Le cafouillage sur l'autoroute 13 serait un bel exemple de la théorie du Gruyère, alors que 300 automobilistes sont restés coincés pendant des heures.

Les services d'urgences devraient toujours se préparer au pire

Le cafouillage de l'autoroute 13 Sud survenu lors de la tempête du 14 mars rappelle que les services d'urgence ne sont jamais suffisamment prêts à affronter le pire. Si pareil dérapage survient dans une métropole comme Montréal, imaginez les conséquences d'une catastrophe dans une municipalité de 5000 habitants, sans aucun plan d'urgence.
«Chaque processus que tu mets en place, c'est une tranche de Gruyère. Tu vas regarder dans le trou et tu vas arrêter dans l'autre tranche. Mais un jour, les trous vont s'enligner et ça va traverser d'un bout à l'autre. C'est ça le principe de défaillance.»
Guy Dufour vient tout juste de quitter la présidence de l'Association de sécurité civile du Québec (ASCQ), poste qu'il occupait depuis quatre ans. Comme tout le monde, il constate qu'il y avait beaucoup plus de trous que de fromage dans la nuit du 14 au 15 mars où quelque 300 automobilistes sont demeurés coincés pendant des heures. L'image du Gruyère n'est pas anodine, sachant qu'aucun système n'est infaillible.
Il y a un an, il confiait au Soleil sa préoccupation devant le fait que plus de la moitié des municipalités du Québec n'ont pas complété un plan d'intervention 15 ans après l'adoption de la Loi sur la sécurité civile. Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, avait réagi en annonçant la fin d'une approche volontaire et l'obligation prochaine pour les municipalités de se munir d'un système d'alerte à la population, d'un centre de coordination des mesures d'urgence et d'un centre d'hébergement. Le gouvernement mène actuellement des consultations à ce sujet.
Celui qui est directeur du Campus Notre-Dame-de-Foy, spécialisé dans la formation du personnel en services d'urgence: policiers, pompiers et ambulanciers, salue cette initiative. Cependant, il la trouve insuffisante. «On a tendance à réagir au Québec. Il y a un feu à L'Isle-Verte et on va faire un code pour les résidences pour personnes âgées. On a un accident à Lac-Mégantic et on va travailler à régir le transport ferroviaire et les matières dangereuses.»
Selon lui, les municipalités devraient aussi avoir l'obligation, comme le prévoit la loi de 2001, d'analyser les risques potentiels sur leur territoire. «Elles doivent connaître les générateurs de risque pour prendre conscience de leur vulnérabilité. À partir de ce constat, tu peux éliminer ou du moins diminuer le plus possible ce risque en ajoutant des tranches de Gruyère. L'objectif ultime, c'est pas seulement d'être prêt s'il arrive de quoi, mais aussi qu'il n'arrive rien.»
Pour l'ancien président de l'Association de sécurité civile du Québec, Guy Dufour, les municipalités devraient avoir l'obligation d'analyser les risques potentiels sur leur territoire.
Société plus résiliente
M. Dufour mise aussi sur la sensibilisation citoyenne, comme le fait l'ASCQ avec La Grande secousse, activité annuelle qui rappelle ce qu'il faut faire en cas de tremblement de terre. «Cette situation, c'est un prétexte. Ça aurait pu être une invasion de zombies. L'important est de savoir comment tu te prépares face au risque», lance-t-il. Et pour lui, la réponse est claire. Peu de gens peuvent prétendre être prêts. Possiblement même que peu des 300 automobilistes de l'autoroute 13 avaient à leur bord une trousse d'urgence pour le voyage.
«Dans un congrès sur la sécurité, je demandais aux gens dans la salle combien d'entre eux possédaient à la maison une trousse d'urgence 72 heures. Seulement trois ou quatre personnes ont levé la main et ça a fini en blague. On se dit plein de belles choses pour savoir comment réagir au risque. Quand on parle de sensibilisation, on rigole. Mais quand il y a une catastrophe, on trouve que tout le monde est irresponsable et que ça n'a pas de sens», conclut-il.