Le Dr William Keslo présente le crâne servant de preuve qu'un épisode cannibaliste a eu lieu à Jamestown.

Les premiers colons anglais se seraient entre-dévorés pour survivre

N'eût été le cannibalisme de certains colons anglais du XVIIe siècle, toute l'Amérique du Nord aurait pu être française, ou espagnole!
Jane. C'est le nom que les spécialistes d'archéologie de Jamestown en Virgine lui ont donné, faute d'avoir été en mesure de retrouver sa véritable identité. Donc Jane, ou plutôt son crâne, est la preuve «indiscutable» que des compatriotes affamés du premier fort anglais permanent des États-Unis ont mangé du prochain, s'enthousiasme William Kelso, directeur de la recherche et de l'interprétation au sein du Jamestown Rediscovery Archaeology, le groupe mandaté pour enquêter sur les vestiges.
M. Kelso est à Québec. Il participe au 47e Colloque sur l'archéologie historique et subaquatique organisé par la Society for Historical Archaeology. Plus de 1000 autres spécialistes du monde entier participent à la fête.
Notre interlocuteur explique donc qu'il logeait dans le camp des sceptiques avant que les restes de Jane soient déterrés. Les historiens avaient certes retracé cinq témoignages écrits de cannibalisme à Jamestown (à deux pas de Williamsburg) durant la grande famine de 1609-1610. Mais l'archéologue pensait que les ancêtres avaient romancé leurs récits à des fins politiques; peut-être pour obtenir plus de la mère patrie.
«Ça m'a convaincu hors de tout doute.» Qu'ont-ils trouvé de si concluant? «C'est un crâne très endommagé et mutilé ainsi qu'une partie d'un os de la jambe d'une fille anglaise de 14 ans. Ils n'étaient pas dans une sépulture [...] plutôt dans un tas de poubelles.» Une équipe d'historiens, d'archéologues et d'experts en sciences judiciaires ont reconstitué la tête et l'ont analysée. «C'est très clair qu'une personne avec un couteau et un hachoir a enlevé les tissus mous sur le crâne, qu'il a ensuite cassé la boîte crânienne et a retiré le cerveau.»
D'autres témoignages historiques font référence à des épisodes de cannibalisme à la même période, relate Bill Kelso. Pas en Nouvelle-France, toutefois. Mais un récit de repas de chair humaine se déroule sur un navire français. D'autres documents évoquent le cannibalisme dans un camp espagnol de la Floride. Les ossements de Jane sont toutefois les seules preuves matérielles d'un épisode cannibale.
Qu'est-ce qui a poussé ces humains à se découper entre eux? En 1607, les Anglais s'étaient installés, notamment pour commercer avec les Amérindiens. Deux ans plus tard, les locaux ont compris que les visiteurs n'étaient pas des visiteurs, qu'ils étaient plus des envahisseurs. Alors, ils ont enfermé les Anglais dans leur camp. Les 200 colons commençaient à manquer de vivres quand 300 autres sont débarqués sans provisions, ayant tout perdu en mer au cours d'un ouragan. Donc, 500 colons affamés dans un camp, les nobles et les dirigeants gardant pour eux les réserves. Imaginez la suite. En 1610, quand le navire de ravitaillement est arrivé, Jamestown comptait environ 60 habitants, souligne M. Kelso.
Marquant pour l'histoire
Le cannibalisme de survie a en partie sauvé l'Amérique britannique, selon le professeur. Si Jamestown n'avait pas survécu, les Anglais auraient probablement abandonné le Nouveau-Monde pour se concentrer sur les «Indes» de l'est beaucoup plus lucratives, évalue-t-il. «L'Amérique du Nord aurait été colonisée par un autre pays européen comme la France. [...] L'histoire des États-Unis comme colonie anglaise aurait été bien différente s'ils avaient échoué.»
Votre curiosité est piquée. «Venez nous voir!» invite William Kelso. Si vous ne pouvez faire le voyage chez l'Oncle Sam, en Virginie, vous pourrez toujours en apprendre plus ici (en anglais): http://historicjamestowne.org.