Opération OSCAR : pour la vérification des règles sanitaires, «pas de stress». À Québec, certains propriétaires craignent davantage que cette opération de surveillance éloigne les clients de leur salle.
Opération OSCAR : pour la vérification des règles sanitaires, «pas de stress». À Québec, certains propriétaires craignent davantage que cette opération de surveillance éloigne les clients de leur salle.

Les policiers en visite dans les restos-bars: «pas de stress» chez les propriétaires

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Plus de 1000 établissements de la province doivent recevoir la visite des policiers ce week-end. Pour la vérification des règles sanitaires, «pas de stress». À Québec, certains propriétaires craignent davantage que cette opération de surveillance éloigne les clients de leur salle.

Le Soleil a fait une petite tournée des restos-bars samedi soir, une journée après le début de l’Opération systématisée comportements à risque (OSCAR). Certains avaient déjà reçu la visite des policiers, d’autres l’attendaient. Tous étaient prêts et avaient peu modifié les mesures sanitaires en place: elles étaient déjà respectées.

«Ils sont venus vers midi, ils ont été très respectueux et n’ont rien dit de négatif sur l’endroit, explique Frédéric Boudreau, gérant de la microbrasserie La Korrigane. Ils se sont intéressés à nos bières et étaient courtois. Ils ont vérifié le permis pour notre capacité, on le respectait très bien, et ils ont vérifié les installations.»

M. Boudreau note «la belle attitude» des policiers lors de leur passage. La seule modification apportée en début de semaine par le gérant a été l’implantation d’un registre à l’entrée, tous les clients doivent y inscrire leur nom.

«Ça fait longtemps que nos mesures sont en place, ce n’était pas stressant. La clientèle avait déjà peur avant même l’annonce des visites, ça fait environ deux semaines qu’on remarque une baisse d’achalandage, avec le karaoké au Kirouac et La Souche de Limoilou.»

La salle s’est toutefois retrouvée pleine toute la soirée vendredi. Lors du passage du Soleil en soirée samedi, l’endroit se remplissait déjà rapidement. 

Le gérant de la Korrigane Frédéric Boudreau (gauche) note «la belle attitude» des policiers lors de leur passage.

Le resto-bar La Souche de Limoilou, qui a dû fermer ses portes après une éclosion de COVID-19, a lui aussi reçu la visite de la police de Québec samedi, en début de soirée.

La gérante nous indique que tout s’est bien passé. L’achalandage demeure tranquille depuis la réouverture de l’établissement mardi soir dernier, mais la soirée de vendredi en aura été une bonne.

Encore une fois, désinfectant à l’entrée, masque au visage, distanciation et fenêtres de plastique séparaient les tables. Les mesures sanitaires étaient bien respectées.

En attente d'une visite

En début de soirée, Le Soleil a visité la brasserie artisanale Griendel dans Saint-Sauveur. Aucun policier n’était passé, mais l’endroit les attend sans problème.

«La police de Québec avait averti les SDC [Société de développement commercial] plus tôt cette semaine. On savait qu’ils allaient venir en fin de semaine. Et j’étais juste surpris que ça ne soit pas déjà fait, je me serais attendu à ce qu’il y ait plus de contrôle, bien avant les incidents de karaoké et les amendes», soulève le président de la SDC Saint-Sauveur et copropriétaire du Griendel, Martin Parrot.

M. Parrot a toutefois remarqué que les voitures de police ralentissent devant les bars et restaurants depuis la fin de l’été, pour «zyeuter».

Le président de la SDC Saint-Sauveur et copropriétaire du Griendel, Martin Parrot.

«On n’est pas gênés. On se conforme aux règlements, ajoute-t-il. Ce qui est clair, c’est que dès que les médias ont commencé à marteler l’histoire du karaoké, moi j’ai eu des pertes de ventes et d’achalandage significatives.»

M. Parrot indique que la Santé publique a fait «une grosse gaffe» en incitant les gens à éviter le quartier, alors que les cas de COVID-19 touchaient un ou deux endroits.

«Et depuis jeudi, je remarque une baisse de 30 à 40 % parce que les médias parlent d’une autre possible fermeture. Pourtant, rien n’a changé pour nous depuis. Il y a un soin dans le discours de la Santé publique auquel il faudrait faire attention pour ne pas nuire aux PME ou petits commerces», ajoute le copropriétaire du Griendel.

Le Griendel a aussi instauré un registre à l’entrée, il est obligatoire d’y écrire son nom.

«Les policiers ne sont pas un problème, ils n’arrivent pas pour déranger avec les phares allumés. C’est le discours de la Santé publique qui a un effet sur nos activités. Je ne suis pas à l’aise qu’ils disent qu’ils vont peut-être refermer les restos, mais finalement non… c’est difficile. On ne sait pas ce qui va arriver», termine Martin Parrot.

Au Shaker Sainte-Foy, la soirée s’annonçait encore très occupée. La distanciation entre les tables est limitée, et la capacité de la salle est réduite. Chaque groupe qui arrive ensemble peut toutefois s’installer à une même table.

Les policiers n’avaient pas encore visité l’endroit lors du passage du Soleil. Mais l’annonce de leur venue n’a pas changé les choses pour l’établissement, qui s’était déjà plié aux règles sanitaires. L’opération OSCAR n’a pas eu d’impact sur leur achalandage.

«Salissage»

Le fameux Bar le Kirouac – oui, celui qui a fait les manchettes à plusieurs reprises – a rouvert ses portes jeudi. Déjà, il a eu la visite totale : les policiers, santé publique et la CNESST.

Samedi soir, lors du passage du Soleil, la police n’était pas revenue vérifier les lieux.

«Ça fait du bien, on est une bonne clientèle. On est très heureux de revenir, mais ce qui me fait de la peine c’est tout le salissage sur le Bar Kirouac. C’est un des meilleurs à Québec», exprime Jean-Claude Rousseau, client du bar samedi.

Une soirée de karaoké au bar de Saint-Sauveur avait entrainé 70 cas de contamination à la COVID-19 plus tôt ce mois-ci.

«Entre chaque chanteur, on lavait le micro. On faisait attention et il y avait des règles sanitaires en place. On a eu une badluck [malchance], mais on n’était pas délinquants. Ça aurait pu arriver n’importe où. C’est arrivé. C’est de valeur, mais c’est correct. On revient pour encourager notre bar», ajoute celui qui est souvent chanteur lors des soirées du bar.

Depuis sa réouverture, Jean-Claude Rousseau s’en tient au statut de client habitué, il n’offre aucune chanson.

Jean-Claude Rousseau et André Roy, clients du Bar le Kirouac samedi.

Lui, André Roy et Patrice Drouin étaient présents dans le bar jeudi dernier lors de la réouverture, ils l’étaient samedi et le seront certainement dans les jours qui viennent.

Les clients avaient leur masque, retiré seulement une fois assis à leur table. La distanciation était respectée et l’employé présent tenait un registre des clients.

«Si tu ne veux pas signer et donner ton numéro, tu sors, on niaise pas avec ça», assure le serveur.

Les employés du Bar le Kirouac s’attendent bien à ce que les clients soient craintifs quelque temps.

«C’est correct, on comprend. On sera là après quand les gens n’auront plus peur. En attendant, on fait tout comme du monde», ajoute celui derrière le bar samedi.

Au Shaker Sainte-Foy, l'endroit connaît un fort achalandage, avec une salle à capacité réduite.