qui a envahi le secteur, quand Le Soleil s’est rendu sur place. Ceux qui le pouvaient tentaient de vider leur sous-sol à l’aide de pompes, mais tous n’avaient pas cette «chance», si le terme convient bien.

«J’ai une auto qui est prise dans la glace et mon sous-sol est probablement inondé, mais je n’ai pas pu aller voir», confiait hier Normand Charbonneau, propriétaire d’une maison sur l’avenue Grandbois.

«Il y avait des gens de la Sécurité publique qui marchaient sur la glace en raquettes ce matin, et ça cassait par endroits mais pas partout, alors c’est vraiment en train de prendre», s’inquiétait-il. Comme les autres évacués, M. Charbonneau ne sait pas quand il pourra rentrer chez lui — ni dans quel état il trouvera sa maison.

Une équipe de pompiers a inspecté les bâtiments du secteur inondé, hier, et a coupé le courant dans certaines résidences pour éliminer les risques d’incendie. «La police patrouille aussi le secteur pour prévenir les vols, par exemple», ajoute M. Noonan.

Les pompiers utilisent des canots pneumatiques et des combinaisons spécialisées pour se rendre aux résidences inondées.

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L'EAU PEUT GELER DANS LES SOUS-SOLS

Autour des cordons de sécurité, dimanche, la question était sur toutes les lèvres: l’eau qui a inondé le sous-sol d’une trentaine de demeures de Duberger-Les-Saules au cours du week-end peut-elle geler?

Les uns estimaient que non, car le sol ne gèle pas profondément en hiver. Et il est vrai qu’à Québec, à seulement 10 cm de profondeur, la température du sol tourne autour de 0 °C présentement, d’après le site Agro-Météo. Mais malgré cela, oui, l’eau dans les sous-sols peut geler, avertit l’hydrogéologue de l’INRS Karem Chokmani.

«Le sous-sol d’une maison, ce n’est plus le sol. On a creusé, on a mis une fondation, on a isolé. Alors si la maison n’est pas chauffée et que l’eau entre en contact avec l’air froid, ça va geler. Les gens devraient, s’ils le peuvent, essayer de pomper rapidement l’eau hors de leur sous-sol», dit-il.

Mais même si l’eau prend de l’expansion en gelant, cela ne sera pas forcément catastrophique pour le solage des demeures touchées, nuance M. Chokmani. La glace ne cause des dégâts que si elle n’a nulle part ou aller, mais dans le cas d’un sous-sol, elle peut prendre son expansion vers le haut, un peu comme ce qui se passe dans une piscine.

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À SAVOIR

- À cause des inondations et des travaux à venir pour défaire l’embâcle, le boulevard Père-Lelièvre sera fermé lundi à la circulation entre les boulevards Neuvialle et Masson. La police de Québec conseille de contourner ce tronçon de route en passant par le boulevard Hamel.

- Les habitués du parc linéaire de la Saint-Charles devraient éviter le secteur de la maison O’Neill, dans le parc Des Saules. La Ville de Québec en a fait la demande à ses citoyens par son compte Twitter, dimanche, «afin de permettre le déroulement sécuritaire des travaux».