Le parlement d'Ottawa
Le parlement d'Ottawa

Les provinces pas toutes d’accord pour céder leurs pouvoirs à Ottawa

OTTAWA - La plupart des provinces ne veulent pas céder leurs pouvoirs à Ottawa, du moins pour le moment. Pas question, donc, d’invoquer la loi fédérale sur les mesures d’urgence pour poursuivre la lutte contre la pandémie, pas encore.

C’est ce qu’a indiqué Justin Trudeau, lorsqu’il a rencontré la presse devant chez lui, mardi en avant-midi. De son côté, François Legault a dit très clairement n’avoir aucun appétit pour cette loi fédérale.

«Ce n’est pas quelque chose que les premiers ministres des provinces, pour la plupart, estiment nécessaire à ce moment-ci. La majorité d’entre eux ont indiqué que si cela devenait nécessaire, ils seraient d’accord, bien sûr. Mais ils ne croient pas qu’on en est là», a déclaré le premier ministre Trudeau.

Il a semblé d’accord avec cette évaluation de la situation, partagée lors d’un appel entre les premiers ministres du pays lundi soir. Toutefois, il a servi un avertissement, une fois de plus.

«Il n’y a probablement pas encore un besoin pour la Loi sur les mesures d’urgence, mais comme nous le savons tous, les choses changent rapidement», a-t-il dit.

Le premier ministre du Québec, qui se range dans le camp de ceux qui ne veulent pas de cette loi, n’est particulièrement pas prêt à céder ses pouvoirs au gouvernement fédéral.

«J’ai dit à M. Trudeau que selon moi, c’est prématuré d’adopter cette loi-là. Et j’ai dit à M. Trudeau que dans tous les cas, c’est important que le Québec garde toute la flexibilité, puisse choisir rapidement toutes les mesures qui sont appropriées à la situation du Québec», a-t-il rapporté à sa conférence de presse quotidienne, mardi après-midi.

«Je comprends que dans une situation idéale on pourrait prendre le temps de tout uniformiser dans toutes les provinces. Mais la situation est différente d’une province à l’autre. Je pense que c’est important que le Québec garde toute la marge de manoeuvre, toute la flexibilité pour mettre en place des mesures rapidement», a insisté M. Legault.

Le danger au sud de la frontière

Alors que Donald Trump laisse entendre qu’il pourrait lever bientôt les mesures qui restreignent les déplacements pour ne pas nuire à l’économie américaine, Justin Trudeau a dit qu’il continuerait à assurer la protection des Canadiens de ce côté-ci de la frontière.

«J’aimerais que le pays soit ouvert à nouveau et plein d’énergie d’ici Pâques», a offert le président américain à Fox News, mardi, après avoir supposé sur son fil Twitter que les Américains peuvent aller travailler tout en respectant les règles de distanciation sociale.

«Nos gens veulent retourner au travail. Ils vont respecter la Distanciation Sociale et le reste, et nous surveillerons les personnes âgées d’un oeil protecteur et avec affection. Nous pouvons faire deux choses en même temps. LE REMÈDE NE PEUT PAS ÊTRE (bien) PIRE QUE LE PROBLÈME!» avait-il écrit mardi matin.

Depuis le 21 mars, la frontière canado-américaine ne laisse passer que les marchandises et ceux qui voyagent pour des raisons essentielles. On en est arrivé là d’un commun accord entre Ottawa et Washington.

«Nous allons continuer, au Canada, de baser nos décisions (...) sur la science», a promis le premier ministre. «Notre priorité est de garder les Canadiens en vie et en santé», a-t-il ajouté.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) prédit que l’épicentre de la pandémie pourrait bientôt se retrouver aux États-Unis. Il y a plus de 50 000 cas de la COVID-19 chez les Américains en ce moment.

«Nous réagirons quand il le faudra en posant les gestes nécessaires», a promis M. Trudeau. «Nous serons prêts à nous ajuster à mesure que la situation évoluera», a-t-il assuré.

