La multinationale CAE a lancé sa production de respirateurs en juin à son usine montréalaise.
La multinationale CAE a lancé sa production de respirateurs en juin à son usine montréalaise.

Les respirateurs commandés au printemps tardent à être livrés

Mia Rabson
La Presse Canadienne
OTTAWA — Moins de 2 % des 40 000 nouveaux respirateurs artificiels commandés par le Canada pour les hôpitaux au printemps dernier ont déjà été livrés.


L'administratrice en chef de la santé publique, la Dre Theresa Tam, affirme que le Canada est mieux préparé pour la vague automnale de la COVID-19 qu'au printemps dernier. Toutefois, elle dit craindre que la prochaine poussée soit suffisamment importante pour submerger le système de santé canadien.

Santé Canada ne précise pas le nombre de respirateurs artificiels dont les hôpitaux pourraient avoir besoin pour répondre à une deuxième vague. L'agence insiste sur le fait qu'on en compte assez pour le moment. Les commandes sont destinées à augmenter les stocks existants.

Seulement 606 des 40 328 respirateurs commandés par Ottawa en avril et en mai ont été livrés, mais au moins trois des entreprises impliquées disent qu'elles prévoient doubler, voire tripler le nombre qu'elles expédieront au cours des prochaines semaines

Certaines entreprises attendent toujours de recevoir l'approbation de Santé Canada pour leurs produits. Une troisième a reconnu que sa chaîne d'approvisionnement avait des problèmes de retard de production.

Les contrats pour les respirateurs, d'une valeur de plus de 1,1 milliard $, sont valides jusqu'en mars 2021. La plupart des entreprises s'attendent à honorer l'intégralité de leur commande avant la fin de l'année.

En mars, les Canadiens ont observé avec horreur la tragique situation dans le nord de l'Italie où le manque de respirateurs a contraint les médecins à faire des choix parmi les patients.

Cette situation a convaincu les gouvernements fédéral et provinciaux à commander des milliers de respirateurs.

Le Canada ne fabriquait pas beaucoup de respirateurs. Les obtenir sur le marché international était difficile en raison des besoins créés par la pandémie. Le gouvernement fédéral a demandé à des entreprises d'ici si elles pouvaient s'en charger. Quatre consortiums ont été formés dans ce but.

Un cinquième contrat a été signé avec Thornhill Medical, une entreprise de Toronto, qui fabriquait alors environ 50 de ses appareils respiratoires portables par mois.

En tout, le Canada a commandé 40 328 respirateurs, et vendredi, il n'en avait que 606 en main.

Paul-Émile Cloutier, président et chef de la direction du groupe SoinsSantéCan, juge que cette situation est préoccupante, surtout si une deuxième vague devait frapper le Canada cet automne.

«Les détails sont cruciaux au moment où nous nous préparons à la prochaine vague prévue de COVID-19», dit-il.

La ministre de l'Approvisionnement, Anita Anand, a affirmé vendredi que son gouvernement s'efforçait d'obtenir toutes ses commandes. Dans une déclaration, le ministère souligne que «le Canada dispose actuellement de suffisamment de respirateurs pour répondre à la demande actuelle». Les appareils en commande sont destinés à renforcer les stocks existants de l'Agence de la santé publique du Canada, ainsi que dans les hôpitaux et les entrepôts provinciaux.

Santé Canada refuse de divulguer le nombre de respirateurs que le pays possède actuellement. Il ne dévoilera pas non plus ces modélisations concernant le nombre d'appareils nécessaires dans le pire des cas. En mars, on dénombrait environ 5000 ventilateurs à l'échelle du pays et 500 autres dans le stock national d'urgence.

La capacité du Canada à faire plier la courbe de la pandémie de COVID-19 au printemps a permis de faire mentir les pires prévisions.

John Walmsley, vice-président de Starfish Medical à Victoria, une entreprise qui participe au groupe Canadian Emergency Ventilators, dit que la stabilisation relative de la pandémie l'avait soulagé.

«Nous avons un peu plus de marge de man?uvre pour faire les choses de manière un peu contrôlée, mais je dirais que nous voulons y parvenir dès cette année, souligne-t-il. Nous sommes tous préoccupés par une deuxième vague et nous sommes prêts à y répondre.»

Le consortium attend toujours l'approbation de Santé Canada avant de pouvoir commencer à expédier ses 7500 appareils promis. Il a soumis les documents en juin et il faut un peu plus de temps que prévu pour obtenir le feu vert.

L'Agence de la santé publique du Canada devra tester le produit. Les unités déjà fabriquées pourront ensuite être expédiées, dit M. Walmsley. Il espère toujours remplir la commande d'ici la fin de l'année.

La PDG de Thornhill Medical, Lesley Gouldie, souligne que son partenariat avec Linamar, un fabricant établi à Guelph, en Ontario, s'est avéré un grand succès. Thornhill doit fournir 1020 machines au Canada et en a expédié 27 à ce jour.

Mme Gouldie soutient que Linamar peut fabriquer jusqu'à 100 unités par semaine, mais l'approvisionnement des 1500 pièces qui composent leur appareil portable s'est révélé difficile pendant la pandémie.

«Le facteur contraignant, ce sont les chaînes d'approvisionnement», explique-t-elle.

Elle a déclaré que les problèmes étaient pour la plupart résolus. Elle s'attend à expédier suffisamment de machines chaque semaine pour remplir le contrat d'ici le début de décembre.

Rick Jamieson, le PDG de FTI Professional Grade, dit prévoir remplir l'intégralité de son contrat pour 10 000 respirateurs d'ici le 12 décembre. FTI est l'une des nombreuses entreprises d'un consortium nommé «Ventilators for Canadians», qui a déjà livré 132 respirateurs. Pas moins de 120 autres devraient être livrés la semaine prochaine et 240 au cours de la dernière semaine du mois août.

«Nous avons activé un quatrième quart de travail pour augmenter la production en sachant qu'une deuxième vague est probable cet automne et cet hiver», mentionne M. Jamieson.

La société montréalaise CAE a reçu le 17 juin l'approbation de Santé Canada pour son nouveau respirateur. Elle prévoit commencer à expédier «des centaines d'appareils chaque semaine». Selon son contrat, il doit en livrer en tout 10 000.

La dernière entreprise, Vexos, a été la dernière à signer un contrat. Elle a dû elle aussi soumettre son produit à Santé Canada et a commencé à expédier ses articles à la fin de juillet.