Tim Uppal, ex-ministre dans le cabinet de Stephen Harper, estime que la candidature de Jagmeet Singh est bonne pour le pays et note que s'il remporte l'investiture, il sera le premier sikh portant le turban à devenir chef d'un parti majeur sur la scène fédérale.

Les Québécois peu réticents au turban

Tim Uppal, premier sikh portant le turban à obtenir un poste de ministre fédéral, jure n'avoir vécu que des expériences positives lors de ses visites au Québec.
«Mes visites à Québec et à Montréal ont été des expériences très positives. Bien sûr que je me fais poser des questions [sur ma religion], comme ailleurs au pays. Mais je vois ces questions comme des opportunités d'avoir une conversation, de faire un peu d'éducation sur ce que sont ma foi et ma culture et pour en apprendre plus au sujet de la foi et de la culture de ceux qui me posent ces questions», a affirmé M. Uppal en entrevue téléphonique avec Le Soleil.
L'ex-ministre d'État à la Réforme électorale et au Multiculturalisme dans le cabinet de Stephen Harper a fait ces commentaires quelques jours après une sortie du député néo-démocrate de Longueuil-Saint-Hubert, Pierre Nantel. Celui-ci avait affirmé qu'il croyait que la candidature de Jagmeet Singh, également de religion sikhe et portant aussi le turban, était irréconciliable avec l'électorat québécois en raison de ses signes religieux ostentatoires.
Député d'Edmonton-Sherwood Park de 2008 à 2015, M. Uppal dit avoir reçu des questions sur sa religion dès qu'il a commencé ses visites de porte-à-porte durant sa première campagne électorale, puis au niveau national et même international lors de ses visites à l'extérieur du pays à titre de ministre.
Conversation
«Pour moi, tout est une question de sourire et d'avoir une conversation. La plupart des gens sont très respectueux, mais oui, il y en a qui avaient des préjugés négatifs à propos de mes croyances religieuses. À chaque fois, j'en profite pour discuter avec eux. Parfois ça fonctionne, parfois non. Il faut l'avouer, il est difficile de changer l'opinion des gens qui sont carrément racistes», explique Tim Uppal.
«La plupart des gens qui ont une opinion négative sont ceux qui ne prennent pas le temps de s'informer à propos des sikhs et qui nous associent à des choses négatives. Il n'y a pas de problèmes avec ceux qui se donnent la peine d'apprendre à propos des autres religions», poursuit-il.
Jagmeet Singh est candidat à la direction du Nouveau parti démocratique.
Tim Uppal croit que Jagmeet Singh aura aussi l'opportunité de démystifier la religion sikhe avec sa candidature à la direction du Nouveau parti démocratique. «C'est une bonne chose pour le Canada d'avoir cette conversation, nous avons la chance de vivre dans un pays où il est possible d'avoir une conversation mutuelle à propos de ces sujets.»
L'ancien ministre conservateur concède toutefois que certaines régions canadiennes sont plus favorables aux candidats sikhs portant le turban. «C'est bien sûr plus facile à des endroits comme la Colombie-Britannique ou la ville de Toronto, où il y a une importante population sikhe.»
Bon pour le pays
Même s'il ne partage pas les opinions politiques de Jagmeet Singh, Tim Uppal croit tout de même que sa candidature est bonne pour le pays et note que s'il remporte l'investiture, il sera le premier sikh portant le turban à devenir chef d'un parti majeur sur la scène fédérale. 
«Et même la personne de couleur», note-t-il au passage, rappelant toutefois que le Parti conservateur, en plus d'avoir nommé le tout premier ministre sikh portant le turban, avait aussi fait élire le premier député musulman et nommé la première femme pakistanaise au Sénat.
«On entend parfois des gens dire que le Parti conservateur ne serait pas ouvert aux autres cultures, mais ça vient surtout de gens mal informés et des partis d'opposition. En réalité, nous sommes un parti très diversifié», conclut celui qui travaille maintenant à la campagne de l'ex-ministre Jason Kenney pour la direction du Parti conservateur uni d'Alberta en plus de compléter un Executive MBA à l'école de commerce Ivey de l'Université Western Ontario.
***
Le précurseur, Gurbax Singh Malhi
L'ancien premier ministre Paul Martin en compagnie de Gurbax Malhi en avril 2004, à Ottawa.
Si on compte aujourd'hui cinq députés sikhs portant le turban à Ottawa, c'est beaucoup à cause de Gurbax Singh Malhi. Élu dans la circonscription de Bramalea-Gore-Malton en 1993, l'ex-député libéral a contribué à faire changer les pratiques de la Chambre des communes.
«Personne ne pouvait porter un couvre-chef quelconque aux communes à cette époque-là, mais mon chef et premier ministre, Jean Chrétien, avait compris la signification du turban pour ma communauté. Il avait réuni les leaders des autres partis après l'élection et tous avaient décidé, à l'unanimité, de me laisser porter le turban», se rappelle Malhi en entrevue avec Le Soleil
Il avoue cependant que ses débuts politiques n'ont pas été de tout repos. «Il y avait de l'hostilité, non pas envers ma religion, mais envers mon turban! Plusieurs n'en saisissaient pas la signification, mais pour la plupart, ils écoutaient mes explications et comprenaient mieux par la suite.»
Malheureusement, tous les contribuables de sa circonscription n'avaient pas cette ouverture d'esprit. Alors qu'il faisait du porte-à-porte, un l'a accueilli en tentant de le frapper avec un «deux par quatre» et une femme a dit à son fils de lâcher le chien sur lui! «Le chien m'a mordu et je suis tombé. Il a fallu que d'autres personnes viennent m'aider pour chasser le chien de là.»
Évolution
La situation a cependant beaucoup changé pendant ses 18 ans à Ottawa. «Je tenais des rencontres tous les vendredis et j'aidais les contribuables à régler leurs problèmes. Les gens ont vite compris que j'étais accessible, facilement approchable et que je voulais répondre à leurs besoins.»
D'ailleurs, comme le conservateur Tim Uppal, M. Malhi ne croit pas lui non plus que les Québécois soient plus réticents envers les sikhs que les résidents du reste du Canada. «Je suis allé souvent au Québec avant, pendant et après avoir été député et tous les gens que j'ai rencontrés, employés d'hôtels, policiers, étaient très amicaux. Et n'oubliez pas que la circonscription de Dorval-Lachine-Lasalle a élu une femme sikhe [Anju Dhillon] en 2015, une première dans la province!»
Et même s'il n'est pas membre du même parti que lui, Gurbax Singh Malhi n'a que de bons mots envers l'aspirant-chef néo-démocrate Jagmeet Singh. «Je crois qu'il est très sympathique et je pense qu'il va gagner, car c'est lui qui a récolté le plus de dons et amené le plus de nouveaux membres au parti.»