Transmissions communautaires

C’était prévu, les transmissions de la COVID-19 se font de plus en plus dans la communauté canadienne et pas seulement lors d’un voyage.

Mardi, l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada estimait que la moitié des cas confirmés sont des transmissions communautaires. Dre Theresa Tam explique que ces données épidémiologiques sont une image des contagions survenues il y a environ deux semaines.

«(Dans) les rapports qu’on a reçus à l’agence dans la semaine passée, 90 pour cent des cas sont liés à la transmission communautaire», a précisé son adjoint, Dr Howard Njoo.

Les rapatriements se poursuivent

Le premier ministre a annoncé qu’un autre vol pourra bientôt ramener des Canadiens du Maroc. Un premier vol devait partir du Pérou, mardi. Ottawa tente d’organiser des vols pour des Canadiens coincés en Tunisie, au Panama et en Ukraine.

Mercredi, 250 Canadiens pourront rentrer de cette manière d’Ukraine.

Des vols ont déjà été assurés pour des ressortissants canadiens en Espagne, au Honduras, au Guatemala, au Salvador et en Équateur.

Depuis une semaine, presque un million de Canadiens sont rentrés au pays, par leurs propres moyens ou avec l’aide du gouvernement fédéral.

Nombre de cas

En combinant les bilans de chacune des provinces tels que disponibles en soirée mardi, le Canada en était à 2780 cas confirmés ou soupçonnés. Et on déplore maintenant 26 décès au pays.

Au Québec, on a dénombré 1013 cas, plus que partout ailleurs au pays.

En Ontario, mardi, il y avait 588 cas confirmés, dont sept décès.

En Colombie-Britannique, le bilan affiche maintenant 617 cas confirmés, dont 13 décès.

En Alberta, on affiche 358 cas, dont un décès.

Ailleurs au pays, on a relevé jusqu’à maintenant 72 cas en Saskatchewan, 51 en Nouvelle-Écosse, 35 à Terre-Neuve-et-Labrador, 21 au Manitoba, 18 au Nouveau-Brunswick, trois à l’Île-du-Prince-Édouard, deux au Yukon et un dans les Territoires du Nord-Ouest.

Les passagers du Grand Princess qui étaient en isolement sur la base militaire de Trenton ont pu rentrer chez eux, pour la plupart. Huit de ces personnes qui présentent encore des symptômes poursuivent leur quarantaine. On avait détecté 13 cas de la COVID-19 chez ces 228 passagers canadiens du bateau de croisière, une fois qu’ils ont été rapatriés.

L’Assemblée des Premières Nations a déclaré, de son côté, l’état d’urgence. On s’inquiète en particulier pour les 96 communautés éloignées qu’on ne peut joindre que par avion.

Un appel conjoint

Les maires des villes voisines d’Ottawa et Gatineau, Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin, ont lancé un appel pour demander à leurs citoyens de rester chacun de son côté de rivière.

«L’évolution de la situation en ce qui a trait à la COVID-19 ne sera pas la même sur les deux rives, et tout le monde doit suivre à la lettre les recommandations des autorités de santé publique pour limiter la propagation du virus», écrit-on dans le communiqué relayant l’appel des maires.

«Ce n’est pas le temps de faire des allers-retours entre la maison et le chalet, ce n’est pas le temps de magasiner loin de chez soi, ce n’est pas le temps d’aller dans des parcs autres que les parcs de proximité. Chaque déplacement implique des arrêts à divers endroits comme des stations d’essence, des épiceries, et j’en passe, ce qui multiplie d’autant les risques de contagion», a prévenu M. Pedneaud-Jobin.

«Nous vous prions de rester à la maison, mais si vous devez traverser la rivière pour aller aider des proches ou des amis, prenez toutes les précautions nécessaires», a demandé le maire Watson.

Le message du jour

Non, le premier ministre Trudeau ne sait pas combien de temps il faudra garder en place toutes ces mesures qui restreignent les déplacements. «La durée de cette crise dépendra des choix que nous faisons maintenant. (...) Alors, si vous voulez que les choses reviennent à la normale, faites votre part, restez chez vous», a-t-il dit.