Simon Jolin-Barrette a annoncé mardi l'intention du gouvernement Legault de réduire de près de 24 %, en moyenne, le nombre d’immigrants accueillis au Québec dès l’an prochain.

Les seuils d’immigration en baisse à 38 000 en 2019?

Le nombre d’immigrants accueillis au Québec pourrait passer de 53 000 en 2018 à 38 000 en 2019.

Le gouvernement Legault a l’intention de réduire de près de 24 %, en moyenne, le nombre d’immigrants accueillis au Québec dès l’an prochain.

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a déposé mardi à l’Assemblée nationale le document fixant le nombre maximal de nouveaux arrivants admis au Québec en 2019.

La fourchette se situe entre 38 000 et 42 000, avec un objectif de 40 000 nouveaux arrivants.

«Parcours personnalisé»

Le gouvernement fait «le choix du succès de l’immigration», a dit le ministre Jolin-Barrette, durant la période de questions, promettant du même coup d’offrir un «parcours personnalisé» aux nouveaux arrivants dans leur démarche d’intégration et de francisation. Il n’a pas donné de détails sur ce «parcours personnalisé».

Le gouvernement Legault donne donc suite rapidement à un de ses principaux engagements de la dernière campagne électorale.

Le premier ministre François Legault a maintes fois répété que sous sa gouverne le Québec devait accueillir uniquement le nombre d’immigrants qu’il pouvait franciser et intégrer au marché du travail. «En prendre moins, pour en prendre soin», disait-il en campagne, ajoutant que la réduction serait «temporaire».

On ne sait cependant pas combien d’années durera cette tendance à la baisse.

Le Québec a accueilli plus de 52 000 immigrants en 2017 et devrait en compter entre 50 000 et 53 000 en 2018, peut-on lire dans le document de huit pages publié mardi.

Compétence partagée

L’orientation prise par Québec en cette matière risque de se transformer en pomme de discorde avec Ottawa, où on tient plutôt un discours d’ouverture aux étrangers, particulièrement en cette période de pénurie de main-d’œuvre.

L’immigration est de compétence partagée, ce qui complique les choses, puisque Québec veut réduire la proportion de nouveaux arrivants d’environ 23 % dans chacune des trois grandes catégories : les immigrants économiques, la réunification familiale et les revendicateurs du statut de réfugié.

Or le Québec ne contrôle qu’une des trois catégories : les immigrants économiques.

Des négociations sont en cours entre Québec et Ottawa dans ce dossier.

Pour 2019, le plan du gouvernement Legault dans les trois catégories précitées est le suivant :

Immigration économique : accueillir entre 21 700 et 24 300 personnes, en baisse de 26 % en un an.

Regroupement familial : fixer le plafond à 9400 personnes. Cette année, le Québec en accueille environ 12 000. Le ministre a nié qu’une diminution de cette ampleur pourrait forcer certains immigrants à devoir renoncer à leur projet de faire venir au Québec leur conjoint ou leurs enfants l’an prochain.

Réfugiés : un maximum de 7500 personnes. Le nombre de réfugiés sélectionnés à l’étranger devrait se situer entre 4400 et 4800 personnes en 2019.

Par ailleurs, 6 immigrants sur 10 ne connaissent pas le français au moment de leur admission au Québec.

Entente Canada-Québec

Malgré les pressions exercées sur le gouvernement fédéral par le gouvernement Legault en vue de baisser les seuils d’immigration, «il n’est aucunement question de rouvrir l’entente Canada-Québec» qui fixe les sommes versées par Ottawa au Québec, a dit le ministre Jolin-Barrette en conférence de presse, insistant pour dire que les montants inscrits «sont garantis».

Québec devrait donc recevoir «au minimum» 490 millions $ d’Ottawa cette année pour accueillir ses immigrants, quel que soit le nombre total.

«Pas d’emploi intéressant»

En Chambre, durant la période des questions, le premier ministre Legault a calculé que chaque année «10 000» immigrants quittaient le Québec parce qu’ils ne trouvaient «pas d’emploi intéressant».

Il a dit qu’il fallait donc mieux sélectionner les nouveaux arrivants, en fonction des besoins des entreprises.

Québec pourrait se tourner vers les travailleurs temporaires pour combler les besoins de main-d’œuvre, a commenté le ministre Jolin-Barrette.

À ce propos, la porte-parole libérale en immigration et en économie, la députée Dominique Anglade, a reproché au gouvernement de réduire l’immigration, «une proposition anti-économique» alors que «le Québec est en pleine pénurie de main-d’œuvre».

Par la voix de la députée Catherine Fournier, l’opposition péquiste a déploré le fait que le plan présenté mardi ne contenait «aucune référence à des études ou à des opinions d’experts qui sont fiables pour justifier la baisse des seuils d’immigration».

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OTTAWA VEUT ÉVITER UNE CONFRONTATION AVEC QUÉBEC

Ottawa semble vouloir éviter à tout prix une confrontation avec Québec sur les seuils d’immigration même si le gouvernement caquiste prévoit une diminution en 2019 dans deux catégories d’immigrants qui relèvent du fédéral.

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, a réagi mardi aux nouvelles cibles en immigration de Québec en pesant ses mots et en insistant sur la collaboration entre les deux gouvernements sur cette question.

«Nous ne sommes pas surpris [...], a-t-il dit. Nous sommes déçus cependant que le gouvernement, face à la pénurie de main-d’œuvre, ait décidé de réduire le nombre d’immigrants.»

Le ministre LeBlanc a insisté sur la «relation constructive» qui existe entre les deux gouvernements depuis la signature en 1991 de l’Accord Canada-Québec. Cette entente permet au gouvernement québécois de sélectionner les nouveaux arrivants qui s’installent sur son territoire.

Les propos de Dominic LeBlanc font écho à ceux prononcés plus tôt dans la journée par le premier ministre Justin Trudeau, selon qui le moment est mal choisi pour réduire les seuils d’immigration en raison de la pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans la province.